Tome II, p
Le 20 avril 1872, parut le volume l'Année terrible. composé des pièces écrites par le poète, sous l'influence des événements militaires et politiques, d'août 1870 à juillet 1871.
/.'Année terrible est une suite aux Châtiments. Du recueil de iS53 à celui de 1872, la chute est profonde. Le talent, pour considérable qu'il soit encore, n'est plus le même, il s'en faut bien. Mais l'infériorité du nouveau volume vient surtout de ce qu'on n'y retrouve plus cette ardente colère, cette flamme dévorante qui éclairait comme d'un reflet d'incendie chacun des vers des Châtiments. Sans doute, le poète ne ménage pas au roi Guillaume les injures et les çtos mots; il l'appelle Attila, GengiskJtan, Tibère. Néron, Schinderhannes, chacal, noir brigand, ogre du droit divin. Maison sent bien que, derrière ces hyperboles, il n'y a pas une vraie passion. Quand , à Jersey. Victor Hug-o traitait Napoléon III de Cartouche et de Mandrin, de Papavoine et de Lacenaire, — c'était absurde, mais c'était sincère. Victor Hugo était convaincu que l'homme, qui lui avait coupé l'herbe sous le pied sur le chemin de la présidence était le plus affreux des bandits. Quand il disait que le roi Guillaume était un brigand comparable à Schinderhannes, il n'en croyait pas un mot. Et ce qui te prouve bien, ce qui montre qu'il en voulait cent fois plus à l'empereur des Français qu'au roi de Prusse, c'est qu'à ce moment il proclamait, à la face de l'Europe et du monde, que le roi de Prusse n'était nullement responsable de la guerre : traîtreusement attaqué, il n'avait fait que se défendre. </ Cette guerre,
écrivait le poète, le 9 septembre, dans son Appel aux Allemands, cette guerre, c'est l'empire qui t'a voulue, c'est l'empire qui la faite 1 . » — Et le 17 septembre, dans son Appel aux Français : « L'Empire a attaqué l Allemagne, à ['improviste, en traître ; et aujourd'hui l'Allemagne, de cette guerre, que l'Empire lui a faite, se venge sur la République 2. »
S'il en veut moins au roi Guillaume qu'à M. Bonaparte, il paraît bien qu'il n'a pas non plus contre M. de Bismarck cette violente haine que lui inspiraient les Rouher et les Saint-Arnaud- C'est à peine s'il trouve à mettre en ligne contre lui trois hémistiches 3, tandis qu'il lançait contre les ministres de Napoléon III des bataillons entiers d'alexandrins. Au fond, ce qui le préoccupe surtout, quand il écrit l'Année terrible, c'est de rester populaire, c'est de le devenir de plus en plus. Pour lui tout est là, et, afin d'y réussir, il exalte, il glorifie, il déifie « le grand peuple parisien » ; il accumule en son honneur les antithèses et les métaphores; il fait de Paris, un temple, un vaste Gapitole, un immense Panthéon, la cité des héros et des dieux.
0 ville, tu feras agenouiller l'histoire s !
Et c'est si bien là sa grande affaire, — glorifier , déifier Paris, — qu'il y revient avec plus de zèle et d'ardeur que jamais dans la dernière partie de son livre, composée après la Commune, au lendemain des forfaits inexpia-