‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 101 sur 151 · La Presse j 14 juin · texte numérisé non relu

La Presse j 14 juin

cialement à M. Victor Hugo... Après les compliments, il lui demanda ce qu'il pensait de Versailles ; à quoi M. Victor Hugo répondit courtoisement que le siècle de Louis XIV avait écrit un beau livre et que le roi avait donné à ce beau livre une magnifique reliure. — Mme la duchesse d'Orléans vint à M. Victor Huge et lui dit qu'elle était heureuse de le voir, qu'il y avait deux personnes qu'elle avait vivement désiré connaître, M. Cousin et lui, qu'elle avait souvent parlé de lui avec « M. de Goethe », qu'elle avait lu tous ses livres, qu'elle savait ses vers par cœur, qu'elle aimait par-dessus tout la pièce des Chants du crépuscule qui commence par :

C'était une humble église au cintre surbaissé, L'église où nous entrâmes.

Elle lui dit : « J'ai visité votre Notre-Dame *. »

Moins d'un mois après, le 4 juillet. Fauteur des Chants du crépuscule et de Notre-Dame de Paris était nommé officier de la Légion d'honneur. La même ordonnance nommait Alexandre Dumas chevalier 2»

Cette ordonnance mit en rumeur tout le camp classique. M. Viennet prit la chose au tragique et fit insérer dans les journaux la lettre suivante :

Monsieur,

Je n'ai pas dit que je ne voulais plus porter la croix d'officier de la Légion d'honneur, depuis qu'on l'avait donnée au chef de l'école romantique.

En ôtant mon ruban de la boutonnière où l'empereur l'avait placé, j'ai suivi seulement l'exemple de la plupart des généraux de la vieille armée, qui trouvent plus facile de se faire remarquer dans les rues sans décoration. Il ne s'agit ici ni de romantiques ni de classiques.

i. Victor Hugo raconté, t. II, p. 448. — La Mode rapporte le mot de la duohesse d'Orléans dans les mômes termes que Victor Huffo raconté : « Sa première parole à M. Hugo fut celle-ci : « J'ai vu. Monsieur, voire Notre-Dame. » (Année 1837, t. IV, p. 47. j

â. Journal des Débats, 5 juillet 1837.

11 est tout naturel qu'un ministre romantique * décore ses amis; il serait cependant plus juste de donner la croix de chevalier à ceux qui auraient eu le courage de lire jusqu'au bout les vers ou la prose de ces messieurs, et la croix d'officier à ceux qui les auraient compris. Je désire en outre qu'on n'en donne que douze par an aux écrivains qui font des libelles contre les fi^ands pouvoirs de l'État, les ministres et les di'putcs : il faut de la mesure dans les encouragements.

Agréez, etc.

ViENNET.

M. Viennet était un homme d'esprit. Il faut bien avouer cependant que les titres de Victor Hugo étaient au moins égaux aux siens, que Notre-Dame de Paris était au moins à la hauteur de la Tour de Monthléry'^^ et q\i*Hernam ne faisait pas précisément mauvaise figure à côté dJArbogaste, encore bien qu'il ne renfermât aucun vers comparable à celui-ci :

Sous son casque Arbogaste avait un esprit vaste >.

Quinze jours après Tordonnance du 4 juillet, M. Doudan écrivait de Goppet à M»ne d'Haussonville : « M. Victor Hugo me semble Tobjet de toutes les attentions des princes de ce monde. Qu'est-ce que ce tableau qu'il a trouvé un soir dans son salon et que lui envoyait M. le duc d'Orléans ^ ? » Le Témoin de la vie de Victor Hugo raconte ainsi l'histoire de ce tableau :

Le 27 juin iSSy, M. Victor Hugo pubfia les Voix tnté-

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