ET DE MESDAMES
Virginie DEMonT-BreETon, Artiste peintre, Officier de la Légion d’Honneur; Thérése Amen, Vice-Présidente de P Association des Etudes Poétiques ; Marthe BorsstEr, Directrice d’Ecole Normale d’Institutrices ; Delphine Mart; Marie-Anne ScHaLk; Deton, Directrice d’Ecole ; Marga DitHan; Jean Bouzereau; La Comtesse LAURENCIN-BEAU- FORT; BERTHOD ; CHAPERT-VEzIAT ; Marguerite BELMANT; Desmiers ; Claude Maryse; Jeanne Martin ; Marthe Mar- CHAND; Jeanne ALLAIRE; Lucie HALPHAND; G. BoNAVEN- TURE; Marie-Louise Renaup; Henriette Lerorr; Berthe Merrrey ; Aimée Rott ; Marcelle Picarp; Jacqueline VeRMAY ; Jeanne Baron; Emma Boucuer; M. Berry ; Josette Cros; Valentine BEauREGARD ; Paule VaLuier ; HEMERY.
Liste des 100 premiers souscripteurs arrétée le 15 Aotit 1930
Quelques Appréciations sur l’Auteur et ses CEuvres
Les Olympiques.
De beaux vers. Du souffle, de ’envolée ; un continuateur de José-Maria de Heredia.
SuLLy-PRUDHOMME.
Conte de Amour et de la Guerre.
J’ai lu avec un intérét passionné votre Conte de l’ Amour et de la Guerre qui garde et communique une si poignante impression des heures terribles et magnifiques.
Edmond Haraucourt.
Précis de Poésie.
Les vers cités a l’appui des préceptes du Précis de Poésie sont fort adroitement faits et pourraient étre donnés comme du Hugo.
Sébastien-Charles Leconte.
Le Cantique de l’Illusion.
Le poéte du Cantique de I’Illusion posséde, au plus haut degré, toutes les qualités dominantes de notre race. Xavier Privas.
Héraldor.
Si nous avions encore des artisans, nobles « amateurs de bon théatre », ils auraient monté « populairement» cette piéce pathétique et puissamment construite.
Jules TRUFFIER.
Jai lu votre beau drame Héraldor ala fois trés pittoresque et trés émouvant. Il m’a rappelé que mon premier drame publié avait pour titre Dieu le veut / et que Godefroy en était. Je me réjouis de ce qu’il y aeu de commun dans nos préoccupations tout en vous donnant le prix sans hésiter.
Maurice Boucuor.
Je viens de lire Héraldor avec admiration.
Emile BLEMONT.
Je vous 1emercie de m’avoir envoyé votre ceuvre si dramatique Héraldor que j’ai lue avec plaisir. Espérons qu’elle sera représentée !
Alfred Mortigr.
La Carnyx d’Airain.
J’ai lu avec un vifintérét vos nobles poésies. Raymond PoIncarg.
Il y a de beaux vers dans La Carnyx d’Airain, il y a des vers puissants et tout le livre teémoigne d’un grand souffle.
J.-H. Rosny ainé.
En regard du Cantique de /’J/llusion, voici donc une fagon d’épopée rajeunie, de geste héroique de la patrie, magnifiant, avec les accents du haut lyrisme dont Victor Hugo divulgua le secret aux aédes de notre époque, les grands faits de Vhistoire et les fastes de nos cités .. Souhaitons du meilleur coeur que La Carnyx d’Airain sonne un bardit de victoire au renom de Martin Saint-René, poéte inspiré de notre belle France.
Alcanter de BrauM.
Poétiana.
Les notices sont écrites avec godt, impartialité, exactitude. Celle qui concerne Homére, notamment, peut passer pour un petit chef-d’ceuvre de critique littéraire.
Tancréde MARTEL.
La Muse Fervente.
Cette belle Anthologie témoigne de la vitalité de la bonne prosodie et du gott poétique que vous ne cessez d’entretenir chez vos lecteurs et chez vos amis.
Pierre de NorHac.
Jai lu Le Cantique de l’Illusion, La Carnyx d’Airain Héraldor, Le Précis de Poésie, Poétiana, etc., et je m’étonne de plusen plus de trouver en vous un tel tempérament, une si belle activité poétique... Vous méritez la Gloire: vous l’aurez.
Jean RaMEAu.,
MESDAMES ET MEssIEvRs,
Cette étude conférenciée, placée sous les auspices de notre jeune et vaillante association, plus que le souci dun long travail de préparation et d’exécution, m’a apporté, et m’apporte, la grande joie d’entreprendre publiquement l’ceuvre de reconnaissance passionnée que je dois a Art poétique, symbolisé ici dans la personne de son plus merveilleux prophéte.
Tout d’abord, permettez-moi, Mesdames et Messieurs, de faire avec vous, sur notre époque, des constatations assez peu encourageantes. Ce siécle, bouleversé hier par une catastrophe sans précédent dans l’histoire des peuples, a désappris, en peu de temps, ses enseignements les plus élevés, ses idéals les plus accessibles. Comment en eit-il été autrement d’ailleurs ? Toute guerre est la négation supréme des plus belles institutions morales: elle submerge les temples sous un déluge de boue; elle institue, pour un temps, sur la terre.
le triomphe de l’enfer. Nul étre ne peut sortir de l’épreuve sans avoir sacrifié d’une maniére quelconque 4 Panimalité ; il s’est abaissé, il s’est perverti, il s'est amoindri; il a da se rendre aux plus impérieuses nécessités, aux plus cruelles évidences; il luia fallumanger, boire, dormir, étre em proie aux besoins, subir la nature, éprouver la mort. Il lui est resté de cet état, au lendemain méme du cataclysme, des sens plus facilement tournés vers la matérialité, par conséquent plus rebelles 4 une orientation supérieure. C’est un transfiguré auquel il ne faut faire grief de rien. La fatalité a passé!
Est-ce a dire pourtant que nous ne serons plus qu'une génération d’épicuriens abimés dans des jouissances faciles, et quwil en sera fait a jamais de nos gloires immortelles et de nos vertus séculaires ? Heélas! bien avant déja leffroyable Déluge de feu et de sang, des marques visibles, presque tangibles, de décadence se révélaient dans nos arts. Vous parlerai-je du futurisme en peinture, du cubisme en sculpture, du bolchevisme avant la lettre en musique, et du symbolisme en poésie? Lamentables et coupables erreurs de esprit humain! aberrations sans excuse! épouvantails de la noble moisson de Art, maintenus prétendtiment a la mode par les outrances du jour! Comment qualifier ce qui reste sans nom dans un domaine de Beauté parfaite et de Vérité pure ? Et que dire de la poésie dont les derniers flambeaux se sont éteints, un a un, dans notre ciel pestiféré, avec Frangois Coppée, avec Sully Prud-
homme, avec de Heredia, avec Rostand, déja plus pale quoique plus proche ? Que dire de ces productions hétéroclites et absurdes qu'une fortune personnelle et des intrigues ont permis de multiplier, dans un milieu complétement étranger 4 la poésie ? Que dire aujourd’hui de ce vide dans lequel l’ame humaine se plonge, parce qu il n’y a personne pour le combler, personne pour reprendre la grande lyre abandonnée, tandis que |’Hebre roule dans ses profondeurs la téte d’Orphée devenue 4 jamais muette ?
Une question se pose et s impose : A qui incombent donc les lourdes responsabilités dune situation aussi néfaste ? Je répondrai: Aux officiels d’abord, parce quils ont la sauvegarde du patrimoine sacré de notre art et quils nont rien fait virtuellement pour l’enseigenement, la diffusion et la protection de la poésie; et 4 nous tous qui n’avons pas tenté de suppléer a la carence des officiels en « organisant » 1a ot ils laissaient croitrele désordre, et qui, pour ne pas accomplir un Iéger effort, restons mal éduqués, mal préparés, mal avertis deschoses poétiques. Une réaction, ou, plus exactement, unredressement, s’avére nécessaire, et,en attendant des jours meilleurs, pour notre République des lettres déprimée, prenons dés maintenant a coeur la tache a nous offerte. Educateur et auditoire, sachons comprendre chacun notre devoir. Que le germe de poésie, jeté tout palpitant de l’4me du prédicateur dans lame des foules, devienne, pour notre gloire et notre gran-
deur communes, le blé fécond et la moisson miraculeuse! Avec ceux qu’Apollon lui-méme a choisis pour la splendide mission, je dirai: « Faisons de la Poésie »; avec ceux qui doivent demeurer la grande oreille pour laquelle tout se pense et s‘écrit, et qui sont !’Humanité, l’Océan, la Foule, le Public, le Juge, je dirai: « Aimons la Poésie. »
La Poésie est une religion; la plus merveilleuse de toutes. Elle a ses rites, ses temples, ses dieux, sa bible, sa parole. Elle est supréme; elle est un et tout. Elle est la Vie, l’Etre et Univers. Elle embrasse l’Infin! et ’Eternité. Elle est faite de la Beauté du monde, de sa perfection visible ou devinée, de son idéal révélé et concevable. Elle est la Vérité évidente que l’aspiration tient toujours élevée au-dessus des cimes suprémes. Elle est Esprit, la Flamme, le Dieu! Elle est le Soleil, le Parfum, Harmonie, |’Enthousiasme, Amour ! Et elle n’est ni mystérieuse, ni inaccessible. Elle se donne a tout ce qui vit, a tout ce quisent, a tout ce qui chante. Elle est la compagne et le guide. Elle n’est ni tyran ni souveraine. Elle est PAbsolu du Bien. Elle est en haut, parce qu'il est naturel que la Lumiére et |’Idéal y soient. Mais, comme le feu le plus pur des astres se retrouve dans l’étincelle allumée au frottement de deux humbles fétus, elle vit, palpite et rayonne dans le coeur rugueux de tous les mortels. Il appartient, évidemment, aux initiés, de la faire jaillir de lenveloppe grossiére qui la contient et Tignore, et d’allumer, partout ot
il se peut, dans cette vie tourmentée, les foyers salutaires auxquels l’4me humaine se purifiera. Aimons donc la poésie. Aimons-la en conscience. Cette conférence ne vise pas a d’autre fin et je reviens 4 mon sujet.
Jai parlé, Mesdames et Messieurs, de lArt poétique symbolisé dans la personne de son plus merveilleux prophéte. Ai-je besoin de préciser auprés de ceux quiont réellement cultivé la poésie, et d’ajouter que notre Poésie nationale, celle dont il nous est permis véritablement de nous enorgueillir, se résume en un seul nom magique, comme la Gréce des Arts est toute synthétisée dans son grand chantre Homére, comme I’Italie spirituelle appuie sa gloire sur le Dante, ce géant de la pensée, comme |’Angleterre intellectuelle et vibrante s’est immortalisée avec Shakespeare, et ce nom, est-il nécessaire vraiment de le prononcer, et ne sommes-nous pas déja tout vibrants du nom de Victor Hugo? Victor Hugo! D’autres avant moi ont donné |’étymologie de ce nom prédestiné ou Victor, la victoire, s’accorde avec Hugo, ame, esprit, lumiére. Et que fut la vie de ce génie, sinon le triomphe afirmé de la pensée rayonnante ! A quinze ans, il a dit: « Ou Chateaubriand ou rien. » A vingt ans, il s’est dressé en Hercule dans les écuries de l’Augias classique ; il a renversé la froide Idole et il amis a sa place toute la vie palpitante et sonore, et tout un monde libéré et plein d’espoirs marche avec lui. Il s'impose, il domine, il combat. A cinquante ans, il ter-
rasse un empereur ; 4 soixante-dix ans, il entonne, sur ses ruines, l’hymne de foi dans la Patrie. Et quand il meurt, octogénaire, ses funérailles sont celles d’un dieu ; celles dont n’a jamais été glorifié sur terre aucun étre vivant. L’Arc de Triomphe, supréme hommage, derniére splendeur, l’Arc de Triomphe dont le rayonnement ne s’est offert qu’a des célébrations collectives et formidables, presque anonymes, |’Arc de Triomphe a prété sa volte grandiose, son ombre magnifique, sa gloire sans pareille au dernier sommeil de celui-la qui entrait deux fois dans léternité. Et que dire de cet hommage universel, spontané, épanoui sur sa dépouille dans la magnificence du rite funéraire, et que dire de cet univers prostré, pénétré de deuil, conscient d'un tel vide devant la disparition d’un seul homme, et le pleurant comme son héros ? Oui, véritablement, le nom fut l’homme, et nous pouvons le vénérer dans sa signification emblématique et dans sa grandeur affirmée.
D’autres poétes, assurément, partagent, avec justice, Phonneur d’avoir fait vibrer haut la musique des vers, le pathétique des sentiments, la noblesse des idées ; d'autres poétes, sout dignes, de toute évidence, de leur renommée et de notre admiration. Mais aucun ne peut soutenir, en vérité, une comparaison réelle avec ce titan du vers et de la pensée. Pour tous, la poésie fut ou un délassement, ou un passe-temps, ou un plaisir ou une consolation. Pour Victor Hugo, elle est plus: elle est une fonction. Victor Hugo est le seul exemple d’une
vie consacrée minute a minute 4 son art. Il y a travaillé avec acharnement, dans un débordement inlasssable de toutes ses facultés créatrices. Pas un jour sans une ligne, ce fut sa devise, et ila étonné le monde par sa virtuosité incomparable et par sa production absolument exceptionnelle. Et ceci explique cela. Sa prodigieuse habitude du vers, contractée, pourrait-on dire, au berceau, sa familiarité sans égale avec les difficultés d’un art, devenu pour lui naturel a l’égal de la parole, son expérience toujours en haleine, toujours a l’épreuve, lui ont permis, progressivement, de devenir le grand ciseleur inégalé du Verbe. Nous pourrons constater ainsi, en passant, que l’ardente loi dici-bas rattache tout a la méme cause: le Travail, auguste et salutaire, tend toujours a la perfection par la quantité et par la qualité. Aucune ceuvre d’autre poéte, méme la meilleure, n’a le souffle, la puissance, la profondeur, l’harmonie, l’enthousiasme, ni l’intense flamme de Beauté répandus dans son ceuvre maitresse, du premier au dernier de ses vers, coulés en plein bronze, taillés en plein marbre, découpés en pleine lumiére. Vous ne pourriez tenter de glisser dans cette ceuvre un fragment étranger sans commettre un sacrilége, un sacrilége portant en lui-méme sa révélation! Victor Hugo est seul; Victor Hugo est unique. Victor Hugo plane 4 une hauteur qui nous oblige tous, qui que nous soyons, a lever la téte pour le regarder.
Lui seul, aprés divers essais qui font étapes dans! his-
toire poétique, et que je n’ai pas le temps de détailler ici, a fait enfin du vers ce véritable langage des dieux qu'il est par définition, sans étre pour cela autrement abstrait, ni mystérieux. Il l’a employé comme une langue idéale, captivante et poignante, penétrante et persuasive, grandiose, somptueuse, ensoleillée, interpréte véritable du coeur et de l’Ame, du sentiment et de lidée, qui parle, saisit, entraine, éléve, éblouit et fait naitre, au plus profond de l’étre, des désirs insoupgonnés, des voluptés inattendues.
Et cette maitrise du vers, ne croyez pas, Mesdames et Messieurs, que Victor Hugo lait possédée dés son jeune age, ni mémedésses premiéres ceuvres importantes. Il y a une différence notable de facture entre ses productions d’avant la vingtiéme année et celles de la cinquantiéme et au-dela. Je vous ai parlé tout a Pheure du travail, du travail par lequel tout s épure etse magnifie. Lexemple le plus probant est la. Victor Hugo, grace a ses facilités énormes de production, s’est acquis, au fil des jours, une assurance plus grande dans l’art du vers et dans la subtile composition du poéme, jusqu’a pouvoir enfin, a lage de la plénitude de la force et des facultés, atteindre le sommet de gloire pure of nous le contemplons aujourd’hui.
Et nous ne pouvons mieux l’admirer, j’allais dire l’adorer, que dans ce livre marqué de toute sa formidable empreinte, de toute sa gigantesque personnalité, de tout son genie éclatant et palpitant, ce livre dhistoire, de
théologie, de philosophie, d’archéologie, de pensée auguste et d’art supréme, intitulé la Légende des Siécles. La Légende des Siécles est le livre des livres, la Bible, la quintessence de l’esprit et de l’idéal apportée en nourriture aux générations converties. On peut dire aussi que cest un monument, quelque chose comme un Arc de Triomphe élevé a la gloire del’-homme, sculpté en pleine réalité avec des ciseaux de Réve! C’est Pceuvre de poé sie frangaise la plus éblouissante, la plus grandiose et la plus pure.
« Faisons de la poésie » ai-je dit a ceux qui ont été touchés de la grace; « Aimons la poésie » ai-je dit a tous ceuX qui se sentent vivre. Aucune occasion plus favorable ne peut se présenter, et étudier La Légende des Siécles, la commenter, cest a la fois préparer et conduire les 4mes a lidéal latent qui les convie. Nous entrons en elle, en plein temple.
Si je m’adressais exclusivement a des théoriciens, je montrerais, au gré des pages, l’élégante souplesse du meétier, la vertu de la Loi Poétique respectée dans ses exigences les plus sacrées, le profit sans pareil de la Regle exploitée 4 l'extréme de ses plus belles ressources, et ceci 4 l’encontre et 4 la honte des poétereaux d’aujourd’hui pour qui la régle est un obstacle qu’il est évidemment plus simple de supprimer. Mais la n’est pas le but de cette conférence; elle s’adresse 4 la masse intelligente avant de s’adresser au collége initié, en espérant toutefois voir un jour celui-ci grossi de celle-la. Et
c’est dans la masse que le devoir impose de faire éclore et grandir l’amour du beau par la popularisation de la poésie. Et il est étonnant d’avoir a constater que, choyés des dieux au point qu'un génie réel et surhumain ait donné a notre langue l’essor définitif et éternel, nous n’ayons pas fait 4 ce génie, dans nos moeurs, dans nos institutions, dans notre vie, dans notre admiration, la place, et toute la place, qui lui revient. Songez qu’une seule poésie de cette Légende des Siécles eut sufh a consacrer le nom d’un homme; songez aux lecons multiples et incomparables quelle nous donne: legons d’amour, lecons de bonté, lecons de beauté, lecons de foi, lecons de sagesse et dart tout ensemble, d’enthousiasme et de sérénité ; songez aux horizons, aux apercus, aux prodiges qu'elle révele; songez enfin que ce fut la le plus sublime chant du plus sublime chantre de ?homme et de l’humanité, et peut-on concevoir vraiment que la foule ne soit pas davantage pénétrée de ses formules, de ses conceptions, de ses préceptes ; quelle n’ait pas appris par coeur plus de ses pages lapidaires, quelle n’ait pas mieux orienté sa marche vers les buts entrevus? Il y a la, de toute évidence, une lacune de reconnaissance inexplicable, et d ignorance coupable, a combler au plus tot. L’humanité meilleure, révée par le poéte, elle peut naitre, elle naitra au bercement des strophes, aux enseignements profonds, aux innombrables exemples de grandeur et de vertu donnés a médier dans son livre. La puissance du Réve est telle — sou-
ET LA LEGENDE DES SIECLES aT
venez-vous de Galatée dont la statue s’est animée sous les doigts enivrés de son créateur — que la réalité peut quelquefoisjaillir de la fiction. Pour avoir vu et voulu le monde plus beau, linaliénable loi du Progrés aidant, le monde, remué sans cesse par cette volonté et par cette vision, se prétera insensiblement 4 sa métamorphose. Le jour ot la foule aura compris tout ce que contient le mot « Poésie », quelle fera place et qu'elle rendra grace a ceux qui ont élevé en elle, non seulement leur coeur propre, mais le coeur de leur race, le coeur de Phomme éternellement saignant, ébloui et croyant, qu'elle regardera enfin ses poétes comme des prophétes, les prophétes de l’Idéal quwils demeureront toujours, ce jour-la, les luttes, les discordes, les désastres tomberont d’eux-mémes ; |’ Harmonie, Souveraine des Vers, débordant des sens et des 4mes, enseignera aux Peuples la grande Loi naturelle contre laquelle ils se révolteraient en vain; la fraternité désirée deviendra mieux qu'un mot. Car, s’il est vrai que toutes les foules ont eu leurs pasteurs, la foule éclairée ne se ralliera qu’a ses flambeaux; et quelles destinées plus belles pourraient lui étre offertes, quel avenir plus splendide pourrait lui sourire, quelle Terre Promise pourrait égaler en délices le Chanaan des poétes ? Pénétrons-nous bien de cette vérité: la Poésie en enchantant le peuple, le moralisera. Qu’on lui prépare donc des autels ot, dans la beauté révélée, l’'Ame des foules communiera ! Qu’on commente notre poésie ; qu’on lenseigne ! Qu’on l’apprenne !
Qu’on s’en pénétre! L’ceuvre de renaissance, due a notre passé glorieux, 4 notre avenir rasséréné, nous le
commande, et alors la France ne faillira pas 4 son réle d’éducatrice, d’élévatrice et d’éclaireur.
Ceci dit, feuilletons page 4 page, suivant le temps dont nous disposerons, cette immortelle Légende des Siécles. Ouvrons-la et remarquons sa dédicace, écrite a Guernesey :
A La FRANCE