‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 83 sur 159 · L'Evénement des 31 juillet, 1" et 3 août t · texte numérisé non relu

L'Evénement des 31 juillet, 1" et 3 août t

M. Victor Hugo est entièrement étranger à la rédaction de l'Evénement et n'y prend aucune part, directe ni indirecte. Nous avons en littérature et en politique des idées communes avec Victor Hugo, nous acceptons pleinement, pour notre profession de foi, celle qu'il a adressée aux électeurs de Paris, et (pii lui a valu 87.000 sufFrag-es; mais, nous l'avons dit, il demeure irresponsable vis-à-vis de nous.

En tête du numéro du 8 août se lisait la lettre suivante :

Monsieur,

Trouvez bon que je vous remercie d'avoir bien voulu spontanément déclarer que je suis absolument étrang-er à l'Evénc- /nent, et que je n'y prends aucune part, directe ni indirecte. Je ne comprends pas le journalisme autrement; le jour où je ferai un journal, je le sig-nerai.

Ouant à présent, tout mon temps est pris par l'Assemblée et par les travaux qu'elle impose aux représentants.

Je compte parmi vos collaborateurs plusieurs de mes meilleurs et de mes plus chers amis; mais ils savent, vous savez vous-même, avec quel soin scrupuleux je me suis toujours abstenu de tout ce qui pourrait ressendjler à une influence de mon opinion sur la leur. Au temps où nous sommes, le devoir a deux formes : Tisolcment et le dévouement. L'indépendance de toute responsabilité extérieure est plus que jamais nécessaire à l'homme public livré aux luttes de la tribune, ce (jui n'exclut pas la solidarité de tous les penseurs devant les ennemis de l'ordre social. Ce que vous faites de votre côté, je le fais du mien. A chacun sa règle, à chacun sa tâche.

Nous devons nous entr'aider dans nos périls et nous isoler dans nos consciences. Nous avons tout à la fois tant de choses à combattre et tant de choses à jug'er ! Vous êtes les premiers à comprendre que, comme juge des événements, des hommes et des idées, conmiis par le peuple à la plus austère des fonctions, je dois rester dans ma solitude.

Voyez en moi, du reste, Monsieur, un de vos lecteurs les plus sympatbi(iues. J'applaudis du fond du cœur à vos nobles cfl'orts (|ue le succès couroimera certainement. Oui, haïssez ranarcliie, aimez le peuple, tout est là. In jour, espérons-le,

L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE 13"i

(luand le inalontontlu des doctrines et des systèmes aura cesse, la haine finira. Il ne restera plus que l'amour. Ce jour-là, le problème sera résolu, l'envie s'en ira du cœur du pauvre et résfoïsme du cœur du riche; nous ne serons plus seulement des citoyens, nous serons des frères.

Agréez, je vous prie, l'assurance cordiale de ma considéralion la plus distinguée.

Cette lettre et la note qui l'avait précédée ne trompèrent personne : le poète était bien réellement l'inspirateur du journal de MM. Meurice et Vacquerie. Pas un jour, pas une heure, CEvénentent ne cessa de suivre Victor Hug-o, comme l'ombre suit le corps. Un de ses premiers rédacteurs, Alphonse Karr, a dit dans ses Mémoires :

Hugo créa, avec ses deux fils, Auguste Vaccpicrie, le frère de son g-endre mort, Paul Meurice et (juelques autres, tous ou presque tous jeunes g-ens d'esprit et de talent, un journal appelé l'Evénement. Victor Hugo n'écrivait pas ostensiblement dansée journal, mais // l'inspirait et le dirigeait, tout en laissant sur beaucoup de points la bride sur le cou à ses jeunes associés... De temps en temps, on reconnaissait l'ongle à sa griffe, ex ungiie leoneni, comme Victor Huij;o le dit lui-même dans une de ses lettres '...

A l'époque où fut fondé rEvénement, Victor Hug-o n'était pas républicain; il ne devait le devenir qu'un an plus tard, nous verrons dans quelles circonstances et pour quels motifs. « En i848, écrivait-il un jour à Alphonse Karr, je n'étais que libéral; c'est en i8/fg que je suis devenu républicain 3. David d'Ang-ers, — un

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