ITALIEN
Messieurs, .
Après les voix si éloquentes que vous venez d'entendre, c'est à peine si j'ose, moi étranger, parler près de cette tombe. Si je l'ose, cest aue ma voix, quelque faible qu'elle soit, est 1 écho de l'âme de tout un peuple s'associant à l'hommage que vous rendez au génie disparu. Là où est le deuil de la France, la pensée humaine est en deuil. Et ce deuil de la pensée, ces angoisses de l'esprit assoiffé de vérité, de poésie et d'amour, et sevré tout à coup de la coupe d'or où il puisait à larges traits sa triple vie, quel peuple le ressentirait jusqu'au fond de l'âme si ce n'est le peuple italien, qui pendant des siècles de souffrance et de lutte n'a résisté que par l'esprit, ne s'est senti vivre que par la pensée ?
Aussi, messieurs, ayant l'honnneur de porter ici la parole au nom des écrivains, des artistes et des amis de renseignement populaire dans mon pays, puis-je sans hésitation vous affirmer que je parle au nom de mon pays même. C'est rltalie entière, en effet, qui, en ces jours, pleure à la fois sur deux tombes: «ur celle d'un de ses penseurs les plus émi-
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nents et sur celle de votre grand poète. Car ce poète, ce Maître, comme vous rappelez à juste titre, a rendu à la poésie son auréole des anciens temps, lorsque le poète n'était pas sentement le chantre des héros, mais aussi biea le prophète et Tapôtre. Il a été de ceux aiEtxquels les siècles parlent, et qui écoutent le lendemain germer et croître sous terre ; il s*est pris corps à corps avec les iniquités et les haines du passé, et les a terrassées ; il a deviné au miheu du bruissement des foules les vérités de l'avenir, et, de ses bras d'athlète, il les a élevés sur le pavois.
Il avait avec cela toutes les charités et toutes les tendresses ; et les petits enfants et les misérables ont pu venir à lui avant les puissants et les heureux. Jusaue sur les degrés de ce temple magnifique, où la France l'associe à toutes ses gloires, je ne saurais oublier qu'il a voulu venir à sou dernier repos porté par le corbillard des pauvres, afin que la poésie du cœur rayonnât encore une fois à travers les fentes de sa bière ; et je pense à Sophocle, dont le tombeau se passa de même, d'après le vœu du poète, de palmes et de lauriers, et né connut que la rose et le lierre.
Aussi, Maître, ne t'ai-je offert qu'un rameau de lierre et deux roses ; mais ces feuilles et ces fleurs ont poussé en terre de France, et, sur le seuil de l'immortalité qui s'ouvre pour toi, elles mettent les couleurs de l'Italie. La main dans la main, tous les peuples qui se relèvent viennent s*incliner. Maître, devant ce tombeau.
Discours de M. Le Mat
C'est au nom.de l'Institut national de Washington que j'ai l'insigne honneur d'exprimer ici. la douloureuse émotion ressentie d'un bout à l'autre des Etats-Unis à la nouvelle de la mort de Victor Hugo, l'homme considérable dont la perte a rempli l'âme du monde civilisé de si unanimes regrets.
Discours de M. Emmanuel
Edouard
AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE D'hAÏTI
Elle peut être fière, elle peut s'enorgueillir, la nation qui nous donne le majestueux spectacle que nous avons aujourd'hui sous les yeux.
Ils ont menti ceux qui, il y a quelques années, à propos de la France, après, une crise terrible subie par ce pays, ont prononcé le mot de décadence : la France est nien debout.
Presque tous les peuples civilisés, librement, spontanément, ont envoyé ici des délé- Sués; Athènes, Romen'ontjamaisété le théâtre 'une si imposante solennité. Paris dépasse Athènes et Rome.
Il n'est pas téméraire, je pense, d'affirmer qu'une pareille cérémonie, inouïe, proportionnée au génie de l'homme qui vient de mourir, ne se reproduira pas.
Je représente ici la délégation de la Repu-
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blique d'Haïti; La République d^ Haïti a le droit de parler au nom de la race noire : la race noire, par mon organe, remercie Victor Hugo de ravoir beaucoup aimée et consolée, de l'avoir raffermie et consolée.
La race noire salue Victor Hugo et la nation , française.
Discours de M. Louis Ulbach
AU NOM DE l'association LITTÉRAIRE INTERNATIONALE
Messieurs,
Si je n'écoutais que la douleur d'une amitié de çlus de quarante ans, et si je n'obéissais qu à l'admiration de toute ma vie, je me tairais devant le silence formidable de ce cercueil.
Mais, j'ai reçu de l'Association littéraire et artistique internationale dont Victor Hugo était le président d'honneur, un mandat qu il ne m'est pas permis de récuser. Nos amis de la France et de l'étranger, ceux qui, dans nos courses à travers l'Europe, à chacun de nos congrès, à Londres, à Lisbonne, à Vienne, à Rome, à Amsterdam, à Bruxelles, acclamaient Victor Hugo avec tant de sympathie, en nous donnant tant d'orgueil, ont aujourd'hui l'orgueil de faire retentir leur sympathie dans notre profonde tristesse. Nous sommes les soldats d'une idée que Victor Hugo nous a léguée, la défense de la propriété littéraire et de la propriété artistique. Partout où nous sommes allés Hvrer ce bon combat, son nom nous a ouvert l'hospitalité la plus cordiale, son
génie nous a donné les armes tes plus sûreâ^ et sa gloire a illuminé nos succès.
Je viens donc, au nom de ceux ^qn 3 a lus*pires, commandés, soutenus, l'àcclamef à mon tour, quand je voudrais uniquement le pleurer.
Victor Hugo est l'écrivain français le plus admiré hors de France ; non pas parce que nous Tadmirons, car les étrangers, parfois, nous reprochent de ne pas Fadmirer assez, tant ils sont saisis par la forte expansion de son génie. A peine a-t-on besoin de le traduire. Le relief de sa pensée fait sa trouée dans la langue étrangère et le geste de sa parole aide à le deviner avant qu'on l'ait, pénétré.
Sa gloire prodigieuse, messieurs, nou« est donc doublement chère. Elle rayonne sur nous, avec le souvenir de nos joies, de nos douleurs les plus intimes, de nos ambitions les plus vastes, et en même temps elle resplendit au dehors comme une irradiation de la France, généreuse et fraternelle.
Le patriotisme de Victor Hugo qui ne sacrifie rien des droits stricts de la patrie, s'augmente d'un sentiment de justice internationale supérieur aux préjugés de la diplomatie, aux ignorances populaires. Il est un foyer hospitalier où toutes les patries s'échauflFent, pour aimer et servir davantage la paix, Tunion, la liberté.
Soyons fiers, à travers notre douleur,, de voir ce mort sublime se dégager de nos étreintes, pour recevoir de toutes les nations tournées vers lui une immortalité qui s'ajoute à notre reconnaissance nationale.
On n'a trouvé, dans Paris, qu'une porte
as»ez haute pour y faire passer son ombre, celle qu'il a mesurée lui-même à sa taille dans ses strophes de granit, celles où son doigt filîal.a inscrit le nom de son père absent, celle où son nom rayonnera désormais, sans avoir besoin d'y être inscrit. Mais ce qu'on ne trouvera pas, c est un horizon qui borne sa renommée. Déjà, devant ces témoignages venus de tous les points du çlobe, n semble (^ue ce poète évanoui dans rinfini, déborde . 1 Europe, comme il a débordé la France, et qu'à l'heure où nous rouvrons le Panthéon français, le monde lui élève un panthéon international.
Gardons nos larmes pour le recueillement de demain ; mais aujourd'hui ne résistons pas à cet entraînement d'un enthousiasme universel. C'est notre honneur d'y céder.
Il y a, en effet, messieurs, dans cette solennité comme un relèvement définitif de la patrie, qui se sent grande du génie de son plus grand homme, et aussi de la foi que ces funérailles rallumeront dans les cœurs.
Conservons le souvenir de cette iournée, comme celui d'un pacte nouveau conclu avec l'amour du pays, avec sa gloire, sa puissance dans le monde, avec le rayonnement de ses idées, et restons digues de ce transport unanime qui a fait s'agenouiller toute la France et se dresser toute l'Europe, sur ce seuil où notre poète national renaît dans sa vie immortelle.
Ce sera le dernier chef-d'œuvre de Victor Hugo. C'eût été son ambition suprême, après avoir tant écrit, tant lutté pour la fraternité humaine et pour la gloire de la France, de faire servir sa mort à une fédération sincère
entre les peuples et une explosion radieuse du patriotisme français.
Discours de M. Delcambre
AU NOM DE l'association DES ÉTUDIANTS