‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 7 sur 151 · Revue fantastique. Le Temps, f 1 mars · texte numérisé non relu

Revue fantastique. Le Temps, f 1 mars

2. Alfred de Musset a donné au Temps quelques articles, en petit nombre d'ailleurs. Le premier est du 27 octobre 1830; le dernier du 6 juin 1831. — (Voy. Alfred de Musset et ses prétendues attaques contre Victor Hugo, par Charles de Lovenjoul, 1878.)

3. Sainte-Beuve, qui aimait « les dates exactes », dit, dans sa Biographie de Victor Hugo (1831) : « Notre-Dame de Paris fut Publiée le 15 mars 1831. n

4. Deux feuilletons sur Notre-Dame de Paris parurent dans le Temps des 31 mai et 17 juillet 1831 ; mais ni l'un ni Tautre ne sont d'Alfred de Musset. (Voy. Charles Lovenjoul, op. cit,, p. 10.)

VICTOR HUGO Al'RES 1830

tarait que « l'hostilité de la majorilé des journaux » it g;ui>re nui à Victor Hugu et à son roman, car il B ; « Cette hostilité n'cmpiVlia pas Noire-Dame de t d'avoir un succès extraordinaire. Les éditions se plièrent '. m Son livre aurait eu, d'après lui, huit ns en dix-huit mois, de mars i83i à octobre 1882.

qui parut à la fin d'octobre i832 était accompad'unc préface, en (Cte de laquelle il avait inscrit ces

: Nofe ajoutée à la huitième édition. Cette kai- ; édition était, en réalité, la seconde. C'est ce que atent tous les bii>liograp)ie5 qui ont écrit sur les ins orîg'inalcsdcs Romantiques. « Cette même année , dit M. L. Derûme, la S* édition de Notre-Dame ans, in-8 (3 vol.), qui est de /ait la seconde et la iére complète, paraissait chez Renduel, et les sept ons précédentes, l'une in-8 (2 vol.) et les autres

(4 vol.), n'en faisaient qu'une dont on avait gé les titres ^. « M. John P. Andorson, dans la itc Bibliographie qui acconipag^ie la Vie de Victor ) par Frank T, Marzials, dit de son câté : « Onze

exemplaires furent tirés et formèrent les quatre iéres éditions in-8. Une édition plus petite en 4 vo- * in-ia fut publiée la mCme année avec le même

mais contenant quatre vignettes, deux de plus que ion in-8. Cette édition comprenait a. 000 exemplaires irnit les 5^, 6« et 7" éditions. La huitième, Paris, , in-8 (3 vol.), qui renferme une nouvelle préface lis chapitres inédits, savoir : Impopularité, Abbas

Martini, Ceci tuera cela, est en réalité la ses édition *. »

'ictor Hugo raconté..., t. II, p. 352.

■es Editions originales des tioiiiantigues. — Les Poêles, p. £8.

Afe of Victor Hugo, by Frank T. Marzials; BiUiognifg,

Trois mille cent exemplaires vendus en dix-huit mois, cela nous semble aujourd'hui peu de chose; c'était beaucoup pourtant, eu égard aux circonstances. Les émeutes succédaient aux émeutes. La capitale était livrée à une so)?te de fièvre intermittente qui menaçait de devenir continue. A la politique était venu s'ajouter un autre fléau, le choléra. Entre les deux, la littérature ne laissait pas d'être assez mal à l'aise. Nul commerce ne marchait; la librairie, qui est un commerce de luxe, allait encore plus mal que les autres. On y regardait à deux fois avant de payer i5 francs un roman en deux volumes, môme signé du nom de Victor Hugo ; on le louait pour 8 sous au cabinet de lecture voisin. Le succès de vente fut donc restreint; mais le succès de lecture fut considérable. Notre-Dame de Paris fit plus qu'aucune des autres œuvres du poète, plus même qix'IIernani^ pour populariser son nom.

N'y eût-il, dans le livre de Victor Hugo, que la cathédi'ale, plus grande elle aussi que nature, comme les autres personnages du roman, mais animée, vivante, indestructible comme sa sœur, la cathédrale de pierre; n'y eût-il que cette résurrection du vieux Paris, avec ses rues étroites, ses maisons surplombantes, ses églises, ses couvents et ses mille clochers, avec ses effets de lumière et d'ombre aussi magiques que ceux de Rembrandt, avec ses mendiants plus déguenillés, plus fantastiques, plus grouillants que ceux de Gallot, — n'y eût-il que cela, Notre-Dame de Paris serait encore une œuvre de premier ordre. Mais si le cadre est superbe, le poète a su le remplir. Dans les rues, sur les places, quel mouvement,

le barioloe et bruyante, écoliers, bourgeois, truands t Et comme se détachent avec vigueur de cette foule les héros et les acteurs da lires Étranges et inoubliables, la Esmeralda, ingoire, maître Jacques Coppcnole, Claude lian du Moulin, le roi Louis le onzième, le Phœbus, Clopin Trouillcfou, Paquette la rie, Quiisimodo enfin, ce monstre impossible, ble et réi'l comme le Caliban de Shakespeare! Il que tous ces êtres touchent de près au monde , qu'ils ne sont ni vrais ni vraisemblables; -ÎJ le dire? cela me louche peu. Ce que je deroman, c'est précisément de me transporter oonde qui ne soit pas celui de la réalité; ce demande, c'est d'être romanesque, et aussi mt. Ces deus conditions, Victor Hugo, certes, plies : son livre est le plus romanesque du vie y palpite, elle y déborde; non la vie ordi- ;ommune, celle de la nature et de la prose, ! supérieure de la poésie, de l 'imagination et

li faut-il que nous ne puis.sions admirer sans œuvre de Victor Hugo "? Il prend Notre-Dame ne, l'antique et vénérable église

e contre ceux qui ont osé porter sur elle une lègc, briser une de ses statues, gratter une de s; et il ne craint pas, à l'heure mémo où il 1 merveilles, de lui faire une blessure pire que autres ! 11 ne veut pas que l'on touche à son de sculptures et de ciselures, et il profane le

sanctuaire, il joue avec les vases de l'autel. Il bafoue le prêtre, il livre à la risée et au mépris la religion, qui est Tâme même de la vieille église et qui fait sa vraie grandeur. Claude Frollo est Tarchidiacre de Notre- Dame; il a la science, la piété, Taustérité; il est entouré d'admiration et de respect. De ce prêtre qui vit à Tombre du cloître, en qui la cathédrale a versé sa paix, sa lumière et sa pureté, Victor Hugo fait un impudique et un assassin. Mais Claude Frollo impudique, Claude Frollo assassin, c'est Notre-Dame souillée, déshonorée, marquée au front des stigmates du mensonge et de l'erreur ! Et alors que me font, ô poète, vos hymnes en l'honneur du « vénérable monument », de la « majestueuse et sublime cathédrale » ? Vous vous prosternez devant les pierres, mais vous renversez l'édifice. Les véritables vandales, ce ne sont pas les ignorants qui ont gratté les piliers ou badigeonné les voûtes, ce ne sont pas les brutes qui, en gS, ont mutilé les statues des rois qui décoraient la façade de Notre-Dame : ce sont ceux qui ont converti l'église de Maurice de Sully en temple de la Raison, — en attendant le jour où vous graveriez sur ses murailles, veuves de Jésus-Christ, ce mot païen : FATALITÉ.

Victor Hugo songeait à sa Notre-Dame lorsqu'il disait, dans le prologue des Feuilles d'automne :

S'il me plaît de cacher l'amour et la douleur Dans le coin d'un roman ironique et railleur.

Ce n'est pas Vironie seulement qui est au fond du livre, c'est le désespoir, un désespoir farouche et sombre. Chose étrange ! Quelques années auparavant, Walter Scott avait publié Quentin Durward, qui se passe également en France, dans les dernières années du règne de Louis XI. Mais quelle différence entre les deux œuvres î

Un souffle de jeunesse, de belle et vaillante humeur, circule à travers les pa^os du romancier écossais. Le sangy coule bien par endroits ; les aides-dc-camp du grand prévôt, Trois-Échelles et Petit-André, dressent de temps en temps une potence ; Tévôque de Liège est égorgé dans son palais par le boucher Nikkel Blok ; Guillaume de la Marck, le Sanglier des Ardenncs, est tué par rÉcossais Ludovic Lesly. Mais Fauteur ne s'attarde pas à ces scènes tragiques, dont son pinceau adoucit l'horreur ; il revient bien vite à son héros, qui n'aura besoin, pour lutter contre les difficultés de la vie, pour vaincre les obstacles et les périls dont elle est semée, que de leur opposer une conscience pure, un cœur loyal, une âme intrépide. Il se refuse à voir dans l'homme le jouet d'une fatalité aveugle, la victime d'une destinée inexorable. Il ne veut pas que le mal triomphe seul et que les ténèbres chassent partout devant elles la lumière. Livre heureux, indulgent et bon, où le soleil brille à travers les branches des arbres, où la joie rit à travers les larmes, où l'étoile scintille au front paisible de la nuit *.

Lasciate ogni speranza : ces mots de V Enfer de Dante, Victor Hugo aurait pu les inscrire au frontispice de son roman. A l'exception de ce pauvre Gringoire, qui est d'ailleurs deux ou trois fois sur le point d'être pendu, et du capitaine Phœbus, trop sot pour mériter l'honneur de faire une fin tragique et qui reçoit pourtant un coup de poignard, tous les autres personnages meurent de la façon la plus horrible. La Esmeralda est accrochée au gibet ; Paquette la Ghantefleurie expire aux pieds de sa fille morte ; Claude Frolio est précipité du haut des tours de

4. Cf. Frank T. Marzials, Life of Victor Eugo, pp. 408-110. — Il serait à désirer que le livre' de M. Marzials fût traduit. Nous n'avons pas en France sur Victor Hugo d'ouvrage qui puisse 6tre comparé à celui du critique anglais.

Notre-Dame; le petit écolier Jehan est lancé dans Tabîme, du haut de la galerie des rois de France ; Glopin Trouillefou est arquebuse ; à la dernière page, le squelette de Quasimodo se détache d'un autre squelette, dans la cave de Montfaucon, et tombe en poussière.

Ce livre, d'où la pitié est absente, d'où l'espérance est bannie, Victor Hugo l'écrivait à vingt-huit ans, à l'heure où tout lui souriait, le succès, la gloire et le bonheur, plus doux encore que la gloire I

Mais en vain le cœur et la conscience protestent, force nous est bien d'admirer cette œuvre prodigieuse d'art et de poésie, et par-dessus tout cette prose originale, savante, d'un dessin si ferme, d'un coloris si éclatant. A dater de Notre-Dame de Paris, le prosateur chez Victor Hugo marche l'égal du poète.

Page 1