‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 6 sur 151 · ROMAN NOUVEAU DE VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

ROMAN NOUVEAU DE VICTOR HUGO

Deux volumes in-8, papier fin satiné, ornés de vignettes gravées par Porret, d'après Tony Johannot.

Prix : 15 francs.

La majorité des journaux fut hostile, comme toujours... — Encore une erreur. En ce temps-là, les journaux, tout entiers aux événements politiques, ne rendaient guère compte des ouvrages littéraires. La vérité est qu'ils ne s'occupèrent pas de Notre-Dame de Paris. Le Journal des Débats, lui-même, malgré Tamitié de M. Bcrtin pour Victor Hugo, garda le silence. N'eût été le nom de Tauteur et son magnifique talent, ce livre, destiné plus tard à une si éclatante et si légitime renommée, aurait passé presque inaperçu. C'est ce que consstatait, à la fin de i83i, dans un article sur les Feuilles d'Automne ^, Gustave Planche, alors Tun des admiracôté nord, et dressée dans les airs, à 240 pieds au-dessus du sol, cette flèche qui couronnait le centre delà croisée et montrait de loin au voyageur sa croix triomphante et fleurie. — On le voit, ni Gharlemagne n'avait posé la première pierre de Notre- Dame, ni Philippe-Auguste n'en avait posé la dernière. 1. L'Artiste, décembre 183i,

teurs de Victor Hugo et l'un des familiers de sa maison. Après avoir fait remarquer que, publiée un an plus tflt, avant les journées de Juillet, Notre-Dame de Paris, « la plus élevée, la plus complète et la plus harmonieuse des compositions épiques de M. Victor Hu^, » aurait été le bruit de la cour et de la ville, l'objet d'articles sans nombre et de polémiques sans fin, Gustave Planche ajoutait :

Au lieu de cela, qu'avons-nous vu ? quelques lecteurs silencieux et recueillis, et, malgré le succès très réel du livre, quelques remarques échangées et presque chuchotéea à l'oreille par ceux qui prennent encore bu sérieux les ouvrages d'imagination. Il s'est bien rencontré quelques causeurs de bonne foi el sincères, qui ontsignaléla longueur des développemenls dans la première moitié du récit, el qui ont blâmé l'auteur d'avoir réservé toutes ses forces et toute sa chaleur d'entrailles pour le second volume. Mais en dehors de ces rares discussions, il ne s'est pas fait beaucoup de bruit autour de Noire- Dame. L'allcntion des esprits était ailleurs.

Pas plus que les autres journaux, pas plus que les Débals ou la Quotidienne, que le Constitutionnel ou le National, le Temps ne rendit compte du roman de Victor Hug'o, au moment de son apparition Le 2 1 mars i83i, il publia un petit article, une Revue fantastique. On y \ojait se dresser aur le haut des tours de Notre- Dame deuY ombres, un poète et son libraire, guettant le moment fa\oral)le pour lancer « leurs opuscules ». A la fin, le libraire, perdant patience souk\e silencieusement les rames de papier noiici qui gisaient à ses pieds, les élève dans les airs, et, de^ore par I espérance d'avoir de quoi dîner le lendemain, les lance dans 1 espace. « Ce fut à ce moment que quelques oisifs qui se miraient dans les glaces de la Galerie d'Orléans aperçurent derrière une vitre, .dans l'étalage d'un libraire, unç reliure jaune qui

y demeurera clouée jusqu'à 1 éternité *. » Cet article avait, en effet, pour auteur, Alfred de Musset *; mais il ne renfermait aucune critique contre Notre-Dame de Paris, dont le nom n'était même pas prononcé; il ne témoignait aucune joie d'avoir vu le livre de M. Victor Hugo tomber dans Teau avec les livres de Mk*" de Quélen; il ne disait pas, — et pour cause, — que ce livre, publié le i5 mars 3, avait été noyé, le i3 février, avec la bibliothèque de l'Archevêché *.

Un seul journal s'occupa longuement de Notre-Dame de Paris, ce fut V Avenir, « Un des journaux les plus bienveillants, dit Victor Hugo, qui est ici à peu près exact, fut V Avenir, rédigé par MM. de La Mennais, de Montalembert et Lacordaire, qui fit trois articles ». Le journal de La Mennais fit, — non pas trois, — mais deux articles, qui parurent les ii et 28 avril i83i et qui respiraient le plus complet enthousiasme. Ils étaient signés, — ce que Victor Hugo a négligé de dire, — Ch, de M,,,, — Charles de Montalembert. Montalembert n'avait pas encore vingt et un ans. Ces articles devinrent, entre le poète et le jeune journaliste qui allait le précéder à la Chambre des pairs, le point de départ d une amitié qui fut, au début, très fervente, au moins du côté de Montalembert, et que Victor Hugo reconnaîtra plus tard à sa façon dans les Châtiments.

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