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Victor Hugo et son temps

Sou M AI RE : Une ÎHe à Besançon en décembre 1880. — La maison où est ntî Victor flugo (26 février 1802). — Historique de cette maison. — Inauguration solennelle de la plaque commémorative de la naissance du poëte. — Réjouissances publiques. — Discours de M. Oudet, sénateur et maire de Besançon. — Discours de M. Rambaud, chef du cabinet du ministre de l'instruction publique. — Lettre de remerciement de Victor Hugo à ses compatriotes. — Couronnement du busto exécuté par David d'Angers. — Signification de cette cérémonie.

Le 27 décembre 1880, la ville de Besançon était en fête.

La pittoi-esque cilé franc-comtoise, dont l'origine remonte plus loin que la conquête romaine, pavoisait ses maisons. Des fanfares jetaient leurs notes joyeuses au vent qui les emportait vers les collines entourant la ville d'une couronne de pierres. Partout, au bord du Doubs, dans les rues, dans les carrefours, une foule parée se promenait, devisant en attendant l'heure fixée pour une cérémonie à la fois imposante et touchante.

La fête avait commencé la veille, qui était un dimanche, par une magnifique retraite aux flambeaux acclamée par les habitants qu'une même pensée animait. Une gaieté sincère éclairait les visages; la fierté se lisait dans les regards. Le même nom se répétait avec orgueil de bouche en bouche, excitant des transports d'allégresse et provoquant des exclamations.

Cependant, poussés par un vent assez vif, les nuages couleur d'ardoise se heurtaient; la pluie, à laquelle personne ne semblait prendre garde, tombait fine et drue. Sous le ciel inrlément, avec ses forts et sa citadelle que domine la Croix

du Treuchot, avec ses maisons de style flamand, ses sombres palais au fronton desquels se dessine l'aigle du Saint-Empire, non comme un témoignage de domination, mais comme un symbole des vieilles franchises et de la liberté municipale, Besançon aurait eu d'ordinaire un aspect sombre et triste ; mais les drapeaux et les oriflammes flottant aux fenêtres, les banderoles aux éclatantes couleurs, semblaient se rire du vent et de la pluie et jamais, par un clair soleil, les Bisontins ne manifestèrent une joie plus communicative et plus franche.

A midi cl demi, les principaux personnages de la ville et ceux qui étaient venus de Paris pour la fête se réunirent à la mairie. Ils se formèrent en cortège pour se rendre à la place Saint-Quentin, lieu du rendez-vous.

Le cortège était précédé par les musiques municipales, escorté par des soldats. En tête flottait le drapeau tricolore, entre le drapeau noir, or et rouge, qui est celui du Saint-Empire auquel Besançon a appartenu comme ville libre impériale, et le drapeau de la confédération helvétique. Les Francs-Comtois, dans toutes leurs fêtes, déploient de la sorte le drapeau helvétique à côté du di'apeau national, de même que les Suisses promènent dans leurs solennités la bannière de Besançon. C'est en souvenir des anciennes alliances des deux peuples voisins.

M. Oudet, sénateur et maire, avait à sa droite M. Rambaud, chef du cabinet du ministre de l'instruction publique, et à sa gauche le général WolfT, commandant le corps d'armée. Venaient ensuite des députations du Sénat, de la Chambre des députés; des généraux, des universitaires, le premier président, le neveu du Président de la RépubHque, le recteur de l'Académie, le préfet, la municipalité, les membres des conseils, les représentants de la presse. M. Paul Meurice représentait Victor Hugo,

Sur le parcours du cortège les façades étaient enrubannées, à l'exception des demeures possédées par l'aristocratie, par les nobles cléricaux qui avaient trouvé de bon goiît de ne se point mêler à une patriotique et populaire réjouissance.

Les députations s'arrêtèrent en face d'une maison de la grande rue vis-àvis de la place Saint-Quentin, qu'embellit une fontaine monumentale et d'où l'on découvre l'arc de triomphe des empereurs de Rome, les ruines romaines du square archéologique et la vieille citadelle qu'a décrite Jules César.

Une vaste estrade toute garnie d'arbres verts se dressait au devant de la maison; elle était recouverte d'un vaste pavillon constellé des initiales V. H. en papier d'or. De tous côtés, des oriflammes, des bannières, des trophées. Les fenêtres étaient garnies de magnifiques camélias en fleur et surmontées d'écussons peints et dorés sur lesquels ou lisait : limj Blas, Ihrnmn, les Orientales, etc.

Une immense guirlande de buis, émaillée de roses, brodait la frise et la corniche du toit et encadrait, en retombant, la sixième croisée du premier étage qui date du xv siècle et est formée de deux croisées jumelles à ogives.

Les personnages qui composaient le cortège prirent place sur l'estrade et

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