‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 100 sur 151 · Le Curieux, t. II, p · texte numérisé non relu

Le Curieux, t. II, p

3. « M»« Hugo se contentait d'accepter la qualification de baronne quand on la lui donnait dans un diner d'apparat. Mais, à partir de la mort d'Eugène, elle signa Vicomtesse V. Hugo. » Victor Pavie, sa jeunesse, ses relations littéraires, p. 206.

4. Souvenirs du second Empire, pïtr Adolphe Granier de Cassagnac, t. I, p. 72.

mort de son frère Eugène, de ne pas jurer avec ses opinions politiques. En 1887, ^^ effet, Victor Hugo n'était rien moins que républicain.

Il l'avait bien été un peu en 1882, quand l'émeute était partout, dans la presse, dans les clubs et dans la rue, et que la monarchie nouvelle, attaquée au dedans, menacée au dehors, pouvait paraître vouée à une chute prochaine. En 1887, la situation était changée. « Au dedans, dit M. Thureau-Dangin, la révolution est contenue, les émeutes écrasées, les clubs fermés, les sociétés secrètes dissoutes, la presse réprimée , la sécurité publique rétablie ; le gouvernement a reconquis son autorité matérielle et une partie de son autorité morale ; le crédit public est restauré, le commerce et l'industrie jouissent d'une prospérité sans précédent ; la religion môme a retrouvé, auprès de la société moderne, une popularité qu'elle n'avait pas connue depuis longtemps; au dehors, la paix est assurée, tous les périls extérieurs sont écartés, des avantages considérables, comme la constitution de la Belgique, ont été obtenus, d'autres peuvent être espérés; la France de i83o a obligé l'Europe à compter avec elle et lui a appris à compter sur elle ^ » La monarchie de Juillet était victorieuse : Victor Hugo ne pouvait pas ne pas être du côté de la monarchie.

La page de M. Thureau-Dangin que je viens de citer se rapporte aux premiers mois de 1886. C'est dire que, dès cette époque, le retour de Victor Hugo aux idées monarchiques était complet. Nous avons à cet égard un témoignage non suspect, celui de M. Théodore Pavie. Après un voyage de deux ans dans l'Amérique méridionale, il venait de rentrer à Paris; une de ses premières

4. Thureau-Dangin, Histoirede la monarchie de Juillet, t. II, p. 431,

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visites fut pour la place Royale. C'était au mois de juillet i836, le lendemain des funérailles d'Armand Garrel *. Ily avait plusieurs personnes dans le salon de Victor Hug*o. Notre jeune voyageur, qui avait eu à subir une traversée de quatre mois et demi, encore peu au fait des nouvelles, entendit, sans bien la comprendre d'abord, la conversation suivante :

(( — Vous n'avez pas assisté, je crois, aux obsèques d'Armand Carrel? » La question s'adressait à Hugo. « — Non, répondit-il, je devais à Girardin de n'y pas figurer ; son journal a toujours été très bon pour moi ; il m'a défendu quand tant d'autres m'attaquaient. D'ailleurs, je ne suis pas du tout républicain. Je ne puis pas être républicain. . .

« — Et pourquoi ?

« — Vous ne comprenez pas pourquoi? Gela m'étonne! Parce que, dans une république, je ne resterais pas en vie pendant trois jours. Les partis se disputeraient pour m'avoir et, en moins de trois jours, ma tête tomberait. »

M. Théodore Pavie ajoute : « Je m'abstiens de tout commentaire. Je cite textuellement les paroles que j'ai entendues et " qui sont restées gravées dans mon souvenir 2. »

M. Granier de Gassagnac était alors le principal lieutenant de Victor Hugo ; il s'exprime ainsi dans ses Souvenirs : « De tous les amis littéraires de Victor Hugo, je fus le seul mêlé aux questions politiques et en communication d'idées avec lui sur ce sujet. Il était libéral, mais

1 . Garrel était mort, à la suite de son duel avec Emile de Girardin, le 24 juillet 183G.

2. Victor Pavie t sa jeunesse ^ ses relations littéraires, p. 264. L'interlocuteur de Victor Hugo n'était ni un poète ni un peintre, mais un architecte, M. N..., ami de la maison et qui. ayant son franc parler, causait sur toutes sortes de sujets qu il mettait bur le tapis, un peu au hasard. (Note de M. Théodore Pavie.)

profondément monarchique^, » Libéral, jele veux bien, à la condition d'ajouter avec un autre ^^mo/n, également bien informé : « Le poète était monarchique autoritaire; il admirait les souverains à la manière de Gharlemagne et de Napoléon ; il aimait à prononcer et à placer dans ses vers le grand mot d'empereur. C'était, d'ailleurs, le nom qu'il donnait à Charles, son fils aîné. Dans ses préfaces, ne trouve-t-on pas le ton emphatique des proclamations qu'un conquérant adresse à ses troupes ^ ? »

A défaut de Napoléon , Victor Hugo s'accommodait à merveille du roi Louis-Philippe, de son gouvernement et de ses ministres. L'un d'eux, celui-là même qui luttait avec le plus d'énergie et de talent contre les idées révolutionnaires, M. Guizot, l'avait pris particulièrement en gré. Il s'était fait, nous l'avons vu, son patron et son répondant lors de l'élection académique du 29 décembre i836. Non certes que M. Guizot fût devenu romantique, et qu'il admirât plus que de raison Lucrèce Borgia et Marie Tudor; mais à côté de la question littéraire il y avait pour lui la question politique; s'il faisait campagne pour le poète, c'est qu'il voyait surtout en Victor Hugo l'homme « profondément monarchique ». Quelque temps auparavant, il lui avait donné un autre témoignage de sympathie en l'appelant dans le comité qu'il avait organisé près du ministère de l'instruction publique, pour la recherche des monuments inédits relatifs à l'histoire des lettres et des beaux-arts au moyen-âge. M. Guizot ne s'en serait pas tenu là, si l'on en croit Victor Hugo raconté. Au mois d'octobre i836, il aurait offert à l'auteur

1 . Souvenirs du second Empire, par Adolphe Granier de Cassagnac, t. I.

2. Théodore Pavie, p. 262 de Victor Pavie, sa jeunesse, ses relations littéraires.

d'IIernanî le privilège d'un nouveau théâtre, — privîlèsço. que le poète n'aurait pas accepté pour lui, mais qu'il aurait fait donner à M. Anténor Jolj, directeur du Vert-Vert^,

Le i5 avril 1887, M. Guizotse retirait du ministère; mais, outre que Victor Hug'o entretiendra les meilleures relations avec le chef du nouveau cabinet, le comte Mole, il va devenir, à partir de ce moment, non plus seulement Tami des ministres, mais le familier des princes.

Dès le surlendemain de la formation de son nciinistère, M. Mole avait annoncé aux Chambres le mariag'e de M. le duc d'Orléans et de la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin. Il fut célébré le 3o mai au palais de Fontainebleau. Le 10 juin, eut lieu l'inauguration du musée de Versailles. Victor Hugo fut invité au banquet royal, donné dans la galerie de Louis XIV, et au spectacle qui termina la journée. Alfred de Musset, Jules Janin, Alexis de Tocqueville, Balzac, Sainte-Beuve, Alexandre Dumas, Michelet, avaient été invités comme lui : mais aucun d'eux ne reçut des princes un accueil aussi flatteur et aussi particulier. « M. Victor Hug-o, écrivait M'"^ de Girardin dans son Courrier de Paris, est allé à Versailles, et il a été présenté à M™e la duchesse d'Orléans. Tout le monde sait avec quelle bienveillance la princesse a accueilli l'auteur de Notre-Dame de Paris : « Le premier édifice que j'ai visité à Paris, c'est « votre église », lui a-t-elle dit 2. » Voici du reste le récit de Victor Hugo lui-môme :

Le roi, naturellement aimable, et qui dans ce moment était, de plus, heureux, dit des choses gracieuses à ses invités, spé-

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