CHAPITRE XI
préface de Cronnvcll devint en quelque sorte le mot de ralliement des jeunes.
Théophile Gautier, qui n'était pas encore alTilié à la bande romantique, et qui dessinait des académies dans l'atelier de Rioult, ei. Irait dans des colères féroces en lisant les injures des petits journaux cla«siqucs.
U Mi: V I Ë I I. L h: M A I s O .N A U L 0 1 : (Dessin du Victor Hugo.)
A ses yeux, et aux yeux de ses compagnons, la Préface rayonnait « comme les Tables de la Loi sur le Sinaï » ; les arguments leur semblaient sans réplique.
Ces quelques notes suffisent, croyons-nous, à indiquer l'émotion produite par l'œuvre qui parut dans les premiers jours de janvier 1S28, chez l'éditfur
Ambroise Dupont, avec celle dédicace : (( A mon père ; que le livre lui soit dédié comme l'auteur lui est dévoué. »
Le général Hugo, ta qui le gouvernement avait rendu son grade et son traitement, se trouvait alors momentanément à Paris.
Il avait quitté Blois, la ville aux vieilles maisons, aux pittoresques manoirs, que Victor Hugo, pendant son séjour chez son père, se plaisait à dessiner.
Il était venu, accompagné de sa seconde femme, assister au mariage de son fils Abel avec M"" Julie de Monferrier, et il comptait rester quelque temps près de ses enfants et de ses petits-enfants.
Viclor Hugo en possédait déjà deux : Léopoldine et Charles ; un troisième, Victor (François), allait naître. Le général s'était logé près de cette jeune famille afin de la voir tous les jours.
Dans la nuit du 28 au 29 janvier on vint réveiller le poëte, qui avait dîné avec son père ; celui-ci venait d'être foudroyé par une attaque d'apoplexie.
Quelques mois auparavant iM'"" Foucher était morte. Lrs deuils, comme toujours, succédaient aux fêtes.
Le général Hugo, nous l'avons dit, était, en même temps qu'un grand soldat, un remarquable écrivain militaire. Il a laissé, outre le Journal historique du bl'icus de Thionville, un mémoire sur les moyens de suppléer à la traite des ne ;:'es par des individus libres; deux volumes de Mémoires souvent consultés eiicore, et qui, d'après Michaud, sont écrits avec clarté et méthode et contiennent beaucoup de détails utiles pour l'histoii'e de la Vendée, de Naples, et surtout de l'Espagne. En outre, un roman en trois volumes publié sous le nom de Sigisbcrt et intitulé l'Arciiliirc tyrolienne. Enfin un grand traité des places fortes, dont il s'occupait depuis longtemps.
On assure qu'un gouvernement étranger, ayant eu connaissance de l'importance et du mérite de ce travail, chercha à se l'approprier en offrant une somme considérable au général Hugo, qui repoussa cette proposition avec indignation. Cependant le manuscrit, dont le gouvernement français avait demandé la communication, resta enfoui dans les cartons du ministère, par suite derimpéritie de l'administration.
Le général ne s'était pas plaint. Il fut un grand cœur et un vaillant homme. Le poëte le pleura, puis continua sa tâche.
Avant de continuer le récit de ses luttes, il nous faut rappeler qu'une pièce à laquelle il avail collaboré en compagnie de Souinel, fut outrageusement siinée à l'Odéon. Cette pièce se nommait Amij liobsnrt. Elle était tirée d'un roman de Walter Scott, le Château de KenihvortJt, et Victor Hugo avait dixneuf ans quand il en écrivit les trois premiers actes, dont M. Soumet ne fut pas satisfait, ce qui décida Victor Hugo à la terminer à sa guise.
Il n'y songeait plus depuis longtemps, lorsque le succès obtenu par la représentation des drames de Shakespeare cà Paris fit croire à M. Paul Fouclier. qu'une pièce dans laquelle le comique s'alliait au tragique pourrait réussir.