LA. ESMERALDA
dernière n'était pas en odeur de sainteté auprès de ses compatriotes et qu'elle avait quelque vengeance à en tirer, car le poète ne les ménag-e guère. Evidemment ils avaient manqué de respecta sa princesse... Negroni, ce qui leur vaut d'être traités par l'auteur de Lucrèce Borgia comme de simples critiques. Il écrit de Saint-Malo à Louis Boulanger :
Eh bîeni donc, je viens de Fougères comme La Fontaine revenait de Baruch, et je demanderais volontiers à chacun : Avez-vous vu Fougères?... Quand vous dites aux stupides bourgeois, qui sont les punaises de ces magnifiques logis, quand vous leur dites que leur ville est belle, charmante, admirable, ils ouvrent d'énormes yeux bêtes, et vous prennent pour un fou. Le fait est que les Bretons ne comprennent rien à la Bretagne. Quelle perle et (\\iq\^ pourceaux !... Pauvre Bretagne! qui a tout gardé, ses monuments et ses habitants, sa poésie et sa saleté, sa vieille couleur et sa vieille crasse pardessus. Lavez les édifices, ils sont superbes : quant aux Bretons, Je vous dé/le de les laver. . . Vous apercevez une charmante chaumière qui fume gaiement à travers le lierre et les rosiers; vous admirez, vous entrez. Hélas! mon pauvre Louis, cette chaumière dorée est un affreux bouge breton où les cochons couchent pcle-mêïe avec les Bretons. Il faut avouer que les cochons sont bien sales.
Lorsqu'il écrivait ces jolies choses, le poète avait-il
cent six, à trois heures du soir, par-devant nous, Louis Bincl, maire et officier de l'état civil de la commune de Fougères, est comparu Julien Gauvain, tailleur, âgé de vingt-neuf ans, demeurant à Fougères, rue de la Révolution, lec^uel nous a présenté un enfant du sexe féminin, né le jour d'hier à sept heures du matin, de lui déclarant et de Marie Marchîindet, son épouse, auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de J«lienne-Joséphine, Lesdites déclaration et présentation faites en
Srésence de François Dorange, huissier, âgé de vingt-cinq ans, emeurant à Fougères, et de François Baunier, jardinier, âgé de soixante-huit ans, demeurant en Lecousse, et ont, le père et lés témoins, signé avec nous le présent acte après que lecture leur en a été faite. Si^né : Julien Gauvain, — Dorange. — François Baunier, — L. Binel,
donc oublié que sa mère était Bretonne ? Il ne lui suffisait j)as d'ailleurs de les avoir écrites à Louis Boulanjçer; sa lettre fut publiée dans le Vért-Vert, journal de son ami Ant.!*nor Joly * : du coup, M'^^ Juliette (de Fougères j était veng-ée I
(Cependant Topera de Victor Hug"o et de M"e Bertin étaitcntréen répétition à l'Académie royale de musique*. Le matin de la première représentation, le i4 novembre, le Journal des Débats publia Tavis suivant, sous la sig'nature de Jules Janin :
L'Opéra donne (ce soir) la première représentation d'Esmeraldci, un jçrand drame en quatre actes, dont le sujet est tiré de Notre-Dame de Paris, ce beau livre. Il n*y a pas, que je sache, d'indiscrétion A dire à l'avance que le libretto a été écrit par M. Victor Hug^o lui-même. C'est là déjà une recommandation puissante pour cette musique nouvelle, l'œuvre d'un jeune esprit plein d'audace, de persévérance, de courag-e, et qui, soit qu'on l'écoute avec faveur, soit qu'il rencontre, ce qu'à Dieu ne plaise! une de ces mille oppositions inconnues qu'on ne peut prévoir et qu'on n'essaie môme pas de prévenir, aura fait preuve, à coup sûr, d'une imagination puissante ^ d'un talent viril. — J. J... ^.
La représentation fut très brillante, malgré l'absence
1. a Victor Ilufço vient toujours nous voir de temps à autre; mais le diable d'homme ne tient pas sur pied : à peine arrivé, il songe à son départ. Le Vert- Vert a publié deux lettres de lui écrites à Boulanger pendant son voyage. 11 y maltraite encore mes pauvres Bretons... » Lettre de M. Pierre Foucher. écrite de Fourqueux, le 7 août 1836. {Victor Hugo intime^ par Alfred Asseline, p. 89.1 Les deux Lettres du Victor Hugo à Louis Boulanger, écrites l'une de Saint- Malo, l'autre du Tréport, et publiées dans le Vert-Vert, ont été reproduites par la Revue du XIX'' siècle de 18:j0, t. Il, p. 414.
2. M'" Louise Bertin (1805-1877) avait déjà fait jouer trois opéras : Guy Mannerinfi^ le Loup-Garou et Favsto,