Depuis l'exil, p. io
2. Le Mot d'Ordre (rédacteur en chef : Henri Roehefort), numéro du lundi 6 mars 187 1.
A l'ouverture de la séance du 1 3 février, le président Grévy avait donné lecture d'une lettre du général Garibaldi, se démettant du mandat que lui avaient confié trois départements : la Seine, la Côte-d'Or et les Alpes- Maritimes. Le même jour, Garibaldi donna sa démission décommandant de l'armée des Vosges et annnonça qu'il quittait la France. Le lendemain, on apprenait qu'il avait été élu aussi à Alger. Un rapport fut fait à l'assemblée sur cette dernière élection, dans la séance du 8 mars. Le rapporteur. M. Vente, concluait à l'annulation, puisque aussi bien en renonçant, le i3 février, au mandat de député avant toute vérification de pouvoirs, Garibalbi avait clairement manifesté sa résolution de ne pas accepter la qualité de citoyen français et de rester citoyen italien.
Victor Hugo demanda la parole. « Les puissances européennes, dit-il, n'intervenaient pas; eh bien, un homme est intervenu, et cet homme est une puissance. Cet homme, Messieurs, qu'avait-il "? son épée, et cette épée avait déjà délivré un peuple, et cette épée pouvait en sauver un autre. Il l'a pensé ; il est venu, il a combattu... Je neveux blesser personne dans cette assemblée, mais je dirai qu'il est le seul des généraux qui ont lutté pour la France, le seul qui n'ait pas été vaincu. » Ces paroles soulevèrent un tumulte indescriptible1. Le président invita l'orateur à s'expliquer. Victor Hugo reprit : « Je vais vous satisfaire, Messieurs, et aller,
i. L'assemblée avait-elle tort de prolester contre un tel langage de ne pas laisser dire, pour la plus grande joie des Allemands campés sur notre sol. que tous les généraux français avaient ete vaincus; — tous, même d'Aurelles de Paladines, le vainqueur de Coulmiers; Faidherbe, le vainqueur de Bapaume; Cbanzy, qui, dans la série de - - rieux combats sur la Luire, avait si souvent lutté avec avantage contre les années du prince Frédéric-Charles et du duc de Mecklembourg, àMarolles, à Marchenoir,à Prignyf — Quant
plus loin que vous. Il y a trois semaines, vous avez refusé d'entendre Garibaldi... — (Un membre: Il avait donné sa démission 4 î) — Aujourd'hui vous refusez de m'entendre. Cela me suffit. Je donne ma démission. » En descendant de la tribune, il saisit la plume de l'un des sténographes de l'assemblée et écrivit la lettre suivante, qu'il remit au président :
11 v a trois semaines, l'assemblée a refusé d'entendre Garibaldi ; aujourd'hui elle refuse de m'entendre. Cela me suffit. Je donne ma démission.
8 mars 1871.
Victor Hug-o se disposait àrentrer à Paris, lorsque, le lundi i3 mars, son fils Charles mourut subitement. Le poète était foudroyé dans Faîne de ses fils, comme il l'avait été dans l'aînée de ses filles. Le lendemain, un
aux victoires de Garibaldi, voyez le Rapport fait au nom de la mission d? enquête sur Les actes du gouvernement de la Défense .onale, par M. Perrot, membre de l'Assemblée nationale; tome H. Expédition de l'Est. En voici la conclusion : « Si le général Garibaldi avait été un général français, nous aurions été contraints de vous demander que ce rapport et les pièces qui le justiliont fussent renvoyés par l'Assemblée au ministère de la guerre, afin d'examiner si le général Garibaldi ne devait pas être traduit devant un conseil de çuerre, pour y répondre de sa conduite, comme ayant abandonné à l'ennemi, de propos délibéré et sans combat, des positions qu'il avait reçu mission de défendre; et comme ayant par là occasionné la perte d'une armée française et amené un désastre militaire qui n'aura de comparable que l'histoire des dé- -.a>tres de Sedan et de Metz. »
1. Tson seulement Garibaldi était démissionnaire, lorsqu'il avait demandé la parole, mais, de plus la séance avait été déclarée levée. 11 n'était donc pas possible de l'entendre.
ami de la famille. Charles Monselet, adressait à l'Avenir libéral la lettre suivante :
Victor Hugo était sur son départ pour Paris, où l'avait précédé son autre fils, François. Avant de se séparer de Charles, qui devait passer quelques semaines à Arcachon avec sa femme et ses deux enfants, le poète avait voulu lui donner à dîner au restaurant Lanta, à deux pas des allées de Tournv. A six heures et demie, hier i3 mars, une table réunissait M. Victor Hugo, Mme Charles Hugo, .M. Alexis Bouvier I. M. Eugène Mourot 2, M. Casse 3. Parmi les sièges restés vides, était celui de Charles, qui avait prétexté une course indispensable, en assurant son très prochain retour. A sept heures, on servit, malgré son absence. L'inquiétude de Mme Charles Hugo était visible.
Quelques instants après, le propriétaire du restaurant faisait prier M. Hugo de descendre et, au bas de l'escalier, il lui annonçait que son fils venait d'être ramené chez lui, rue Saint-Maur, en voiture, après avoir succombé à la rupture d'un anévrisme. Le pauvre père eut la force de remonter dans la salle à manger et de prévenir ses convives qu'une mauvaise nouvelle l'obligeait à les quitter à son tour, et qu'ils eussent à continuer de dîner sans lui.
Le repas s'acheva promptement et tristement comme on le pense. Ces allées et venues avaient fini par porter à leur comble les pressentiments de Mme Charles Hu^o ; mais ces pressentiments ne se concentraient que sur ses enfants. Elle pria qu'on la reconduisit chez elle. Un quart d'heure après, elle apprenait la terrible vérité. La plume tombe des mains lorsqu'on songe au tableau déchirant que devaient présenter cette jeune femme et ce vieillard, cette épouse et ce père, ép] sanglotants, au chevet de cet homme si inopinément et si impitoyablement terrassé 4.
3 funérailles de Charles Hugo eurent lieu à Paris
i. Chansonnier, auteur déplus» rettes et d'un Lrrand nombre
-. a Grande Jza, le. I ■•. . l ugu lie, etc.