CHAPITRE XX
Sommaire ; Rùlc politique de Victor Hugo pendimt le règne de Louis-Philippe. — Les convictions du poëte en 1830; son respect pour le passé, sa foi en l'avenir. — Ses affirmations révolutionnaires au moment de l'établissement de la monarchie constitutionnelle. — Après la liberté littéraire, la liberté politique. — Rapports avec la presse. — Transformation et unité des croyances.
— Relations avec le roi. — Un portrait de Louis-Philippe. — La cour fait des avances au poëte.
— Deux remarquables causeurs. — La pairie (avril )8i5). — Premiers discours à la tribune. — Préludes de la révolution de ISiS.
(( Je n'ai pas vieilli d'un jour sans m'ameiider d'une erreur », s'est écrié un jour un écrivain illustre et sincère. » Je suis fils de ce siècle, a ajouté le
poëtt
une ei'reiir, chaque année,
S'en va de mon esprit, d'ellc-m^me étonnée.
Cette parole résume l'Iiistoire des croyances politiques de Victor Hugo qui, ayant, c'est son aveu, traversé beaucoup d'erreurs, veut que sa vie soit ouverte à deux battants à ses contemporains. Après avoir subi les conséquences de son éducation première, après avoir été, comme presque tous les hommes du commencement de ce siècle, illogique et probe, légitimiste et voltairien, chrétien littéraire, bonapartiste libéral, socialiste à tâtons dans la royauté, il croit que, malgré ses aberrations successives, malgré les erreurs de son esprit, à la suite des luttes dans son âme entre la royauté à lui imposée par un prêtre et par sa mère, et la liberté à lui recommandée par un soldat républicain, la liberté contre laquelle il n'a jamais écrit une ligne, a fini par vaincre. De là, selon lui, l'unité de sa vie, l'amour 'immuable de la liberté qui dans la philosophie est la Raison; dans l'art, l'Inspiration; et dans la politique, le Droit,
Le récit de la marche de son esprit vers la vérité, sans jamais un pas en arrière, l'histoire des révolutions intérieures de sa conscience, si résumée qu'elle puisse être ici, prouvera la sincérité de son allirmation.