‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 136 sur 151 · Journal des Débats, 24 décembre · texte numérisé non relu

Journal des Débats, 24 décembre

Victor HuR*o était désormais le chantre attitré de Napoléon, le poète officiel de Tempire. A quelques mois de là, le i5 août i84i, de grandes fêtes devaient avoir lieu pour rinaufli-uration de la statue de Napoléon sur la colonne de Boulogne. La garde nationale de cette ville demanda une cantate à Victor Hugo, qui s'empressa de satisfaire à ce vœu. Au dernier moment, on craignit que certains vers, hostiles à TAngleterre, ne vinssent troubler l'entente cordiale. L'hymne ne fut pas chanté. Le voici, tel qu'il fut publié par les journaux du temps :

HYHNE

Au bord des flots, au sein des sombres Babylones, Reste à jamais debout sur tes hautes colonnes! Veille sur nos vaisseaux et protège nos tours! Sois toujours lier de nous ! Libre, calme, sereine, La France a l'avenir ! la France est encor reine! Ton empire est tombé, ton peuple vit toujours !

Une aube meilleure Sur nous brillera ; Nous attendons l'heure.

Mais l'heure viendra.

Comme Dieu lui-môme Qui récolte et sème Dans l'immensité, Notre auguste Franco A la patience.

De Téternité.

En vain Londre et Moscou, dans leur rage inféconde. L'une hors de l'Europe, et Tautre hors du monde. Ont mutilé la France alors q^ue tu tombas.

Et sur nos maux profonds qui saignent et s'irritent. Ont basé, comme un vase où des serpenis s'agilcul. Une fragile paix pleine de sourds combats !

Une aube meilleure, etc.

Dieu veut la grande France et la grande Allemagne, Et fit Napoléon comme il fit Charlemagne, Pour donner à l'Europe un centre souverain.

Bientôt des vieux sultans mourra la race éteinte; Alors Dieu qui bénit Teutonia la Sainte Lui rendra le Danube et nous rendra le Rhin.

Une aube meilleure, etc.

En attendant ce jour que chaque instant amène, Jour où la paix luira sur la famille humaine. Jour où s*efiaceront les crimes expiés, Vois Au-dessous de toi, figure solennelle, L'éternelle tempête et la haine éternelle, L'Océan sous tes yeux, TAngleterre à tes pieds.

Une aube meilleure Sur nous brillera ; Nous attendons l'heure.

Mais l'heure viendra.

Comme Dieu lui-même Qui récolte et sème, Dans l'immensité, Notre auguste France A la patience.

De l'éternité * !

Quand paraîtront les Contemplations, — le premier recueil lyrique publié par Victor Hugo après les Rayons et les Ombres^, — le Retour de l'empereur n'y figurera pas. Le poète a encore une fois changé d'opinion. Le bonapartiste de i84o est devenu Tennemi des Bonaparte. Et voilà pourquoi la Bouche d'ombre est muette. C'est seulement en i883 que Victor Hugo s'est décidé à insérer le poème de i84o dans l'édition définitive de ses Œuvres, au tome IV de la Légende des siècles. Quant à VHymne à la colonne de Boulogne, elle n'a jamais figuré dans aucun de ses recueils.

Cependant la prédiction d'Alexandre Dumas s'était réalisée. Népomucène Lemercier étant mort le 7 juin i84o, Victor Hugo s'était mis sur les rangs pour le remplacer. Il avait cette fois pour concurrents : MM. Ancelot, Azaïs et d'Anglemont. L'Académie procéda au vote le

Page 1