UN CLASSIQUE
(Dessin de Victor Hugo.)
Plus tard, dans un moment de bonne humeur, il crayonna sur une marge du livre de M. Auguste Vacquerie, Profils et grimuccs, cette « charge » d'un classique, que nous reproduisons.
Quel est ce vieux fat, qui place en ricanant son pouce dans les entournures de son gilet, et qui, insolent, satisfait, dédaigneux, déclare ne point aimer la poésie nébuleuse? Est-ce le satirique Destigny, qui a qualifié les romantiques de gens ridicules et frénétiques
Comme un troupeau de fous sortis de Cliarenlon?
Est-ce Duvergier de Ilauranne ? Est-ce l'illustre Viennet, qui fut, avec Baour-Lormian, un des chefs les j)lus indécrottables et les plus superbement
bêtes de la résistance absolue, de la lutte à outrance contre le romantisme?
Ce pauvre Viennef, nous lui devons en passant un souvenir.
Il voulait le repos de l'État, « parce que le sien en dépendait ».
Il servit de tête de Turc à plusieurs générations, mais il se moquait bien des sarcasmes et des épigrammes.
— Une fable de moi suffit, disait-il, à réduire mes ennemis en poudre. Il fut le plus illustre représentant de la sottise satisfaite d'elle-même, et
ne supposa jamais que quelqu'un lui fut supérieur.
Sa vanité l'empêchait même de comprendre ce qu'on pensait de lui.
Un soir, dans un salon, il se vantait, avec l'air d'impertinence qui lui était particulier, d'avoir terminé un poëme de trente mille vers.
— Que cfites-vous de cela? demanda-t-il, en se dandinant, à quelqu'un.
— Je dis, répondit l'interlocuteur, qu'il faudra quinze mille hommes pour lire ces trente mille vers.
Et Viennet s'éloigna souriant.
Une autre fois, chez M'"" Gay, il soutint que Lamartine se croyait le premier homme politique de son époque, et n'en était pas même le premier poète.
— Il n'en est pas non plus le dernier, riposta M"'° Gay, la place est prise.
Le dessin de Viclor Hugo pourrait donc, comme il convient, rappeler la physionomie de M. Yiennet.
Ou bien cette caricature personnifie un autre immortel, qui appela les romantiques des pourceaux.
Ou bien encore elle représente le célèbre Népomucène Lemercier, qui signala les œuvres de la nouvelle école à la justice de son pays, et enfanta, plein d'indignation, cet alexandrin formidable:
Avec impunité les Hugo font des vers!
Nous en sommes réduits à des suppositions, mais il faut avouer que le poêle s'est suftisamment vengé. Il a fait mieux encore, il a pardonné ; il ne se souvient plus de ces colères impuissantes et ridicules.
Ce sont là les premiers engagements d'une lutte épique, amusante et héroïque, qui se terminera par l'éclatante victoire du romantisme et de son général en chef.
Mais au moment oii Victor Hugo s'attirait les haines littéraii es, il s'aliénait les sympathies des royalistes à la suite d'un incident politique qui eut un grand retentissement.
C'était au mois de février 18'27.
L'ambassadeur d'Autriche à Paris donna une soirée à laquelle il invita les plus illustres personnages de France. Les maréchaux, anoblis par Napoléon I",