‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 10 sur 187 · Victor Huupo, Pendant l'e.vil, p · texte numérisé non relu

Victor Huupo, Pendant l'e.vil, p

2. Les Proscrits du coup d'Etat en Belgique, par P. Wauwermans, p. 47- — La volume in- 16. Bruxelles, i8<j2.

— ce qui n'était pas pour déplaire à l'auteur de Xotre- Dame de Paris, — d'être entourée par les hôtels des corporations ouvrières, de faire face à ce merveilleux Hôtel de Ville, qui est l'un des plus beaux monuments de la Belgique et qui dresse si fièrement vers le ciel sa flèche percée à jour. Des pavés de cette place avait surg-i un jour l'éehafaud sur lequel étaient montés le comte d'Eg-mont et le comte de Hornes., victimes de leur attachement à la cause nationale. Le poète, l'artiste ne pouvait rêver un plus noble cadre à son exil, un lieu plus propice pour y asseoir un moment sa vie. Aussi, plus tard, à Jersey, quand il sera installé dans sa maison de Marine- Terrace, aimera-t-il à reporter sa pensée vers le vieux logis de la Grand'Place ; il en évoquera le souvenir dans ses Contemplations:

J'habitais au milieu des hauts pignons flamands; Tout le jour, dans l'azur, sur les vieux toits fumants, Je regardais voler les grands nuages ivres; Tandis que je songeais, le coude sur mes livres, De moments en moments, ce noir passant ailé, Le temps, ce sourd tonnerre à nos rumeurs mêlé, D'où les heures s'en vont en sombres étincelles, Ebranlait sur mon front le beffroi de Bruxelles. Tout ce qui peut tenter un cœur ambitieux Etait là, devant moi, sur terre et dans les cieux ; Sous mes yeux, dans l'austère et gigantesque place, J'avais les quatre points cardinaux de l'espace, Qui l'ont songer à l'aigle, à l'astre, au flot, au mont, Et les quatre pavés de 1 echafaud d'Egmont l«

Au moment où Victor Hugo prenait possession de son nouveau log-ement, il n'avait auprès de lui aucun des membres de sa famille. Muie Hugo était restée à Paris avec sa fille. Ses deux fils, Charles et François- Victor, étaient à la Concierg-erie, ayant été condamnés par la cour d'assises de la Seine, Charles, le n juin i85i, à

i. Les Contemplations, livre V, vin, à Jules J. (Jules Janin).

six mois de prison pour un article publié clans l'Événement et intitulé : l'Exécution de Montcharmont i ; François- Victor, le i5 septembre, à neuf mois de prisonpour un article inséré dans le même journal et où le parquet avait relevé le délit d'excitation à la haine et au mépris du g-ouvernement. Charles Hugo, sa peine terminée, accourut aussitôt à Bruxelles, et il venait d'y rejoindre son père, lorsque celui-ci, le 26 janvier, écrivit à son ami Victor Pavie - :

Cher ami, cher poète, merci. Votre lettre m'arrrive et me touche au cœur. Je suis banni, proscrit, exilé, expulsé, chassé, que sais-je? Tout cela est bon, pour moi d'abord, qui sens mieux en moi la grande joie de la conscience contente, pour mon pays ensuite, qui regarde et qui juge. Les choses vont comme il faut qu'elles aillent ; j'ai une foi profonde, vous savez. Je souffre d'être loin de ma femme si noble et si bonne, loin de ma fille, loin de mon tils Victor (Charles m'est revenu) , — loin de ma maison, loin de ma ville, loin de ma patrie ; mais je me sens près du juste et du vrai. Je bénis le ciel; tout ce que Dieu fait est bien fait.

Je vous serre la main, cher vieil ami.

Le poète n'était pas aussi calme, aussi résigné à la volonté de Dieu, qu'il affectait de le paraître. Il avait renié son passé, il avait changé de camp ; sans ménag-ement, sans transition, il était allé de la droite à l'extrême g-auche, gravissant le plus haut sommet de la montagne, jetant de là l'outrag'e, avec une violence inouïe, à ceux près desquels il siégeait la veille encore. Il avait fait tout cela pour arriver, en 1802, à la présidence de la Répu-

1 . Sur le procès de Charles Hugo, voyez Victor IIujo après i83o, t. II, ]>{>. ai5-ai6.

•1. Sur Victor Pavie et ses relations avec Victor Hugo, voir Victor Hugo après 1HH0, t. Ier. paire 7.

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