‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 147 sur 187 · I. i devient fixe en présence de ce SOMMET · texte numérisé non relu

I. i devient fixe en présence de ce SOMMET

« Jamais rien de plus haut n'est apparu sur V HORIZON DES HOMMES.

e 11 y a l'Himalaya et il y a la Convention l. »

Du moment que la Convention est « la plus haute cime de l'histoire », il va de soi que les Vendéens, qui n'ont rien compris à cette « cime », sont des idiots et des brutes. De ces paysans, un républicain, M.Jules Simon, a «lit un jour : « Je ne sais pas si on n'admire pas encore plus ces paysans obscurs dans la mort comme ils l'ont été clans la vie, serviteurs de la foi, non de la gloire, ces dévoués, ces désintéressés, ces intré-

pidi 5.. — Voici dans quels termes en parle l'auteur i. Tome II, p. ~>.

de Quatre-vingt-treize : « Ils aimaient leurs rois, leurs seigneurs, leurs prêtres. LEURS POIX... » — « On leur faisait accroire ce qu'on voulait ; les prêtres leur montraient d'autres prêtres dont ils avaient rougi le cou avec une ficelle serrée, et leur disaient : Ce sont des guillotinés ressuscites... » — « Les paysans s'attardaient à piller. Ces dévots étaient des voleurs. Les sauvages ont des vices... » — « Ils aimaient le .carnage comme des soldats et le massacre comme des brigands. Fusiller les « patauds », c'est-à-dire les bourgeois, leur plaisait : ils appelaient cela « se décarêmer ».

Les soldats sont des brigands; les chefs sont pires. Cette guerre de géants, cette merveille d'un peuple entier, hommes, femmes, enfants, vieillards, se vouant à la ruine et à la mort, pour rester fidèles à leur Dieu et à leur roi, Victor Hugo l'a chantée autrefois C Au jour d hui il se refuse à y- voir autre chose que « l'absurdité en rut bâtissant contre la lumière un garde-fou de ténèbres ». — « La Vendée, s'écrie-t-il encore, c'est la révolte-prêtre. Cette révolte a eu pour auxiliaire la forêt. Les ténèbres s ''entraident -. »

Ce livre, où Victor Hugo insulte la Bretagne et la Vendée, il l'écrivait au lendemain de la Guerre de 1870, où Bretons et Vendéens avaient rivalisé d'héroïsme, où les Charette, les Cathelineau, les Bonchamps avaient reparu sous le feu des Prussiens en la personne de leurs petitsfils, arrachant aux républicains eux-mêmes des cris d'admiration. Ce roman ou ce poème, où il glorifie les scélérats de la Révolution, il l'écrivait au lendemain de la Commune de 1871. — Livre éloquent par endroits, où

1 . Odes et Ballades, livre I, ode n, la Vendée. ->. T. II. p. ;<j. Et ailleurs : « Marche de chats dans les ténèbres, » t. II, p. 109.

le s'énie du poète, avant de s'éteindre dans la nuit, jette encore d'éclatantes lueurs, — mais livre coupable, dont voici le dernier mot : Supprime: le parasitisme du prêtre, le parasitisme du jurje, le parasitisme du soldat [ — Ces paroles. l'auteur les place dans la bouche du personnage dont il a fait le représentant de ses doctrines, dans la bouche du vicomte Gauvain. — vicomte comme Victor Hu^o, et Gauvain comme Mme Drouet -.

Lors de la publication de Quatre-vingt-treize février 1 874), Victor Huo'o n'habitait plus rue La Rochefoucauld, mais rue de Clicliv, où il restera jusqu'à la fin de 1878. Il occupait, avec sa belle-fille et ses deux petits-enfants, le quatrième étag-e de la maison portant le n° 21. Au troisième étaire demeurait Mme Drouet C'est chez elle, dans son salon et sa salle à manger, que le poète recevait ses amis 3. « A huit heures, dit M. Barbou. le dîner auquel sont invités chaque jour ceux à qui Victor Hugo veut donner une marque d'estime, d'affectioo oud'encoument. Jeanne et Georges sont presque toujours de la fête4, s Mais dix heures sonnent, on passe delà salle à manger au salon, — le salon roune, où M. Gustave Rivet va nous introduire:

S devez cette portière, nous sommes dans le salon tendu de tapisseries rouges à raies jaunes enguirlandées de fleurs. Au\ côtés de la cheminée, des appliques de Venise. Ici (un

1 Tome III, p. 28a.

a. M,uf Drouet s'appelait, de son vrai nom, Julienne Gauvain. — Voy. Victor Hugo aj . t. I. [». </|.

3 Alfred Barbou, \ iclor Hugo et son temps, p. 3U8. \. Jbid., p. 399.

grand meuble aux incrustations d'étain, dont les dessins représentent les scènes fabuleuses du Roman de Renart.

Au milieu du salon, et le divisant en deux parties, se dresse sur un piédestal un chef-d'œuvre de l'art japonais, un éléphant au combat, levant sa trompe menaçante et portant sa tour de bronze, au-dessus de laquelle descend le lustre de vieux Venise aux branches de couleurs variées tordues en spirales et décorées de fleurs délicates.

Là-bas, dans le coin, à droite de la cheminée, presque audessous d'une admirable pendule Louis XV, sur laquelle est assis le Temps, armé de sa faulx traditionnelle, un canapé de velours vert, siège ordinaire et préféré du poète...

Auprès de Mn»e Drouet, qui porte comme un diadème royal sa couronne de cheveux blancs, rayonne la jeunesse de Mme Alice-Charles Hugo, aujourd'hui Mme E. Lockroy: le charme et la grâce, l'idéal de la jeune mère, ayant auprès d'elle la petite tète blonde et mutine de Jeanne, et le front déjà pensif, les yeux noirs et profonds de Georges, beau comme un jeune dieu...

C'est là que sénateurs et députés, poètes et peintres, romanciers et journalistes, viennent apporter au Père le tribut de leur vénération et de leurs applaudissements. . . 77 est là, vêtu de son petit veston de la journée, sans cérémonie, familier, riant, causant avec tous ceux qui viennent le voir, comme s'ils étaient des ég-aux et des camarades...

Mais la causerie s'interrompt ; Victor Hug^o se lève pour saluer une dame qui entre dans son salon, il lui baise g-alamment la main, la fait asseoir, puis reprend sa conversation.

A la fin de la soirée, il offre le bras aux dames, et l'on revient à la salle à mander où est servi un petit lunch, et là se continuent les histoires, les récits ou les discussions. Puis, il est minuit, souvent minuit et demi; on se lève, le maître de céans reconduit ses convives, et dans l'antichambre il recommande irracieusement aux dames de se bien couvrir et les aide lui-même à mettre leur manteau *.

C'était une habitude de la place Royale conservée rue de Clichy. Une autre chose n'avait pas changé non plus.

i. Victor Hugo chez lui, par Gustave Ptivct, p. 12. — 1878.

QUATRE-VINGT TREIZE ii85

En i835, un des plus fervents admirateurs du poète, écrivait : « J'ai yu les Hug-o dimanche. M. Hu^o devient dur et âpre au toucher. Peut-être cela tient-il à moi. 77 faut toujours lui parler de lui-même l. » Il n'en va pas autrement quarante ans après. Eu 1870, comme en i835, il faut parler sans cesse à Victor Hug"0 de son g-énie et de sa g-loire, de LUI. encore de LUI, toujours de LLI. Seulement, il faut le faire avec une humilité plus grande, avec des prosternements plus profonds. Pas n'est besoin d'ailleurs de brûler devant lui des parfums de choix dans des cassolettes d'or, comme le faisait Paul de Saint- Victor, devenu, depuis la mort de Théophile Gautier, le grandprêtre de la petite chapelle. Oui sait même si le dieu ne préférait pas l'encen> plus grossier, mais plus acre, que lui présentait la main tremblante d'un lévite obscur? M. Edouard Drumont. qui assista quelquefois aux soirées de la rue de Clichy. en avait cardé une impression que, bien des années plus tard, il a traduite en ces termes: « Victor Hugo, traité comme un dieu pendant quarante ans, enfumé d'encens depuis le matin jusqu'au soir, enseveli chaque jour sous une véritable avalanche de lettres venues de tous les coins du monde et dans lesquelles on lui prodig-uait des adorations qui auraient écœuré le Tout- Puissant lui-même, n'en avait pas encore assez... On le voyait, dans les derniers temps de sa vie, guetter de ses veux avides la louange du dernier snob venu, la recueillir comme un baume, et remercier comme un novice auquel on fait l'aumône d'un mot bienveillant -

Un autre visiteur du salon rouge, et non le moindre, Ivan Tourg*u 'iietf, aimiit à raconter l'anecdote suivante:

1. Lettre de M. Adrien Maillard 1 Victor Pavie, i833. — Voyez Victor Hugo après i8Jê, t. I r, p. 180. La Libre Parole, n° du 28 juillet 1 v

L'n soir, des admirateurs d'Hugo réunis dans son salon rivalisaient à qui mieux mieux à vanter son génie, et on énonça, entre autres choses, que la rue qu'il habitait devrait porter son nom.

Quelqu'un remarqua que cette rue était trop petite et bien peu digne du grand poète. L'honneur de porter son nom appartient à un endroit plus remarquable de la capitale.

Et chacun d'énumérer les endroits de Paris les plus fréquentés, en suivant une échelle ascendante jusqu'à ce qu'un jeune homme s'écria avec enthousiasme que la ville même de Paris devrait considérer comme un honneur de porter le nom du grand poète.

Appuyé à la cheminée, Hugo écoutait complaisamment ces enchères de flatteries. Tout à coup, devenu pensif, il se tourna vers le jeune homme et lui dit d'un ton doctoral :

— Ça viendra, mon cher, ça viendra l ! »

En attendant de s'appeler Hugopo lis, la ville de Paris choisit Victor Hugo pour son délégué, lors des premières élections sénatoriales, au mois de janvier 1876.

« Il y a donc un Sénat dans la Constitution. Mais franchement, c'est une faute. On est accoutumé, maintenant que l'hygiène publique a fait des progrès, à voir la voie publique mieux tenue que cela. Depuis le Sénat de l'Empire, nous croyions qu'on ne déposait plus de Sénat le long des constitutions -. » Il ne parut pas à Victor Hugo qu'avoir écrit ces lignes dût l'empêcher de contribuer à nommer des sénateurs et d'entrer lui-même au Sénat. Elu délégué par le Conseil municipal, le 16 janvier, il adressa immédiatement à ses collègues, les délégués de toutes les communes de France, une lettre publique portant cet intitulé :

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