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M'" SARAH BERMUARDT
LES NOCES d'oK D'ilcninni \ LA COMÉDIE FRANÇAISE
Sarah Bernhardt récite la « Balaille d'Ilcrnani », de François Coppée.
A l'issue de la représentation M"" Marie Laurent, la principale interprèle du drame, déclama de sa voix superbe les strophes écrites pour la circonstance par Théodore de Banville.
Voici quelques-uns de ces beaux vers :
Tu ne te lassais pas de ce drame qui t'aime Et qui semble un miroii- magique où tu le vois, 0 peuple I car Hugo le songeur, c'est toi-môme, Et ton espoir immense a passé dans ta voix.
C'est lui qui te console et c'est lui qui t'enseigne : Sans le lasser le temps a blanchi ses cheveux. Peuple ! on n'a jamais pu te blesser sans qu'il saigne, Et quand ton pain devient amer, il dit : j'en veuxl
G Job mourant! sa bouche a baisé ton ulcère,
Et cependant un jour, parmi les deuils amers,
L'exil, le noir exil l'emporta dans sa serre »
Et le laissa, pensif, au bord des sombres mers.
11 méditait, privé de la douce patrie; Et, lui que cette France avait vu triomphant, Il ne pouvait plus même, en son idolâtrie. S'agenouiller dans l'herbe où dormait son enfant!
A ses côtés pourtant, invisible et farouche, Némésis, au courroux redoutable et serein, Épouvantant les flots du souffle de sa bouche. Crispait ses doigts sanglants sur la lyre d'airain.
Mais le jour où la guerre entoura nos murailles, Où le vaillant Paris, agonisant enfin.
Succombait et sentait le vide en ses entrailles, 11 revint, il voulut comme nous avoir faim!
Quand sur nous le carnage enfla son aile noire,
Quand Paris désolé, grand comme un Ilion, ;•'.
Proie auguste, servit de pâture à l'Histoire
On revit parmi nous sa face de lion. '• ''
Et puis, enfin l'aurore éclata sur nos cimes Le rêve affreux s'enfuit par le vent emporté, Et, frémissant encor, de nouveau nous revîmes Fleurir la poésie avec la liberté.
Les applaudissements saluèrent ces beaux vers, écrits par l'un des plus fervents disciples du maître, par Théodore de Banville, un maître, lui aussi, en l'art des vers, et qui non seulement sait jongler et jouer avec les rimes d'or, mais qui encore se plaît à égayer les amis des lettres, les amateurs des fines oiselures au moyen de contes joyeux, créés par son imagination, son humour et sa fantaisie.