Ibid., p
VICTOH HUGO APRÈS 1830
de temps avant la révolution deJuilli'l, Victor avait quilti; son appartement de la ruo Notre-Dameamps ' pour aller demeurer dans une rue projette irtier François I", la rue Jean-Goujon. Il habitait . Je trouve cette indication dans l'Annuaire de de nationale pour i83o, où je lis, à la page 17 : éçion, 4* bataillon. — Conseil de discipline, t secrétaire adjoint, Victor Hugo ^, rue Jean- 1, 6. » II n'était pas d'homme de lettres pn c« là qui n'eût en horreur le service de la ^nrde na- ;. Sainte-Beuve entrait dans des colères aiîreuses, s fois que l'huissier de la (Chambre des pairs, séria jor de sa r^mpag'nie, l'inrâmc S..., comme il ait, lui envoyait un billet de garde ou une sommacomparaître devant le conseil de discipline*. Théoiiautier et Alfred de Musset préfiNai nt au corpsde la paille humide des cachots. On connaît les inrmants auxquels Musset a donné pour tiliv Le irijioni. Balzac écrivait un jour à son éditeur, rd Werdet :
Mon cher ami, gnare dentiste, M. M..., qoî cumule son affreuse proavec les fonctions atroces de scrçcnl-niui or, vient île ■c fourrer à l'hôiel des Ilarivoln.
•z me voir tout de suite. Apportez-moi de l'argent, car sans le sou'.
1 n" )1; Sainte-Beuve tiemeurait au a'i^. Voy. Victor Hugo
Victor Hug-o, lui, s'était mis en règle, dès le premier jour, avec la g-arde bourgeoise. Aussi bien, il avait sa place marquée dans le 4® de la i"^*. Chez le poète des Orientales, à côté de Tholnme de génie, il y avait le bourgeois.
C'est dans la maison de la rue Jean-Goujon que nar quit, peu de semaines après les journées de Juillet, son dernier enfant, sa fille Adèle, à qui Sainte-Beuve servit de parrain. Il écrivait, le 17 septembre i83o, à Victor Pavie, le plus jeune de ses amis, mais non le moins dévoué* :
Merci de votre bonne lettre, mon cher Pavie, je suis heureux de savoir que vous vous portez bien et que vous avez retrouvé bien portant votre bon père... Ce que vous me dites de mes vers me va au cœur; je les avais écrits pour que vous les
4. Né à Angers le 26 novembre 1808, Victor Pavie, après avoir fait partie du Cénacle de 4829, était revenu en 1834 se fixer dans sa ville natale. II continua d'y cultiver avec succès la poésie et les lettres, non sans réserver la plus large part de ses loisirs aux œuvres catholiques. Ce grand chrétien fut le dernier des romantiques. Sainte-Beuve a dit de lui, dans une noie de l'édition définitive de ses Poésies : « Victor Pavie, un de nos plus jeunes amis du temps du Cénacle, resté le plus fidèle en vieillissant à toutes les amitiés, à toutes les admirations, à tous les cultes de sa jeunesse, quand tous ont changé, le môme; conservé, perfectionné, exalté et enthousiaste toujours; la flamme au front, un cœur d'or. A le voir d'ici, au travers de notre tourbillon, et au milieu de notre dispersion profonde, je le compare à un chapelain pieux qui veille et qui attend, je l'appelle le gardien de la chapelle ardente de nos souvenirs. » Cette fidélité aux souvenirs de sa jeunesse a mspiré à Victor Pavie quelquesunes des pages les plus intéressantes des deux précieux volumes publiés après sa mort sous le titre d'Œuvres choisies. Il ne cessa d'être en correspondance avec Sainte-Beuve jusqu'à la mort de ce dernier, avec Victor lïugo jusqu'en 4870. Des fragments de cette correspondance ont été publiés dans le pieux et touchant volume consacré par M. Théodore Pavie à la mémoire de son frère sous ce titre : Victor Pavie, sa jeunesse^ ses relations littéraires. Victor Pavie est mort à Angers le 47 août 4886. Voir aussi, en tête du premier volume des Œuvres choisies, Pexcel- Icnte notice de M. René Bazin.
s NOTRE-DAME DE PARIS
eentissiez ainsi... Ma femme est bellement accouchée, un peu
a|i['cs la mitraille el la canonnade, d'une petite fille à petite
bourhc, dont Sainte-Beuve est le porruin, que nous nomme-
' '" ' "H mère), et que noua baptiserons diman-
suis plongé jusqu'au cou dans Noiresur pa^c, et la matière s'étend et se proit moi, à mesure que j'avance, que je ne Ms la hauteur des tours. Quant à Marion |ue ic thi'âtre se réorganise et je compte à Pnris. Vous savez que vos applaudis- !ur de mes succès, si succès il y a.
vous et aux vi^tres.
Victor '.
lainte-Beuve écrivait, de son côté, à
ici depuis quelques jours; il voit les lint l'avenir, mais il se trompe, je crois, ■évenir le mal. Le seul moyen serait, en iuvrer selon l'esprit progressif, avec Jarafiance, ce qu'ils ne feront pas, ce qu'ils
it a foi
Hug'O avait song^ à écrire un roman (Ire le Paris du moyen-âge, et dont ylle et admirable cathédrale, serait Avant d'en avoir tracé une ligne, il ibraire Gosselin, s'eng;ag'eant à lui
au mois d'avril 1839. Mais il avait ■ientahs, sans Marion de Lorme et u mois de juin i83o, il n'avait pas
r Pavie : corresponHanee Victor Hugo.
r Pavie : correspondance Sainte-Beuve, fureut au mois de janvier 1829. Marion de
encore posé la première pierre de sa Notre-Dame; Téditeur perdit patience, et, fort de son contrat, mit le poète en demeure de s'exécuter. Il ne fallut rien moins que l'intervention du directeur du Journal des Débats, de M. Bertin lui-même, pour arrang-er l'affaire. Un nouveau traité fut signé, qui accordait à l'auteur un délai de cinq mois : il devait être prêt le i®"^ décembre i83o. La révolution de i83o, survenue au moment même où il commençait enfin son premier chapitre, lui fut une occasion de demander une prolongation de délai. La date fut reportée au ler février i83i. Cette fois, l'engagement fut tenu : moins de six mois avaient suffi à Victor Hugo pour écrire Notre-Dame de Paris,
« Le roman, lisons-nous dans Tautobiographie du poète, parut le i3 février, jour du sac de rArchevêché *. L'auteur, témoin de la violence populaire, vit jeter à l'eau les livres de la bibliothèque, un, entre autres, qui lui avait servi pour son roman... La majorité des journaux fut hostile, comme toujours. M. Alfred de Musset, dans le Temps y constata sans tristesse que le livre avait eu du malheur de venir un jour d'émeute, et qu'il avait été noyé avec la bibliothèque de l'Archevêché 2. »
Notre-Dame de Paris paraissant à l'heure même où l'Archevêché est mis à sac ; la cathédrale de Victor Hugo se dressant, jeune et superbe, et lançant à toute volée, pour la première fois, ses aubades et ses sonneries, le jour où, sombre et muette, la vieille cathédrale de Maurice de Sully 3 voit l'émeute gronder autour de ses murailles,
Lorme fut composée au mois de juin, et Hemani au mois de septembre de cette même année 1829.
4. Le sac de l'Archevêché eut lieu, non le 13, mais le 15 février
2. Victor Hugo raconté par un témoin de sa vîe^ t. II, p. 349.
3. Dans le chapitre intitulé Notre-Dame (\iv. III, eh. i), Victor.
quelle antithèse! Le malheur est que le roman de Victor Hun^o n'a point paru le i3 février, ni le i5, mais un mois plus tard. On lit dans les journaux du milieu de mars, et en particulier dans le Constitutionnel du 12 :
Pour paraître le 15 mars.