‹ Victor Hugo devant l'opinion presse française-presse étrangèreChapitre 119 sur 127 · PARISIENNE · texte numérisé non relu

PARISIENNE

Messieurs ,

La presse parisienne m'a fait un honneur dont je sens le prix en me chargeant de dire, en son nom, un dernier adieu au grand mort que nous pleurons.

En ce jour où tant de voix éloquentes s'élèvent pour célébrer cette illustre mémoire, la presse ne pouvait garder le silence sans man quer à un devoir sacré.

N'a-t-elle pas, elle aussi, une dette de reconnaissance à acquitter envers • Victor Hugo ?

Le journal n'était jjas seulement pour Victor Hugo une des plus belles manifestations de la pensée humaine; il était à ses yeux l'instrument du progrès, le flambeau de la civilisation.

Le journal était pour lui Tavant-coureur du livre dans les masses profondes de notre société démocratique.

Il n'a pas vingt ans, qu'il publie le Conservateur littéraire. Lorsque, plus tard, sorti vainqueur de la grande bataille romantique,

il élargit son horizon, c'est au journal, c'est à Y Evénement de 1848, qu'il demande une tribune littéraire au Conservateur de 1819.

Plus tard encore, pendant l'exil et après l'exil, toutes les fois que le grand poète a une cause généreuse à dérendre, il fait à la presse rhonneur de l'associer à ses belles actions, à ses revendications éloquentes, à ses appels à la clémence et à l'humanité. Qu'il s'agisse de combattre l'esclavage dans les colonies espagnoles ou de répondre à l'appel des Cretois, qu'il s'agisse de demander à l'Angleterre la grâce des fenians condamnés à mort, ou d'implorer de Juarès la grâce de l'empereur Maximilien ; plus tard encore, qu'if s'agisse de plaider la cause de la France durant l'année terrible, c'est le journal qui porte au monde les revendications de cette grande conscience et les éclats de cette voix puissante.

Voilà, messieurs, pour la presse un grand honneur. Elle en est fière. On l'accuse parfois du mal dont elle est innocente : n'a-t-elle J>as le droit de se glorifier du bien qui s'est ait par elle ?

On n'accusera pas la presse d'ingratitude vis-à-vis du grand nomme dont nous célébrons auiourd'hui l'apothéose ; l'immense publicité qu elle a donnée aux v œuvres du maître a fait

f)énétrer sa pensée jusque dans les hameaux es plus reculés. Elle a mis sa gloire à l'abri des contestations qui se sont élevées, dans d'autres pays, autour d'illustres génies.

La presse tout entière s'est inclinée avec respect devant les restes du poète national.

Les dissentiments se sont imposé silence devant ce glorieux cercueil, et c'est, pour celui qui parle au nom de la presse parisienne, une

satisfaction profonde de savoir qu il est l'interprète de tous ses confrères, quand il exprime son admiration et sa gratitude pour celui qui fut Victor Hugo.

Discours de M. Tulle Massarani

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