‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 79 sur 187 · Pendant l'Exil, p · texte numérisé non relu

Pendant l'Exil, p

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images à sa disposition n'ait pas l'ombre de lion sens, ni la pudeur de se retenir de dire des platitudes indignes d'un honnête hommel II y a dans sa comparaison du tunnel et du che min de fer plus de poésie que je n'en ai trouvé dans aucun livre que j'aie lu depuis cinq ou six ans ' ; mais, au fond, ce ne sont que des images. Il n'v a ni fond, ni solidité, ni sens commun ; c'est un homme qui se i^rise de ses paroles et qui ne prend pas la peine de penser 2.

i. Voici le passage auquel Mérimée fait allusion : « Je me rappelle une Encyclique célèbre dont quelques mots remarquables me sont restés dans l'esprit. Dans cette Encyclique, un pape, n)tre contemporain, Grégoire XVI, ennemi de son siècle, ce qui est un peu le malheur des papes, et ayant toujours présents a la peasée l'ancien dragon et la bête de l'Apocalypse, qualifiait ainsi la presse dans son latin de moine camaldule : Gala ijnea, caligo, impetus immaniê cam strepitu horrendo. Je ne conteste rien de cela: le portrait est ressemblant. Bouche de feu, fumée, rapidité prodigicrse, bruit formidable. Eh! oui, c'est la locomotive qui passe ! c'est la presse, c'est l'immense et sainte locomotive du progr

« Où va-t-elle? Où entraîne-t-elle la civilisation? Où emporte-t-il jes peuples, ce puissant remorqueur? Le tunnel est long, obscur et terrible. Car on peut dire que l'humanité est encore sous terre, tant la matière l'enveloppe et l'écrase, tant les superstitions, les préjugés et les tyrannies fout une voûte épaisse, tant elle a de ténèbres audessus d'elle I Helas ! depuis que l'homme existe, l'histoire entière est souterraine; on n'y aperçoit nulle part le rayon divin. Mais au dix-neuvième siècle, mais après la révolution française, il y a espoir, il y a certitude. Là-bas, loin devant nous, un point lumineux apparaît. Il grandit, il grandit à chaque instant, c'est l'avenir, c'est la réalisation, c'est la fin des misères, c'est l'aube des joies, c'est Chanaan ! c'est la terre future où l'on n'aura plus autour de soi que des frères et au-dessus de soi que le ciel. Courage à la locomotive sacrée! Courage à la pensée! Courage à la science! Courage à la philosophie! Couratrc à la presse! Courage à vous tous, esprits ! L'heure approche où l'humanité, délivrée enfin de ce noir tunnel de six mille ans, éperdue, brusquement face à face avec le soleil de l'idéal, fera sa sortie sublime dans l'eblouissement I •> [Pendant /'/.".///. [>. aiQ.J - Mérimée avait raison. A défaut de bon sens, il y a là de belles images. Quant à la citation latine dont le poète a si bien su se servir : Gala ignta, etc., est-il besoin de dire qu'elle ne se trouve dans aucune des Encycliques de Grégoire XVI? C'est Victor Hugo qui a forgé lui-même, très habilement du reste, ce « latin de moine camaldule ». 11 a crée de toutes pièces pour les besoins de sa comparaison, cette définition de la presse dont tous les termes s'appliquent si exactement au chemin de fer et à « la locomotive - 2. Lettresà une Inconnue, par Prosper Mérimée, t. II, p. 201.

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Lorsqu'il écrivait ces lignes, Prosper Mérimée ne se doutait guère qu'elles lui vaudraient un jour l'honneur de figurer dans Y Histoire d'un Crime! Il mourut le 23 septembre 1870. Les Lettres à une Inconnue furent publiées au commencement de 1874. Le succès en fut très vif, et Victor Hugo n'a certainement pas ignoré la lettre de Biarritz. Il y a répondu à sa façon. A cette date de 1874, son Histoire d'un crime n'avait pas encore paru. Il tira son manuscrit du tiroir, et il y ajouta cette page:

M. Mérimée était naturellement vil ; il ne faut pas lui en vouloir...

Les familiers de l'Elysée étaient de deux sortes : les affidés et les courtisans.

Le premier des affidés, c'était Morny ; le premier — ou le dernier — des courtisans, c'était Mérimée...

Il fallait à l'Elysée un ornement littéraire. L'n peu d'académie ne messied pas à une caverne. M. Mérimée était disponible. Il était dans sa destinée de signer : le Fou de l'impératrice. Mme de Montijo le présenta à Louis Bonaparte qui l'agréa, et lui compléta sa cour par ce plat écrivain de talent...

... A un certain moment (dans la matinée du 4 décembre), j'étais dans la rue (Richelieu). Je quittais cet honnête et courageux homme ^Georges Biscarrat); je vis venir à moi tout le contraire, M. Mérimée.

— Tiens ! me dit M. Mérimée, je vous cherchais. Je lui répondis :

— J'espère que vous ne me trouverez pas. Il me tendit la main, je lui tournai le dos. Je ne l'ai plus revu. Je crois qu'il est mort...

J'attendis que Mérimée eût dépassé le coin de la rue. Quand il eut disparu, je rentrai au n° 1 5 '.

1. Histoire d'un Crime, t. II, pp. ?.- et 43- — 1877. Dans les Quatre vents de l'esprit (1882) et dans la troisième série de la Le /endes des Siècles ( 1 883), Victor Hutjo insultera Mérimée en vers, après l'avoir injurié en prose.

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Que voulez-vous! Le poète est l'âme la plus douce et la plus tendre. Sa bonté s'étend à tout et à tous. Il pleure sur le crabe et sur le crapaud. Il a des trésors de pitié pour le tigre et le vautour :

Il plaint l'oiseau de crime et la bête de proie l.

S'il rencontre une fourmi dans les allées de son jardin, il se jette de côté, au risque d'attraper une entorse, comme cela arriva un jour à M=r Myriel . Si M. Vacquerie dit au chacal : « Mon frère, embrassons-nous- ! » c'est lui, le Poète, qui lui a soufflé cette parole. Il est si bon qu'il se refuse à laisser installer dans son hôtel des sonnettes électriques, « parce que cela dérange les domestiques3 >). Il aime tout, même l'araignée, même l'ortie1..., mais il n'aime pas la critique.

i. Les Contemplations, t. II. p. 3-

■>. . A. Vacquerie, Profils et Grimaces, p. 43 1 .

3. « Ouand il s'installa dans le petit hôtel de l'avenue d'Eylau, son premier soin, — ceci n'est pas une légende. — fut de faire enlever les fils des sonneries électriques, assurant que les « sonnettes déramrent les domestiques ». — Henry Houssaye, Journal des Débats du 18 septembre 1 -

-i. J'aime l'araiguée et j'aime l'ortie. . .

Contemplations i t. I, p. 3o3.)

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