‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 49 sur 198 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

se rendirent à celte fête. L'huissier de l'ambassadeur, qui avait reçu sa consigne, supprima les titres de noblesse; quand le duc de Dalniatie se présenta, il annonça, ayant bien appris sa leçon : M. le maréchal Soult ; au lieu du duc de Trévise, il dit : le maréchal Mortier ; au lieu du duc de Raguse, le maréchal Marmont, et ainsi de suite pour le duc de Reggio, le duc de Tarente et tous les autres ducs de création impériale qui, quoique chacun d'eux eiit donné son nom de duc, furent annoncés sous leur nom de famille.

Cela élait une insulte à l'armée tout entière. L'Autriche se vengeait des victoires de l'empereur. Les maréchaux se retirèrent silencieux; mais l'aventure fit scandale, et Victor Hugo, outré de l'injure faite aux compagnons d'armes de son père, se chargea de la vengeance et riposta à l'affront.

Il écrivit aussitôt ï'Ode à la colonne Vendôme, qui fut imprimée à part, ainsi qu'un grand nombre de ses poésies politiques.

11 célébra le monument vengeur, la colonne étincelante, le bronze souverain, et s'écria indigné :

Que l'Aulriche, en rampant, de nœuds nous environne,

Les deux géants de France ont foulé sa couronne!

L'histoire qui des temps ouvre le Panthéon

Montre empreints aux deux fronts du vautour d'A'lemagne ^

La sandide do Charlemagne

L'éperon do Napoléon!

Il chanta la colonne d'oîi si haut parle la renommée, et que l'étranger admirait avec efQ'oi, n'osant pas étaler ses parades oi-ives devant ses batailles d'airain.

Ses accents indignés, qui font pressentir le poëte des Gluîliments, le firent accuser de désertion, de trahison par les amis des Bourbons revenus eu France à la suite des Autrichiens.

Le jeune homme partageait alors l'opinion de son père et donnait raison pour quelque temps à la prédiction.

L'insulte faite à des soldats héroïques l'avait transformé, il flagellait nos envahisseurs, courageusement, sans souci des inimitiés terribles qu'il se préparait. Les royalistes, dès lors, non seulement l'abandonnèrent, mais encore le calonniiérent ; il doublait fièrement le nombre de ses ennemis à l'heure de la bataille décisiv.'.

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