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La Gironde :
On ne peut s'empêcher, à Theure où cette destinée vient d'aborder au terme inévitable, d'en assimiler le développement à la puissante et harmonieuse évolution des forces naturelles. Cette vie n'a-t-elle pas eu, l'un après l'autre, sans heurt, sans secousse, sans défaillance, son aurore, son matin, son éblouissant midi, son grandiose crépuscule, et au moment où elle s'achève, ne compare-t-on pas, malgré soi, Victor Hugo qui meurt à quelque soleil qui se couche ?
Si son nom est le plus vénéré, le plus aimé, le plus acclamé de tous ceux dont la nation française ait depuis cinquante ans salué la vie, fêté les anniversaires et pleuré la mort, c'est que nous avons vu en cet homme encore autre chose qu'un sublime faiseur de vers jet de prose, c'est que placée, comme il Ta dit ui même, « au centre de tout comme un écho sonore », son âme de penseur et de poète a recueilli et répété en les amplifiant tous les chants et tous les cris, tous les désirs et
toutes les aspirations de la démocratie, c'est à-dire de Thumanité moderne.
C'est pour avoir personnifié en quelque sorte l'idée de progrès, pour avoir eu la foi dans l'avenir et dans l'idéal, pour avoir appelé,
f)rédit, annoncé l'avènement de la justice, de a liberté, de la fraternité, réalisées par le développement d'une Républiaue devenue peu à peu et de proche en procne universelle ; c'est pour avoir été comme un prophète de l'idée humanitaire, républicaine, et, pour tout dire en un mot, de l'iaée française ; c'est pour avoir signalé, d'une ^ix si haute et aune conviction si profonde, comme une vigie plus clairvoyante veillant sur un sommet plus élevé, le « lever lointain du droit humam »
sur l'horizon de l'histoire; c'est pour s'être fait, en maintes occasions mémoranles l'interprète de la volonté collective, le verbe de la conscience nationale, que Victor Hugo est devenu l'écrivain, le poète, le grand homme, et, comme aurait dit Oarlyle, le « héros » si cher à la France.
Le Phare de la Loire :
Plutarque rapporte que, sous le règne de Tibère, un certain pilote, nommé Thamas, qui naviguait dans la Méditerranée, entendit ces mots retentir au milieu de la nuit : Le grand Pan est mort ! puis de tous côtés s'élevèrent dès plaintes et des gémissements comme si la nature entière se fut désolée et mise en deuil.
178 VICTOR HBaO DEVANT L'GPINION
Le grand Pan c'était le Monde romain qui s'écroulait.
Cette légende reprise par Rabelais et de nos jours par Henri Heine, dans ses Dieux en exil, nous revient d'autant plus naturelle-^ ment en mémoire, que lors de la mort du grand Goethe, par toute l'Allemagne on entendit la même lamentation.
Le grand Pan est mort !
Avec Goethe s^éteignait le dernier survivant du xviii* siècle.
Victor Hugo qui résume toutes les gloires, tous les progrès, tout§ la civilisation du xix" siècle, semble disparaître, à son tour, comme un dernier soleil dans le couchant enflammé.
Comme le dit si justement aujourd'hui même un autre poète, Catulle Mendès, les plus hautes paroles de ce siècle, n'est-ce pas lui qui les â proférées ? N'a-t il pas été, dans toute l'immense envergure de la pensée humaine, l'exemple du bien et l'exemple du beau ? Et les poètes les plus grands, comme les plus humbles, qu'adviendra-t-il d'eux quand il ne sera plus là pour imposer aux plus rebelles la toute puissante dictature de son génie ? »
Que nous reste-t-il à perdre encore après lui?
La France aura raison de pleurer et de s'incliner sur la tombe qui vient de s'ouvrir.
Elle va y déposer le plus illustre de ses enfants ! G. S.
Le Courrier de Lyon :
Victor Huffo, c'est le nom que vous lirez em, tête de tous les journaux, que vous entendrez
«ortir de toutes les lèvres, qui occupe tous les esprits, que l'électricité et la vapeujr, moins rapides que la renommée, transportent aux confins de Tunivers civilisé et transmettent à tous les échos.
Nous ne pensons pas que jamais plus universelle gloire ait été saluée par de plus «universels regrets et de plus universelles louanges.
A peine quelques notes criardes, quelques dissonances aigres détonnent - elles dans rhyinne général qui s'élève autour du cercueil de celui qui fut le grand génie poétique du siècle et de TEurope.
Si Victor Hugo appartient à la France, en effet, par sa naissance, ses affections, sa vie et sa mort, par l'admirable langue qu'il forgea et qu'il assouplit à un rythme nouveau, les autres nations peuvent revendiquer , elles aussi, une part des inspirations, et des conceptions sublimes de cette vaste intelligence que ne borna aucune frontière.
Xi'Union Bretonne (Nantes) :
Il était chargé de gloire ; mais, surfait sur
Slusieurs points, il s'offrait avec une sorte 'orgueil encombrant et tumultueux à la critique la plus sévère. Toutefois, devant Téternelle majesté de la mort succédant brusquement à la majesté souvent éphémère du génie lui-même, nous ne voulons nous souvenir que du poète incomparable, sans songer à l'homme politique si mobile, si vulnérable et si incomplet.
Et cependant c'est à Thomme politique, égaré dans des insanités étranges et presque coupables, que Ton va faire des funérailles ta-
{>ageuses; c est lui qu'on va louanger jusqu'à a plus folle hyperbole ; c'est sur lui qu'on va répandre des neurs malsaines et à Favance flétries.
Victor Hugo fut à la fois supérieur parmi Télite des littérateurs de ce siècle et médiocre parmi les plus imparfaits des hommes politiques ; et c est justement dans sa médiocrité qu'on cherchera son plus vif relief; c'est par son infirmité qu'on s'efforcera de le hausser jusqu'à ternir sa gloire, ne pouvant l'effacer.
Il marquera comme un poète pour ainsi dire sans rival ; mais on ne peut trouver en lui, quoi qu'on fasse, la solide étoffe d'un véritable grand homme.