‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 138 sur 187 · Depuis V exil y p. a5i · texte numérisé non relu

Depuis V exil y p. a5i

d'une visite de X..., dit tristement à ses intimes: « Si X... vient, nous ne lirons pas de vers ! » des vers qu'il s'était fait, q îelques instants avant, une fête de lire. .. '.

Quelques jours plus tard, après une nouvelle visite :

Jeudi 28 mars . — Je retrouve toujours Hugo dans des campements, dans des logis de halte.

Il y a, dans le petit salon où je suis introduit, deux commodes étagées l'une sur l'autre, et un grand cadre sculpté, posé à terre, couvre tout un panneau de la pièce. Il est neuf heures et l'on dîne. J'entends le rire de Hu^o se mêler au rire des femmes, au bruit des assiettes .

Il quitte poliment le dîner et vient me trouver. Puis il parle de sa famille, de sa généalogie lorraine, d'un Hugo, grand brigand féodal, dont il a dessiné le château, près de Saverne : d"un autre Hugo enterré à Trêves, qui a laissé un missel mystérieux, enfoncé sous une roche appelée « la Ta- Lle », près de Saarbur»-, et qu'a fait enlever le roi de Prusse.

Il raconte longuement cette histoire, la semant de détails bizarres, de celtearchéologie moyen-àg-euse, qu'il aime, et dont il fait si souvent emploi dans sa prose et dans sa poésie.

A ce moment, a lieu dans le salon une irruption de femmes, un peu dépeignées, un peu allumies par le vin d'un crû périgourdûi, qu'on vient de baptiser : le vin de Victor Hugo, une véritable invasion de bacchantes bourgeoises... 2.

Un an auparavant, presque jour pour jour, en ce même mois de mars, au restaurant Lan ta, de Bordeaux, avait eu lieu un autre dîner, celui où l'hôtelier était venu annoncer soudain au grand poète la mort foudroyante de son fils Charles...

Oh! l'herbe épaisse où sont les morts3 !

Page 1