CHAPITRE XXXV
Conclusion. — Le génie.
Pour obéir à la préoccupation de vérité qui tourmente notre époque, et pour satisfaire à la légitime curiosité qui recherche les côtés familiers par lesquels les hommes éternels se rattachent à rheure fugitive, et qui aime à voir vivre et palpiter le cœur sous Timmortelle draperie du marbre, j'ai pénétré chez Yictor lïugo, j'ai montré le génie dans son intimité ; et le poêle avec son indulgente bonté, me pardonnera d'avoir livré au public les souvenirs de ces heures passées près de lui , souvenirs qui sont le charme et l'honneur de ma vie.
Mais je veux, en terminant, rendre Phommage que je lui dois, au génie dont notre siècle sera
fier de porter le nom; je veux replacer sur son socle, solitaire et hors de la portée de la foule, la grande statue que j'ai familièrement fait descendre parmi les hommes.
Oui , c'est en bronze éternel qu'il faut couler cette grande figure ; c'est sur un piédestal haut de cent coudées, bâti sur une cime, que les Phidias et les Michel-Ange dresseront ce colosse.
Aux pieds du Maître, la muse gravera sur une table d'airain le titre de ses œuvres, et les siècles à venir verront, éblouis, que ce grand esprit embrassa toutes les conceptions humaines, et qu'il n'est pas une gloire dont le front de cet homme n'ait rayonné.
SubUme comme Pindare, souriant comme Anacréon, terrible comme Juvénal et comme Dante, sévère et juste comme Tacite, pathétique et grand comme Eschyle et comme Shakespeare ; il est l'âme lyrique de la France, le chantre inspiré de l'enfance et de l'amour, et le justicier de la liberté ; romancier, historien, tragique, il est, de plus, le poète épique du genre humain.
Ce n'est pas tout i ce génie est citoyen, il aime sa patrie, la chante et la console. Ce citoyen a
été illuminé par l'astre de la Révolution, et il s'est fait le défenseur de la justice et des droits. Partout où l'équité est violée, la raison honnie, la liberté enchaînée, la parole étouffée et la faiblesse foulée aux pieds, on est sûr d'entendre sa grande voix s'élever pour affirmer les justes revendications, ou pour lancer les protestations de la conscience indignée.
Et lorsque, dans quelques années, les renommées éphémères seront depuis longtemps évanouies, et les bruits du jour éteints ; quand, une à une, les voix du siècle se seront tues; seule, la parole du grand Poète sonnera dans l'avenir, et ses livres immortels seront \q§. Bibles de nos descendants.
Pages.
Préface ^