‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 65 sur 151 · Gazette des Tribunaux, 15 juin · texte numérisé non relu

Gazette des Tribunaux, 15 juin

elle, point d*émotion vraie, point de grandeur véritable. Et c'est pour cela que Victor Hu^o, puissant écrivain, artiste incomparable, ne sera pas, dans la postérité, Tég-al de ces grands poètes sincères. Racine et Corneille.

Un dernier mot.

Dans les Misérables, Victor Hug-o revendique la paternité du mot çfamin. c< Ce mot, dit-il, fut imprimé pour la première fois en i834. C'est dans un opuscule intitulé Claude Gueux qu'il fit son apparition. Le scandale fut vif. Le mot a passé *. » On lit, en effet, dans Claude Gueux: « Il s'amusa môme à éteindre une deâ rares chandelles qui éclairaient l'atelier, avec le souffle de sa narine... Rien ne pouvait faire que cet ancien gamin de Paris n'eût point, par moment, l'odeur du ruisseau de Paris. »

C'est au mois à^ juillet i83i que la Revue de Paris publia l'opuscule de Victor Hugo. Or, dans cette même Revue de Paris , je trouve, à la date de juin 1882^ un article de Castil-Blaze sur Lablache, où se lit ce passage:

Louis (Lablache) n'avait d'abord aucune application pour la musique : il montrait cependant beaucoup de goût pour cet art; mais Louis était le type du gamin ; il s'amusait d'une mouche, distribuait des croquignoles à ses voisins en attendant mieux et bayait aux corneilles pendant la leçon du maître *.

Un des bons écrivains de notre temps, M. Bazin, auteur de V Histoire de France sous Louis XIII et sous le ministère du cardinal Mazarin, a fait paraître, au mois àQ février i83S, deux volumes intitulés : l'Epoque

i. Les Misérables^ III« partie, livre !«', chapitre vn. 2. Revue de Paris, t. XXXiX, p. 178.

sans nom. C'est, au jugement de Sainte-Beuve, un joli livre dans le genre de Duclos et qui peint bien l'aspect des mœurs à sa date. Le dernier chapitre contient les lignes suivantes :

Le gamin de Paris est bien près d*en être le maitre, même le cas d'insurrection à part; tant on le voit se multiplier, se reproduire, toujours le premier là où il y a quelque chose à voir, surtout quelque mal à faire, pénétrant partout, se glissant entre vos jambes, parfois même dans vos poches, le paresseux le plus actif, le fainéant le plus affairé qui soit au monde ^*

Il n'est donc pas exact que le mot gamin ait été imprimé pour la première fois Qïi 1834* et dans un écrit de Victor Hugo. Lorsque l'Académie française, dans son Dictionnaire historique de la langue, en sera rendue au mot Gamin, elle fera bien de ne pas imiter M. Littré ^ et de ne pas accepter, comme lui, les yeux fermés, le dire de l'auteur de Claude Gueux,

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