‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 71 sur 159 · Le Hepvésenlaiil du peuple, 4 juin · texte numérisé non relu

Le Hepvésenlaiil du peuple, 4 juin

Ce diable criiomme avait le don de rendre amusante la politique môme. On pense bien que Victor Hugo prenait les choses moins gaiement : il était sérieux comme un aug-ure. Dans sa lettre aux électeurs, en date du 20 mars 1848, il écrivait:

J'appartiens à mon pays, il peut disposer de moi...

J'ai écrit trente-deux volumes, j'ai fait jouer huit pièces de théâtre, parlé six fois à la Chambre des pairs...

î\Ion nom et mes travaux ne sont peut-être pas absolument inconnus de mes concitoyens. Si mes concitoyens jugent à propos, dans leur liberté et dans leur souveraineté, de m'appeler à siéger, comme leur représentant, dans l'assemblée qui va tenir en ses mains les destinées de la France et de l'Europe, j'accepterai avec r-eciieillement cet aiisfcre mandat...

S'ils ne me désignent pas, je remercierai le ciel, comme ce Spartiate, qu'il se soit trouvé dans ma patrie neuf cents citoyens meilleurs que moi...

Cette circulaire, au demeurant assez banale, méritait d'être louée en ceci que le mot de République n'y était pas prononcé.

Les élections eurent lieu le 28 avril. Paris avait trentequatre députés à nommer. Lamennais arriva le trentequatrième avec 104.871 voix. Victor Hugo n'était pas élu. Il venait seulement le quarante-huitième, avec 09.446 voix, immédiatement suivi par Chang-arnier, qui en avait obtenu 58.654. Lamartine était élu le premier avec 259.800 voix, ce qui faisait dire à un homme d'esprit : « Ce n'est pas étonnant, il y a longtemps que nous savions que Lamartine valait une foule de Millevoyes '. )»

L'Assemblée nationale se réunit le 4 m^i- P^i' suite d'options, d'annulations ou de démissions, il y eut lieu de procéder à de nouvelles élections dans vingt-trois dépar-

\. Armand de Pontmartin, Opinion pithlique du 2 mai 1848.

tements, notamment dans celui de la Seine, appelé à nommer onze représentants.

Victor Hug'O se remit sur les rang-s. Quatre listes étaient en présence: celles diiA^ational, de la Réfonne, des Clubs, — et celle du Constitutionnel. C'est sur cette dernière que fig-urait Victor Hug-o, en compag-nie du g-énéral Cliang-arnier et de M. Thiers, que les républicains tenaient alors pour leur plus dangereux adversaire. A la veille de l'élection, une feuille démocratique appréciait en ces termes la candidature du poète : « Favori de Guizot, abonné des Tuileries, coui'tisan émérite; à l'afFût de toutes les g-loires, de tous les noms, promenant sa g-randeur ennuyée, se posant tout vivant sur un piédestal d'argile pétri de ses mains; suivi d'un état-major dont la morale n'est pas le premier but, se comparant à Corneille, daig-nant amnistier Racine, espérant le Panthéon, accusant la société et rêvant le Mirabeau. Voilà Ihomme que nous avons vu haranguer le peuple, le flattant dans ses jours de colère quand il est roi, lui prodiguant l'injure quand il est vaincu ^ »

Le dimanche 4 juin, Thiers, Chang-arnier et Victor Hugo furent élus. Cette fois, Victor Hug-o venait le septième avec 8G.965 voix. Le huitième était Louis-Bonaparte, avec 84.420 voix. Le neveu de Napoléon et le poète qui avait chanté le Retour de l'Empereur arrivaient ensemble, portés par les mêmes sufïrag-es. Et c'était justice. Victor Hug-o était, à cette date, un fervent impérialiste. Quelques jours avant le vote, le 29 mai, dans la séance des cinq associations d'art et d'industrie, il avait dit en défendant sa candidature : « J'ai demandé, il n'y a pas encore un an de cela, c[ue la famille de l'empereur ren-

Page 1