LETTRE DE M. GUSTAVE RIVET
Nous avons soumis le plan et la conception de notre ouvrage à M. Gustave Rivet, député de VIsère, qui a vécu dans Vintimité de Victor Hugo et qui a eu Vhonneur d*être compris parmi les six amis désignés par la famille du poète^ pour accompagner le cercueil de VArc de Triomphe au Panthéon.
M. Gustave Rivet a bien voulu nous répondre la lettre qu'on va lire, et nous avons été heureux de le voir, à titre d ancien ami de Victor Hugo et d'homme de lettres^ approu^ ver ridée de haute et historique impartialité qui a présidé à la composition de cet ouvrage.
A Messieurs les Directeurs de TOffice de la Presse
Messieurs,
' Les jours de deuil où nous avons perdu le Maître appartiennent à Thistoire.
C'est une heureuse idée tjue vous avez eue
de rassembler dans ce volume, as^ec les récits de la maladie et de la mort de Victor Hugo, la plupart des jugements qui ont été portéf^ sur Tbomme et sur son œuvre.
C'était un spectacle unique et consolant de voir, en cette funèbre semaine, de tous les pays civilisés, les yeux et les cœurs tournés vers la France et vers son poète.
Le livre que vous publiez sera le témoin de - Témotion universelle.
En réunissant les principaux articles écrits à Paris, en province, à l'étranger, vous avez préparé pour l'histoire des matériaux précieux, et les amis du grand poète vous sauront gré de leur offrir des documents qui, si vous n'aviez pris soin de les recueillir, pourraient être bientôt dispersés, oubliés ou perdus.
Pour moi, je vous loue d'avoir impartialement rassemblé dans ce volume, à côté des éloges, des admirations et des amours, les critiques, les railleries et les insultes. Je ne suis point choqué, au milieu du concert universel des hommages' et des regrets, d'entendre les cris discordants des cléricaux de La Croix, du M onde ^ ou des bonapartistes du Petit Caporal.
Je vous sais gré d'avoir cité, en regard des éloges de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal, de la Roumanie, de la Russie, de la Hongrie, de l'Angleterre, de l'Autriche, de la Belgique, de la Hollande, de l'Amérique, les critiques anglaises du Standard et les plaisanteries tuaesaues de la Gazette de Cologne.
Ne laut-il pas des contrastes d'ombre a\ix lumineuses apothéoses ?
Les oiseaux de ' nuit haïssent le soleil ; les
cléricaux ont insulté Victor Hugo, c'est dans l'ordre. Il n est pas mal qu'ils portent devant TA venir la responsabilité de leur ineptie.
Il y a des attaques qui grandissent celui qui en est l'objet.
Quand, à Bruxelles, en 1871, la maison de Victor Hugo fut assaillie à coup de pierres, je lui écrivais :
Toutes les pierres qu'on te jette Elèveront ton piédestal.
Victor Hugo serait moins grand, il serait moins nôtre, il personnifierait moins son siècle, s'il n'avait soulevé les colères de tout ce qui est ennemi du génie français, fait de Liberté et de Lumière.
Donc, il n'était pas inutile d'enregistrer les protestations de la haine.
Mais, par ce livre même qui les recueille, on verra comme elles sont perdues dans l'immense acclamation du monde, comme elles sont couvertes et étouffées par ces millions de voix qui, à l'Arc de Triomphe, au Panthéon, dans la rue, dans la presse, ont salué le Génie.
Une goutte d'encre, même bénite, ne peut souiller les trois mille couronnes amoncelées sur les marches du Panthéon, et le Maître repose à jamais, impassible et glorieux, dans le temple des grands hommes.
Au seuil même de la Postérité qui commence pour le poète, ce livre raconte comme on l'aimait, comme on la pleuré, comme on l'admire, et comment l'univers entier proclame que Victor Hugo mort est immortel.