‹ Victor Hugo après 1852Chapitre 89 sur 187 · VICTOR HL'GO RACONTE PAR UN TEMOIN DE SA VIE · texte numérisé non relu

VICTOR HL'GO RACONTE PAR UN TEMOIN DE SA VIE

le Victor Huyo des Châtiments. «L'autre, Isaïe, semble un grondement de foudre continu. Il est le grand reproche. Isaïe prend corps à corps le mai... Il crie : Silence! au bruit des chars, aux fêtes, aux triomphes .. Il fixe une date aux oppresseurs, déclare aux puissances leur fin prochaine, assigne un jour contre les idoles, contre les hautes tours, contre les navires de Tarse, et contre tous les cèdres du Liban, et contre tous les chênes de Basan1. » — L'autre, Ezécliiel, est «le devin fauve... Pensée à laquelle le rugissement convient... Il fait au monde une annonce. Laquelle ? le progrès... Il déclare la paix comme d'autres déclarent la guerre. Il prophétise la concorde, la bonté, la douceur, l'union, l'hymen des races, l'amour. Cependant, il est terrible. C'est le bienfaiteur farouche. C'est le colossal bourru bienfaisant du irenre humain... Les prêtres, inquiets, mettaient un sceau sur ce poète. On ne pouvait le traiter d'imposteur. Son effarement de prophète était incontestable ; il avait évidemment vu ce qu'il racontait. De là son autorité... Il y a dans Ezéchiel trois constructions : l'homme, dans lequel il met le progrès; le temple, où il met une lumière qu'il appelle gloire; la cité, où il met Dieu. Il crie au temple : (( Pas de prêtre ici, ni eux. ni leurs rois, ni les carcasses de leurs rois ! ù On ne peut s'empêcher de songer que cet Ezéchiel, sorte de démagogue de la Bible, aiderait 9 3 dans l'effrayant balayage de Saint-Denis. Ouant à la cité bâtie par lui, il murmure au-dessus d'elle ce nom mystérieux : Jéhovah Schamtnah, qui signifie : V Eternel-Est-là. Puis il se tait, pensif dans les ténèbres, montrant du doigt à l'humanité, là-bas, au fond de l'horizon, une continuelle augmenta-

tion d'azur l. » Cet Ezéchiel, le prophète du Progrès, ce « démagogue de la Bible », n'est-il pas tout entier dans les Contemplations et les Misérables ?

Lucrèce, « c'est cette grande chose obscure : Tout... Dans Lucrèce, Pan apparaît... "2, » comme il apparaît dans la Légende des Siècles:

Place à Tout! Je suis Pau; Jupiter! à g-euoux 3.

« Lucrèce tord le vieux voile d'Isis trempé dans l'eau

des ténèbres, et il en exprime, tantôt à flots, tantôt goutte

à goutte, une poésie sombre 4... », pareille à celle qui

remplit tant de poèmes de Victor Hugo : Pleurs dans la

nuit.Horror, Ce que dit la bouche d'ombre.

Juvénal... Celui-là, nous l'attendions. Juvénal est un des « géants de l'esprit humain », — parce qu'il a écrit les Satires ? Non. Parce que Victor Hugo a écrit les Châtiments. « Juvénal a. au-dessus de l'empire romain l'énorme battement d'ailes du gypaète au-dessus du nid. de reptiles. Il fond sur ce fourmillement et les prend tous l'un après l'autre dans son bec terrible, depuis la couleuvre qui est empereur et s'appelle Néron (?), jusqu'au ver de terre qui est mauvais poète et s'appelle Codrus... Pas une corde ne manque à cette lyre, ni à ce fouet... Il y a de l'épopée dans cette satire; ce que Juvénal a dans la main, c est le sceptre d'or dont Ulysse frappait TJœrsite. Enflure, déclamation, exagération, hyperbole ! crient les difformités meurtries, et ces cris, stupidement répétés par les rhétoriques, sont un bruit de gloire 3. »

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