‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 91 sur 159 · U Evénement du 28 octobre · texte numérisé non relu

U Evénement du 28 octobre

La campagne était ouverte ; V Evénement la mènera jusqu'à la fin avec une ardeui' passionnée. Sa devise des premiers jours, — Haine vigoureuse de Vanavchie, tendre et profond amour du peuple, — était un peu démodée. Il eût pu la remplacer par celle-ci : Haine vigoureuse du général Cavaignac et de la République, tendre et profond amour de Louis Bonaparte et de l'Empire.

En 1842, Victor Hug-o avait dit à Louis-Philippe : Sire, Dieu a besoin de vous! En i848, le journal de Victor Hug-o dit à Louis Bonaparte : Prince, la Providence a besoin de vous! L'article du 29 octobre se termine ainsi : « Le nom ne peut pas se rapetisser, la PROVI- DENCE se doit à elle-même d'en sauvegarder la gloire. Ce n'est pas seulement M. Louis Bonaparte qui vst engagé à le conserver g-rand, c'est DIEU ! »

A partir du i^r novembre, l'Evénement parut avec un format un peu modifié et se vendit un sou, ce qui ne laissa pas d'étonner un peu, les journaux, en ce tempslà, n'avant presque pas d'annonces. Il tant avouer d'ailleurs que, pour un journal à un sou, il était brillamment rédig-é, et que l'acheteur n'avait pas à l'cg-retter son argent, lorsqu'il lisait des articles tels que celui-ci, intitulé un Nom :

Pour le peuple, (piand ce nom est NAPOLEON, il sii^nitie rontiance, renaissance du crédit, ordre, grandeur et i>-loire. Quand les travailleurs et les paysans vont voir un Napoléon ù la tète de la Képuljli([ue, le courage leur reviendra, et ils croiront que c'est Napoléon (jui leur a rendu le courage... Ou'iniporte! pourvu (ju'ils aient abondance et joies. Le pécheur, dans Torai^'e, adres.se sa prière à sa bonne vierge de bois, j)uis reprend, plein d'espoir, la rame et le gouvernail. Oui le ramènera au port? Le National dit : c'est l'aviron. Nous disons, nous : c'est la .Mailone, cl le |)euple est de notre avis...

LE DIX DECEMBRE li7

A notre avis, (|uatid M. Louis Bonaparte ne serait qu'un nom, la France ferait bien encore de se déclarer pour ce nom immense. Mais nous prouverons encore sans peine ([ue sous ce nom de Napoléon il y a aujourd'hui un Iioninie, — (jue derrière l'idole il y a l'idée ^.

Dans une brochure en faveur du ^-énéral Cavaignac publiée, au mois de novembre, sous ce titre : les Candidats à la présidence, l'auteur, Ernest Bersot, signalait, au premier rang- des soutiens de la candidature bonapartiste, avec Thiers et Emile de Girardin, Victor Hug-o. « L'aigle de Boulogne^ — écrivait Bersot, — s'abat sur l'Assemblée. M. Hug-o monte sur l'aig-le et pousse droit au soleil levant. Bon voyage, ô g-énie! » — « Partout, écrivait à cette même heure V Evénement , partout les modérés sont résolus à voter pour le neveu de l'empereur. Ils cèdent à l'opinion du maréchal Bugeaud, de M. 'Odilon Barrot, M. Thiers, M. Mole, le général Bedeau, M. de la Rochejaquelein, M. Berryer, M. VIC- TOR HL'CO '. »

S'ils ne s'éparg-naient pas à défendre, à glorifier Louis Bonaparte, Victor Hugo et son journal ne s'acquittaient pas avec moins de zèle de l'autre partie de leur tâche, celle qui consistait à démolir le général Cavaignac. Injures et outrages pleuvaient sur lui comme grêle. Le pèi-e du g-énéral avait siég-é sur les bancs de la Convention. ^'oici en quels termes l'Événement parlait de lui :

Le nom de Cavaitjnac est le nom d'un homme que l'histoire associe à la plus terrible des époques, qui siéçea sur les bancs les plus révolutionnaires de la Convention, qui signa la condamnation de Louis XVI, (jui traîna foute sa vie une gnillotine après /«//qui se montra parmi les plus cruels et qui se cacha parmi les plus obscurs, ({ui fut odieux comme Fou-

i. IJEvénement du 18 novembre 1848.

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