‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 98 sur 151 · Victor Hugo avant 1830, chap · texte numérisé non relu

Victor Hugo avant 1830, chap

gravir d'un pas infatig-able les plus hauts sommets de la gloire, où Tautre allait voir s'ouvrir brusquement à ses pieds un abîme... Le mariag-e de Victor Hug-o avec M"« Adèle Foucher avait été célébré le 12 octobre 1822. Au dînei' de noces, son frère Eugène prononça des paroles incohérentes qui frappèrent ses voisins de table. Lorsqu'on entra chez lui, le lendemain matin, on le trouva poussant des cris forcenés et s'escrimant à grands coups de sabre contre les meubles de la chambre, illuminée comme pour une fête. Il était fou. Le comte Gaspard de Pons, très lié à cette époque avec les frères Hug-o, dans une pièce de ses Adieux poétiques yïntiiulée laDémence, a soulevé une partie du voile qui recouvre cet épisode. J'en citerai seulement quelques vers. S'adressant A ce qui fut Eugène j le poète lui dit :

Peut-être, dédaigné par l'Amour et la Muse, Un désespoir jaloux s'alluma dans ton cœur; Tu haïs malgré toi ton rival, ton vainqueur... La mort de la pensée au plus affreux destin

A seule, heias ! pu te soustraire :

Tu cessas bien à temps d'être toi, d'être frère»

Le premier frère fut Gain, Oui, certe, et dans ce mot ne vois pas un outrage ; L'outrage serait lâche autant que solennel.

Ton cœur fut assez chaud pour qu'un moment d'orage En toi pût allumer un foudre criminel *. . .

Et dans une note de sa pièce, Gaspard de Pons ajoutait :

Cet Eugène, qui est mort enfin, après avoir survécu quatorze ou quinze ans à son âme, à son intelligence, cet Eugène dont j'ai voulu recueillir la gloire avortée, avait ébauché une tragédie de SpartacuSj tragédie très romantique alors, qui serait trouvée trop classique aujourd'hui. Dans la scène d'exposition, un édile faisait l'appel des gladiateurs inscrits pour les prochains jeux du cirque, et les accouplait chacun avec l'honmie ou la bête féroce contre laquelle il devait combattre. On

1. Adieux poétiques, par le comte Gaspard de Pons, t. Il, p. 324.

appelait ainsi, au milieu de noms obscurs : VOurs le dévorateiir ! Spartacus ! et voilà de quelle manière le héros esclave était annoncé. Je ne sais si c'est du romantique ou du classique, mais c'est du sublime assurément.

On ne parlait jamais d'Eugène chez Victor Hugo, si bien que beaucoup, parmi ceux qui fréquentaient la maison de la place Royale, ignoraient son existence *. Le poète lui a consacré, dans les Voix intérieures, une très belle pièce :

Doux et blond compagnon de toute mon enfance ' ! . . .

Cette pièce est adressée A EUGÈNE F© H, — Vicomte Hugo, Si Eugène était vicomte, son frère héritait de ce titre. Jusque-là Victor Hugo avait dû se contenter d'être baron. Lors de la naissance de son fils François- Victor il avait fait imprimer ce billet de part : M,

Madame la baronne Victor Hugo est heureusement accouchée d'un garçon.

Monsieur le baron Victor Hugo a l'honneur de vous en faire part.

La mère et l'enfant se portent bien ^.

Paris, 21 octobre 1828.

En cette même année 1828, Victor Hugo adressait à un journaliste une note autobiographique, écrite tout entière de sa main. Elle commence ainsi : « HUGO (Victor-

d. « Eugène Hugo était doué d'un talent prodigieux qu'une maladie du cerveau empêcha do se développer, et fut longtemps enfermé dans une maison d'aliénés : comme on ne parlait. jamais de lui, beaucoup d'amis ignoraient son existence. » (Victor Pa~ vie, sa jeunesse, ses relations liLiéraireSf^. 266.)

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