‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 111 sur 151 · Souvenirs du second Empire, par Ad. Granier de Gassagnac · texte numérisé non relu

Souvenirs du second Empire, par Ad. Granier de Gassagnac

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Comme il l'avait fait entrer au Journal des Débats dès son arrivée à Paris, Victor ttug-o le fît entrer à la Presse dès la fondation de ce journal ^ M. Granier de Cassag-nac y mena de front une double campag-ne, politique et littéraire, défendant à la fois la littérature de Victor Hug-o et la politique de M. Mole. De tels services ne pouvaient rester sans récompense. Victor Hugo écrivit au comte Mole, le 3 avril i838 :

Monsieur le président du Conseil,

Je demande à Votre Excellence la croix de la Légion d'honneur pour M. Adolphe Granier de Cassagnac, ^ubliciste, rédacteur principal du journal la Presse. Je demande pour lui cette haute distinction, conune la récompense des services éminents que, depuis quatre ans, il n'a cessé de rendre à la cause de Tordre. Je ne suis que le colonel signalant au général en chef un vaillant officier à décorer.

Ce n'est pas une faveur que je sollicite de la bienveillance personnelle de M. le comte Mole; c'est un acte de justice que je réclame de l'intelligente initiative de M. le président du Conseil.

La réponse de M. Molé ne se fit pas longtemps attendre ; quelques semaines après, M. Granier de Cassagnac était décoré.

Une occasion s'ofPrit bientôt au nouveau chevalier de payer sa dette à son colonel.

Le 12 juin 1 838 eut lieu le début de M^^» Rachel, dans Horace, Avec elle, la tragédie classique faisait, au Théâtre-Français, une rentrée triomphale. Les recettes à'Andromaque étaient supérieures à celles de Alarion

1. « C'est par Victor Hugo que je devins, dans la Presse, collaborateur de M. de Girardin. » Granier de Gassagnac. Souvenirs, t. 1, p. 72. — La Presse fut fondée le 1" juillet 4836.

2. Souvenirs du second Empire^ p&r Ad. Granier de Gassagnac. t I, p. 72. ^

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de Lorme; Mithridate battait Angelo; Jean Racine était applaudi comme jamais Victor Hugo ne l'avait été. M. Granier de Gassag-uac se chargea de venger le Maître. Il fit, dans la Presse, une campagne en règle contre Racine et démolit l'une après l'autre toutes ses tragédies. La place Royale n'avait jamais été à pareille fête. Ge terrible homme démontrait, avec toutes sortes d'arguments, un jour que « la tragédie de Mithridate est une des plus vides, des plus lentes et des plus avortées qui se voient » ; — un autre jour, qu' Athalie est une pièce médiocre, dont le plan dénote une absence complète de réflexion, dont le style est « mal venu», souvent « médiocrement exécuté », quelquefois môme « particulièrement odieux » ; dont les « chœurs sont un ramassis de phrases communes et creuses, rimées avec des adjectifs et des infinitifs », et telles que « l'Opéra- Comique d'à présent y regarderait à deux fois avant de les admettre * ». A ces férocités, suivant le précepte du Maître, le critique mêlait parfois la note gaie : « Victor Hugo, écrivait-il, emploie toutes les portes qui existaient au palais d'Angelo Malipieri ; Racine invente au temple de Jérusalem des portes qui n'existaient pas. î)e quel côté est la simplicité dans la mise en scène * ? »

Tout a l'humeur gasconne en un auteur gascon.

Uéreintement d'Alexandre Dumas avait précédé Maine Tudor. L'éreintement de Racine venait à son

1. M. Granier de Cassagnac a réuni ses articles sur le théâtre de Racine dans ses OEuwes littéraires, 1 vol. in-12. Paris, 1852, Victor Lecou, éditeur.

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