‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 92 sur 159 · L'Evénement du 9 novembre · texte numérisé non relu

L'Evénement du 9 novembre

qaier-Tinrille et qui n'est pas illustre comme Danton, — d'un homme enfin qui compte ses Iicnreud'e.risfence par des heures (le mort...

Le fils de cet homme s'écrie avec ori>'ucil, sans ([u'on l'y I)rovoque : « Je suis fier du nom de mon père. » L'Assemblée applaudit. La France s'indigne^.

Quatre- jours avant l'élection, on apprit rpie sur la liste (les condamnés politiques, des républicains de la veille à qui le g-ouvernement proposait d'accorder des récompenses nationales, figuraient, à coté d'un certain nombre de voleurs, la femme et les enfants de Pépin, le complice de Fieschi, la sœur de l'assassin Lecomte, et le citoven Boucheron, condamné à six ans de détention pour attentat sur les ducs d'Orléans, de Nemours et d'Aumale. Les feuilles qui patronnaient la candidature de Louis Bonaparte n'étaient pas pour laisser tomber cet énorme scandale. Elles en tirèrent parti : c'était leur droit. A r Événement revint l'honneur de jeter le cri le plus retentissant, de trouver la formule la plus saisissante. Les prix Montyon de la RépubU(iiie : tel était le titre de son article du 7 décembre, qui se terminait ainsi :

Si le i^énéral Cavaig-nac était nommé Président de la République, il faudrait arracher du Panthéon Voltaire et Rousseau pour y mettre Alibaud et Fieschi, et chang-er l'inscription du fronton en celle-ci :

AUX ASSASSIXS, LA PATRIE RECOXXALSSAXrE !

Le matin du 10 décembre, cet appel se lisait en tète du journal de Victor Hugo :

Que le peuple de Paris, que le peuple des campagnes vote avec le calme qui convient à la force ! qu"il surveille et (ju'il ai^isse ! 11 est un nom qui résume tous les souvenirs du passé, tontes les espérances de l'(UH-nir: c'est le nom de l'honime

J. L'Evcncmenl du 20 novembre 1848.

LE DIX DECEMDUI': 149

(liii' le peuph (I le plus aimé et ([ni a le jiliis (timè le peupb' : c'est le nom de NAPOLEON. Quand le peuple écrit ce 110:11, il fait plus (}ue d'écrire, il sli!;ne !

11 sififne son bonheur, son bien-être, sa grandeur ! Napoléon (lisait à ses soldais en face dos pyramides: « Du haut de ces [lyramides, quarante siècles vous contemplent ! »

Nous disons au peuple, en face de la colonne : c Du haut de ce monument, la i;loire vous conseille ! d

Ecoutez-la !

Le i5 décembre i84o, le jour du retour des cendi^es de l'empereur, Victor Hugo avait écrit :

Ciel glacé! soleil pur! oh! brille dans l'histoire! ..

Le 10 décembre i848, sous le titre le Soleil d'aujourd'hui, son journal écrivait :

Ouand la Providence veut qu'un de ces jours-là (jours de soleil) soit précisément consacré à un çrand acte politique, remercions-la : car elle tourne alors les esprits vers les souvenirs glorieux... Aujourd'hui, dussent les sceptiques railler à l'aise, nous, les enfants et le peuple, nous voyons dans cette mas^nitique journée quelque chose de providentiel : le soleil se souvient r/iie Xapoléon l'a illustré ' .'

Louis Bonaparte fut élu par 5. 334-220 voix. Le général Cavaig-nac, qui n'avait obtenu que 1.448. 107 suffVag-es, descendit du pouvoir : l'événement n'avait pas trompé les prévisions du poète. Dix jours plus tard, le jeudi 21 décembre, il fut invité à dîner chez le sculpt 'ur Pradier. Le géné-ral Cavaig-nac, ami du maître de la maison, était au nombre des convives, ainsi qu'une douzaine d'artistes et d'hommes de lettres, parmi lesquels Alphonse Karr. Le dîner n'avait rien de politique. A peine arrivé, cependant, Victor Hug-o, s'adossant à la cheminée, entonna un chant de triomphe sur le résultat

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