II4 VICTOR HUGO
tutions, sur notre pays et sur le monde, un monument plus durable que le diamant. Puissance du verbe, profondeur de la pensée, magnificence du coloris, splendeur des mots; tous les moyens de l’artiste, toutes les ressources du philosophe, toute l’érudition du savant; la passion de l’adorateur, la terveur du prétre, la piété du saint, l’équité de l’archange, la sérénité du dieu ; toutes les vertus, toutes les matirises, tout le génie ; toutes les perfections ; le coeur, les fibres et l’'dme de Yunivers, tout palpite et vit dans cet édifice de travail surhumain, éternel, de la possible éternité de (Homme!
Victor Hugo a fait ailleurs, par définition, le livre rival de l’architecture. Ceci, dit-il, tuera cela. Le monument matériel croule et le livre, ce monument de |’esprit, demeure. Ainsi, au-dessus des siécles en ruines, au-dessus de tout ce qui fut en splendeur, en orgueil et en durée, au-dessus de toutes les nuits accumulées, La Légende des Siécles, a jamais debout dans sa majesté poétique, accomplit et accomplira son ceuvre de lumiére. Elle attire aelle pour tous Jes temps a venir, les plus sublimes aspirations, car elle oblige homme a s'interroger; elle va chercher, au plus profond de lui-méme, des raisons supérieures de croire et d’adorer; elle l’éclaire, elle Pinitie, elle le posséde ; elle le dépouille de sa matérialité brutale pour lemporter, sur des ailes subtiles, dans des régions insoupgonnées de la joie; elle en fait homme pensant, véritable roi de la Création.
Et cest parce que ce Livre est un piédestal d’or a
’Humanité, c’est parce qu’il est sa foi ardente et convaincue, c’est parce qu'il lui préte la souveraineté de ses élans, que Humanité rendra 4 !'CEuvre, dans l’accomplissement logique de ses destins, ce qu’ellea déja rendu a ’homme durant sa vie, cest-a-dire l’>hommage unanime de sa dévotion enthousiaste et consciente. Elle Paimera, nous l’aimerons. de tout notre esprit clair, sain, libre, que les réalisations magnifiques enlamment; nous l’aimerons de tout notre cceur droit, noble, pur, que les motions suprémes dilatent ; nous l’aimerons de tout notre amour du Beau, que la possession du Beau épanouit! Nous l’aimerons, parce que la Poésie, cette figure idéale du bien et du bon sur la terre, est incarnée en Jui. Nous l’aimerons, comme la supréme doctrine raisonnée, comme la divine parole incontestée, comme le culte vrai. 4 Ma seule ambition présente, Mesdames et Messieurs, est de penser vous avoir inculqué les premiers germes de cet amour, et je ferme ce livre rayonnant et fulgurant avec l’espoir de vous le voir ouvrir et méditer souvent.