EN CHEMIN
Chacun sait que la maison du poète est toute proche du bois. Nous nous y rendions silencieux, sous un ciel rasséréné que traversait cependant encore un vol rapide de nuages. Toutes les maison voisines étant demeurées ouvertes depuis la veille , on surprenait çà et là, aux vitres, le clignotement d une clarté jaune mourant dans la blancheur du jour. ' Stimulés par Faverse, les parfums des marronniers et des tilleuls, voire les souffles violents des seringas en pleine floraison nous passaient au visage dans une indicible impression de réveil et de fraîcheur. Les chuchotements de la foule, foule étrange à mesure gu*on approche des limites de ce grand dortoir aux rideaux de verdure où les vagabonds succèdent, la nuit, aux* promeneurs élégants, ne sont pas, comme on pourrait le croire, traversés de propos avinés ou malséants. Non ! le respect est venu, même à ceux-là, de celui qui eut d'immenses pitiés pour tous les misérables. Uaspect seul inquiète, de ces dépenaillés dont l'insomnie a bleui les tempes hisurtes. Cette clameur sourde de la curiosité attendrie est d'ailleurs
dominée pour nous par le concert qui monte des bouquets d'arbres voisins. Là tou3 les oiseaux chantent. Ils chantent, joyeux, à la ffrande âme délivrée ! Le rossignol au gosier hérissé vibre comme une lyre. Et, dans le fond, la belle note de cristal du crapaud, tinte sonore, du crapaud que le Maître a défendu, dans son grand amour des méprisés.