‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 34 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

M"« Georges et Frederick Leraaître. — Armand Carrol, Hippolyte Rollc, Jules Janin, Etienne B('quet. — Richard III et la Duchnsse de Malfi. — Williaui lloscoo et Ferdinand Gregorovius. — La princesse Negroni. — Philémon et Baucis. — Un acte de décès.

Gomme on Ta vu plus haut dans la lettre de Sainte- Beuve du 23 août 1882, Victor Hug-o, à cette date, avait (( une autre pièce en trois actes et en prose qu'il ne voulait démasquer qu'après la première représentation du Roi s'amuse ». Elle avait pour titre : le Souper à Ferrare, A la fin de décembre, Harel, directeur de la Porte- Saint-Martin, vint la demander à l'auteur et mit à sa disposition, pour tenir les deux principaux rôles, iNl'ïe Georges et Frederick Lcmaître. On s'entendit vite et, d'un commun accord, le premier titre disparut pour faire place à celui-ci : Lucrèce Borgia.

Au cours des répétitions, le 20 janvier i833, David d'Angers écrivait à Victor Pavie :

... Hugo va donner une nouvelle pièce, elle a pour sujet Lucrèce Borgia. On dit qu'il l'a faite en quinze jours ; on dit qu'il a encore amplifié l'histoire, qui est déjà assez scandaleuse et abominable. Il montre Lucrèce devenant amoureuse d'un fils qu'elle a eu de Borgia. On craint bien que toutes ces horreurs ne révoltent. Cela m'a fait bien du mal à» apprendre ;

LUCRÈCE BORGÏA 79

comment se fait-il que ce génie colossal accepte ce que Part doit repousser ^ ?

La première représentation eut lieu le samedi 2 février i833; Lucrèce Borgia n'ayant que trois actes, Harcl avait cru nécessaire de la faire précéder d'un vaudeville, le Petit souper ^, et non, comme il est dit dans Victor Hugo raconté, un Souper chez Louis XV, Le public refusa d'entendre le vaudeville et fit au nouveau drame de Victor Hug^o un accueil enthousiaste. Le succès, cette fois, fut unanime et prit les proportions d'un triomphe. Tout concourut à le rendre éclatant : la force et le pathétique des situations, la vigueur et le relief du style, la richesse de la mise en scène, le jeu puissant de Frederick Lemaître, qui remplissait le rôle de Gennaro, la beauté trag-ique et vraiment royale de M^^^ Georges.

Il ne suffît pas à Victor Hugo, dans son autobiographie, de rappeler ce succès, le plus grand de sa carrière dramatique ; il mêle à son récit, suivant sa constante habitude, des détails entièrement inexacts. On lit dans Victor Hugo raconté :

Les journaux classiques, surpris d*abord et entraînés parle courant, se remirent bientôt et revinrent sur leur apjirobation. M. Armand Carrel attaqua la pièce dans « le National ». Il avait contre l'auteur un nouveau grief. Au moment de la première représentation, il venait d'être blessé en duel à l'occasion de la grossesse de la duchesse de Berry, niée par les royalistes, affirmée par lui. La cause du duel, la célébrité du journaliste, sa blessure, avaient fait de l'événement la préoccupation de Paris ; l'état du malade était publié tous les matins ; on allait s'inscrire chez lui en foule, môme les royalistes, entre autres M. de Chateaubriand. Lucrèce Borgia vint faire

Page 1