Germain <a>se, rédacteur du Happei
/}. L'Aii fnr libéral du 17 mars 1871.
24 i VICTOR HUGO APRÈS 18o2
le 18 mars, le jour même où l'insurrection triomphante prenait possession de la capitale. Parti de la gare d'Orléans à midi, le convoi, en tête duquel marcha t le poète, se dirigea vers le cimetière du Père- Lachaise. ( Il va sans dire qu'il n'a passé par aucune église. » C'est le Rappel qui fait cette observation, bien inutile en effet pour ses lecteurs. D'instant en instant, le cortège grossissait. Lorsqu'on passait devant un poste, les gardes nationaux, très nombreux à cause des événements de la journée, présentaient les armes. Quelques-uns même se mettaient aux côtés du corbillard et l'escortaient, fusil sous le bras. « Çà et là, continue le Rappel, dont nous suivons le récit, on entrevovait des barricades. Et ceux qui les gardaient venaient, eux aussi, présenter les armes à cette gloire désespérée. Et on ne pouvait s'empêcher de se dire que ce peuple de Paris si déférent, si bon, si reconnaissant, était celui dont les calomnies révolutionnaires font une bande de pillards ! » Le récit de M. Edmond de Goncourt, qui suivait, lui aussi, le convoi, est moins enthousiaste :
Une foule étrange, dans laquelle je reconnais à peine deux ou trois hommes de lettres, mais où il y a un grand nombre de chapeaux mous, au milieu desquels s'infiltrent, à mesure qu'on avance et qu'on traverse les quartiers à cabarets, des soulards, qui prennent la queue en titubant. La tète blanche de Huço, dans un capuchon, domine derrière le cercueil ce monde mêlé, semblable à une tète de moine batailleur du temps de la Li"ue. Autour de moi, on parle de provocation, on plaisante Thiers... l. »
Devant la tombe, deux discours furent prononcés,
i. Journal des Goncourt, deuxième série, t. I,r, p. 329. Samedi,. 18 mars 1871.
l'un par M. Auguste Vacquerie, l'autre, au nom de la presse de province, par M. Louis Mie. Le discours de M. Vacquerie fut interrompu plusieurs fois par des applaudissements et par des cris de : 1 ive la République! Quand Victor Huço sortit du cimetière, de nouveaux cris de : Vive la République ! éclatèrent, mêlés à ceux de Vive Hugo! Ovation singulière en un tel moment, à laquelle, pourtant, il semble bien que le poète n'a pas été insensible, puisqu'il a daté de ce jour, 1 8 mars i8yi , une pièce où il dit :
0 peuple! ô majesté de l'immense douceur! Paris, cite-soleil, vous que L'envahisseur
N'a pu vaincre, et qu'il a de tant de sans: roupie,
Vous qu'un jour on verra, dans la royale o:
Surgir, l'éclair au front, comme le commandeur,
O ville, vous avez ce comble de grandeur
De taire attention à la douleur d'un homme.
Trouver dans Sparte une âme et voir un cœur dans Rome,
Rien n'est plus admirable : et Paris a dompté
L'univers par la force où l'on sent la bonté.
Ce peuple est un héros et ce peuple est un juste.
Il fait bien plus que vaincre, il aime. . . '.
A l'heure où le poète écrivait ces vers, le général Clément Thomas et le général Leeomte venaient d'être lâchement assassinés à Montmartre par ce peuple qui est un héros et un juste, par ce peuple qui aime et dont la force est faite de bonté ! Victor Hugo était-il donc le seul à l'ignorer ?
i. L'Année terrible, p.214. L'Enterrement, 18 mars 1871.