‹ Victor Hugo devant l'opinion presse française-presse étrangèreChapitre 8 sur 127 · EDOUARD LOCKROY · texte numérisé non relu

EDOUARD LOCKROY

Député de Paris.

La presse appréciait cet échange de lettres : Li'Iiitraiisigeaiit s

SOLLICITUDE ÉPISGOPALE

Les prêtres, qui ont eu Littré, grâce à des complicités fémmines, se sont remués activement dans l'espérance d'avoir aussi Victor Hugo. C'était une proie superbe à laquelle ils ne pouvaient se décider à renoncer. Ils ont jugé que, pour la conquérir, ce n'était pas trop de faire donner les plus hautes sommités épiscopales. L'archevêque de Paris en personne a donc écrit h Mme Lqckroy, la prévenant que, tous les matins, en disant sa messe, il prie pour la guérisôn de l'illustre malade.

Il faut croire que Mme Lockroy n'attribue pas à ses prières une efficacité hors ligne, car elle n'en a pas moins continué à recourir aux lumières de médecins célèbres comme les docteurs Germain Sée et Vulpian. Mais l'archevêque, mettant sa véritable pensée dans le post'Scriptum de sa missive, a fait égale-

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ment savoir à la famille de Victor Hugo que, si l'auteur de ï Année Terrible, celui-là même qui, après la Commune, a offert un asile aux proscrits, prenait le parti d'appeler un confesseur, il tenait, lui Guibert, à ne laisser à aucun autre le soin de porter le viatique au grand homme sur le chevet duquel la t rance tout entière était penchée.

En se remémorant les injures sous lesquelles Louis Veuillot et ses amis ont essayé d'écraser le proscrit de 1851, on aurait peutêtre droit de s'étonner de cette sollicitude subite pour l'âme d'un irréligieux auquel ils préparaient, en enfer, une place toute spéciale. Mais le clergé pense avant tout à sa petite personne. Toute la catholicité comprend le danger que lui fait courir le refus, dès longtemps signifié par Victor Hugo, de passer par r Eglise.

C'est pour cette sainte mère un coup réellement terrible, et elle eût fait pour l'éviter les plus humiliants sacrifices. Ah ! l'homme qui serait parvenu h amener M. Guibert auprès du lit du poète, aurait reçu un rude pot-devin, et l'épiscopat qui le lui aurait offert y eût gagné certainement encore ; car l'enterrement civil de l'auteur des Châtiments enlèvera par centaines de mille des cercueils aux goupillons qui les attendent.

Le mouvement libre-penseur a commencé h se développer en France avec les obsèques non religieuses de Félicien David, qui ont fait scandale et ont donné lieu à des manifestations cléricales retentissantes. Le compositeur du Désert n'avait pas été ensevefi : il avait été enfoui; et le mot enfouissement devint à la mode. Le préfet Hérold n'en exi-

LA MALADIE t&

gea pas moins, au moment de mourir, que son corps fût cohduit directement au cimetière. Cet exemple d'affranchissement avait encore plus de gravité que Tautre, car Félicien David n'était que membre de l'Institut, tandis qu'Hérold était fonctionnaire. Gambetta compléta la série ; mais il eût été téméraire d'espérer une rentrée dans le giron ultramontain, de la part d'un ancien chef de cabinet qui se trouvait enchaîné par sa fameuse phrase :

« Le cléricalisme, voilà l'ennemi ! »

La résolution, publiquement annoncée par Victor Hugo, de passer devant sa paroisse sans s'y arrêter, jette dans les rangs de Tarmée dévote un trouble profond. Elle comptait toujours que ce fils de Vendéenne reviendrait tôt ou tard aux croyances de son enfance, et elle ne peut songer sans effroi aux innombrables imitateurs qu'aura, par la suite, l'incomparable écrivain qui a rempli le monde de son nom et tous les cerveaux de son génie.

En effet, Victor Hugo' entrant h Notre- Dame, c'était pour le clergé ce qu'eût été pour Louis XVI la reprise de la Bastille. On ne peut chiffr.er les âmes sur lesquelles les curés eussent remis instantanément la main.

Mais il n'y entrera pas, et le commerce des âmes s'en ressentira douloureusement, pour l'influence d'abord et ensuite pour la caisse des commerçants.

C'est pourquoi M. Guibert avait proposé avec cet empressement de transporter son confessionnal dans la chambre de ce précieux malade.

On a beaucoup remercié rarchevêque de Paris de sa bienveillance, mais on l'a prié de garder pour lui ses sacrements.

HENRI ROGHEFORT

E^et Oa2Eette de F'jraiice :

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