‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 94 sur 151 · M. Raynouard était mort le 27 octobre · texte numérisé non relu

M. Raynouard était mort le 27 octobre

3. Odes et Ballades, liv. IV, ode iv, le Dévouement . — Victor Hugo l'avait intitulée d'abord BarceLonCf puis le Dévouement dans la peste. (Voy. Victor Hugo avant iSSO, p. 131.)

contrez un de vos amis faisant ses visites académiques, il vous est interdit de lui dire : Bonjour I sous peine de le voir vous tourner le dos comme à un mauvais plaisant et à un porte-malheur.

M. Guizot, élu académicien le 28 avril précédent, patronnait la candidature du poète. Dans une lettre de M. Théodore Pavie, écrite à son frère Victor le 16 décembre i836, je trouve le passage suivant :

J'ai vu Mme Hugo, mais point le poète, qui n'est jamais à la maison... Quant à rAcadémie, pour Hugo, c'est douteux encore cette fois ; mais il est décidé à se présenter toujours. Lamartine blessé au genou ne sera peut-être pas de retour. Guizot, qui présente Hugo par opposition à Mignet, candidat de Thiers, Guizot ne sera sans doute pas encore reçu officiellement et ne pourra voter *. Guîraud est à Limoux à faire sa blanquette. Il ne reste de terme que Chateaubriand et Soumet, car Nodier est passé aux Classiques, transfuge et débile *.

Le 29 décembre, l'Académie procéda à l'élection. M. Mignet lut élu au cinquième tour de scrutin. Aux trois premiers, Casimir Bonjour avait tenu la tête avec II voix; Victor Hugo n'en avait réuni que 6, moins que M. Pariset qui en avait obtenu 7.

Après le vote, M^^ de Girardin écrivait dans son Courrier de Paris :

Le grand scandale de la semaine est la préférence donnée par l'Académie à M. Mignet sur Victor Hugo... L'Académie est une jeune fille romanesque qui ne comprend que les choix du cœur. En vérité, elle fait pitié... La France, Messieurs, vous demande d'honorer ce qu'elle admire et de couronner le talent qui dans l'étranger fait sa gloire. Pour l'honneur du pays, Victor Hugo a pour soutiens dans l'Académie Chateaubriand et Lamartine : la justice vient d'en haut,

i. La réception de Guizot eut lieu le 22 décembre 1836. 2. Cartons de Victor Pavie.

comme vous voyez. Quelqu'un disait à propos de cela : « Si l*on pesait les voix, Hugo serait nommé; malheureusement on les compte * . »

Si Tannée i836 avait mal fini pour Victor Hugo, 1887 allait s'ouvrir sous de meilleurs auspices. David d'Angers fit son buste, et ce buste était un chef-d'œuvre.

Leurs relations remontaient à 1827. La connaissance s'était faite sous les auspices de M. Pavie père, compatriote de David, qui avait réuni le sculpteur et le poète, aux Frères-Provençaux, dans un déjeuner à la suite duquel ils se trouvèrent amis 2. En 1828, David avait fait le médaillon de Hugo, qui lui envoya ses poésies avec ces mots : Du papier pour du bronze î Victor Hugo n'avait que vingt-six ans; ses traits arrondis et rég-uliers, sa fine chevelure, son œil profond et doux donnaient à sa physionomie, avec un grand air de jeunesse, beaucoup d'élégance et de grâce. Peu à peu ses traits s'accentuèrent, sa figure prit un caractère marqué de *orce et d'énergie. Ce fut alors que, saisissant avec son coup d'œil d'artiste cette transformation, David lui proposa d'exécuter son buste ^. Pareille demande n'était pas de celles que l'on repousse, et, le 3 février 1887, David écrivait à Victor Pavie :

J'ai enfin commencé le buste de notre Hugo; je vais faire tout ce qui dépendra de moi pour tâcher de faire une œuvre digne de l'admiration que j'ai pour son génie. Il est temps d'entreprendre ce travail, car la partie sensuelle de son visage commence à lutter vigoureusement avec la partie intelligente, c'est-à-dire que le bas du visage est presque aussi large que le front *...

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