Victor lîugo raconté, t. II p
à rémotion produite par la blessure de Carrel, cette émotion aurait donc duré quelques heures seulement, puisque le duel avait eu lieu dans la matinée du 2 février et que Lucrèce Borgia fut jouée dans la soirée du môme jour. Or, tous les journaux constatent, et Victor Hugo reconnaît lui-même, que cette émotion a duré plusieurs jours, que « l'état du malade était publié tous les matins, et qu'on allait s'inscrire chez lui en foule ».
Armand Carrel, on le voit, n'avait nul grief contre le poète, du chef de Lucrèce Borgia. Aussi ne l'a-t-il point attaquée. Il n'a paru dans le National qu'un seul article sur le drame de Hugo, et cet article, publié le 7 février, n'est pas de Carrel, qui était encore alité ^ et qui n'avait pu, à ce moment, ni voir jouer Lucrèce Borgia, puisqu'il avait été blessé avant la première représentation, ni la lire, puisqu'elle fut mise en vente seulement le i4 février. L'article du 7 février est d'Hippolyte Rolle, le feuilletoniste théâtral du National y ai^oviQ son initiale accoutumée; il est d'ailleurs relativement favorable et se borne, pour toute méchanceté, à finir par ce trait de critique :
M. Victor Hugo est trop juste pour ne pas nous permettre en finissant de regretter ce temps de chasteté de l*art et de virginité du public, où on sortait plus effrayé de ce simple vers :
Elle a fait expirer un esclave à mes yeux,
que de ses sept cadavres empoisonnés et de ses pompes funèbres ^.
d. Le National, 7 février 1833. — Le National du 15 février annonçait en ces termes la première sortie de son rédacteur en chef : " M. Carrel, sorti aujourd'hui pour la première fois, a paru un moment dans nos bureaux, et s'est rendu de là, pour s'y fiiire inscrire, au domicile de M. Laborie, que l'état de ses blessures relient encore chez lui. »