CHAPITRE XII
SoMMAfBB : L'enfanieDient d'une grande œuvrî. — Le temps qu'il fallut pour écrire Marion dt Lorme, ea juin 1829. — Une lecture chez Devéria. — Trait de sensibilité d'Alexandre Dumas. — Le pardon de Didier. — Un mot d'Énaile Deschamps. — Steeple-chase de directeurs de théâtre. — La censure de Charles X. — Audience royale. — Interdiction sans appel. — Le roi offre au poëte un dédommagement. — Refus de pension. — Embarras de M. Taylor. — Bernani. — Mademoiselle Mars pendant les répétitions. — Les rapports des censeurs.
Convaincu, ainsi qu'il l'a toujours affirmé avec énergie, que l'écrivain doit corriger un ouvrage faible ou contesté par une production meilleure, il fit Marion Belonne.
Deux ouvrages importants précédèrent ce drame : les Orientales et le Dernier jour d'un conda>nné. Nous les étudierons plus loin et nous abandonnons pour un moment l'ordre chronologique des productions du poëte, afin d'examiner son œuvre dramatique.
Au commencement de 1829, grâce à la libérale influence de M. Taylor, le Théâtre-Français s'était permis une tentative hardie; il avait joué Henri III, le beau drame « romantique » d'Alexandre Dumas. Henri III avait obtenu un succès considérable. Ce fut à la première représentation de celte pièce que le brillant écrivain fit la connaissance d'Alfred de Vigny et de Victor Hugo.
Celui-ci, encouragé par la réussite de cet ouvrage, dit à l'heureux auteur: « Maintenant, à mon tour. »
Et, le lendemain, il choisit, parmi les différentes physionomies historiques qui tentaient son esprit et son imagination, la figure de Marion de Lorme.
Quelque temps il vécut en face d'elle, méditant, créant ses personnages. Ce mode de travail appartient aux grands artistes ; ils ne saisissent la plume ou le pinceau que lorsque les êtres auxquels ils veulent prêter la vie ont déjà leur lorme définitive. De même que Minerve sortit tout armée de la tête de Jupiter, ainsi les héros, fils des poètes, jaillissent avec leurs passions, avec leurs vices et leurs vertus, du cerveau de leurs pères.
Aucune œuvre importante de Victor Hugo n'a été écrite avant d'avoir été pensée, faite d'avance; les plus superbes de ses strophes, les plus admirables