Les Châtiments, édition de 1871, p
3. Ce poème a été publie seulement en 1 8«j 1 . — Voir, sur ce poème, nos Portraits historiques et littéraires.
lendemain devra <"tre formidable, destructeur, réparateur et toujours juste ; c'est là l'idéal : y alteindra-t-on *? Ce que Dieu fait est bien fait, mais quand il travaille à travers l'homme, l'outil va quelquefois à la diable et fait des siennes malgré l'ouvrier. Espérons pourtant et préparons-nous. Le parti républicain mûrit lentement dans l'exil, dans la proscription, dans la défaite, dans l'épreuve. Il faut bien qu'il y ait un peu de soleil dans l'adversité, puisque c'est elle qui fait lever la moisson et qui fait croître l'épi dans la tète de l'homme. Je ne suis donc pas pressé, mais j'attends et je trouve que l'attente est bonne. Ce qui me préoccupe, je vous le répète, c'est l'énorme continuation révolutionnaire que Dieu met en scène en ce moment, derrière le paravent Bonaparte. Je crève ce paravent à coups de pied, mais je ne souhaite pas que Dieu l'enlève avant l'heure. Du reste, vous avez raison, la fin est visible dès à présent. Nulle autre issue à i855 que 1812; Balaklava s'appelle Bérésina ; la petite N tombera comme la grande dans la Russie ; seulement, la Restauration se nommera Révolution. Vous, votre nom est M»ie de Staël en même temps que M-ie de Girardin, vous n'êtes pas Delphine pour rien, et avec une charmante indifférence d'astre, vous couvrez de rares ornements ce cloaque. J'y flamboie, vous y brillez et, de loin, du fond de l'ombre, le flamboiement salue l'auréole. Vous avez tous les succès qui vous plaisent, hier chez Molière, aujourd'hui chez M. Scribe l. Il vous convient de sacrer le vaudeville comédie, et vous le faites, et Paris bat des mains, et Jersey recommande à Guyot2 de toucher de bons droits d'auteurs qui amèneront peut-être la muse dans le Carpentras de l'Océan, — car vous nous le promettez un peu; n'oubliez pas ce détail, je vous prie. — En vous attendant, notre Carpentras donne des bals où vos fleurs font merveille. Votre bouquet et ma fille ont dansé l'une portant l'autre et ont fort ébloui les Anglais chez lesquels la Crimée n'a pas tué le rigodon. On me dit Paris moins folâtre ; je le comprends. La honte est encore plus triste que le malheur.
1. Mmc de Girardin avait remporté en iS54 deux grands succès : la Joie fait jjeur. jouée au Théàtre-Franrais le 20 février, et le Chapeau de ihorlogrer, joué au théâtre du Gymnase le 16 décembre.
2. Amédée Guyot, açent çén.-ral de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.
Du reste, la foi a une chute prochaine de M. Bonaparte est dans l'air ; on me l'écrit de toutes parts. Charles disait tout à l'heure, en fumant son cig-are : i855 sera une année travée '.
J'ai causédiier de vous avec Le Flo2, qui vous admire et vous adore, contagion de Marine -Terraee. Comme il vient souvent me voir, cela lui vaut à Paris l'ouverture de ses lettres et, dernièrement, le préfet de police en aurait envoyé une au ministre de la guerre qui l'aurait montré à Numéro III, lequel aurait lu, puis dit : Allons, Victor Hugo a fait de ce Le Fl<) un rouge. — Le Flo m'a redit le mot; je l'en ai félicité. — D'ici à deux mois vous aurez les Contemplations 3. Envoyez-moi votre nouveau succès. Vous trouverez sous cette enveloppe le speech dont vous me parlez 4, qui a fait bruit en Angleterre et qui m'a valu une menace en plein parlement, à laquelle j'ai riposté. Je vous envoie sous ce pli ma réplique à la menace 3. — J'ai dessiné pour vous ma carte de visite ; la ch « ■ . tant non politique, je vous l'enverrai de Jersey. Ce sera trie a>5^/. grande enveloppe. Je la ferai charger à la poste. et je pense qu'elle vous arrivera presque en même temps que cette lettre. — Les tables nous disent en effet des choses surprenantes. Que je voudrais donc causer avec vous, et vous • les mains, ou les pieds, ou les ailes " !
Nulle autre issue à i855 que 1H11. Le poète s'est trompé dans son pronostic. L'année i855 vit. au contraire, la mort de l'Empereur Nicolas ". la chute de bastopol 8 et la défaite de la Russie. Elle se termina par