AVERTISSEMENT 1) EXPULSION
même. Je déclare au Deux-Décembre, en sa personne, que l'expiation viendra, et que, de France, de Belgique, d'Angleterre, d'Amérique, du fond de la tombe, si les âmes vivent, comme je le crois et l'affirme, j'en hâterai l'heure. M. Bonaparte a raison : il y a, en effet, entre moi et lui, une querelle personnelle, la vieille querelle personnelle du juge sur son siège et de l'accusé sur son banc. »
L'avertissement passa sans encombre, mais à Jersey comme en Angleterre, on commençait à refléchir aux bénéfices de l'alliance avec Napoléon; peu à peu les journaux de l'île se tournaient contre les proscrits, auxquels ils s'étaient longtemps montrés favorables, et la situation était déjà tendue lorsque fut reproduite dans l'Homme, peu de mois après l'incident Bobert Peel, la lettre de Félix Pyat dont nous avons parlé.
Cette lettre était adressée, avons-nous dit, à la reine d'Angleterre. Pyat faisait des réflexions piquantes sur le voyage de la souveraine en France. Il la
21h VICTOR HUGO ET SON TEMPS.
félicitait d'être revenue saine et sauve, d'avoir assisté aux bals, aux concerts, aux illuminations, aux fêtes célébrées en l'honneur de la guerre de Crimée ; mais il reprochait à la reine constitutionnelle d'être allée voir un tyran parvenu, d'avoir mis sa main dans la main de cet allié, d'avoir sacrifié sa dignité, ses scrupules, son orgueil, son rang, sa race, son sexe, pour l'amour de cet allié. Enfin, chose grave, il .la plaisantait d'avoir mis Canrobert au Btihi.
Cet inoffensif calembour mit le feu aux poudres. Jersey s'émut.
On accusait sa chère souveraine d'impudicité; on insinuait qu'elle avait déshabillé un homme et l'avait mis nu dans une baignoire!
La police révoltée provoqua un meeting d'indignation; le coup d'Etat avait trouvé son prétexte. Sur tous les murs de Jersey furent collées aussitôt des adiches gigantesques et de toutes couleurs, ainsi conçues :