‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 98 sur 198 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

M'"' Yictof Hugo répandait sur son intérieur ce calme, ce rayonnement de beauté et cette chaste aflection de femme qui attirent toujours.

Les premières années furent toutes parfumées de bonheur et de poésie. Mais la renommée de Victor Hugo grandissant chaque jour, l'intérieur de la maison fut un peu troublé de toute cette gloire. Les angoisses, les tourments,

les soucis pénétrèrent dans cette vie si bien murée et jusque-là si habilement défendue.

M'"' Hugo à la place Royale vécut tranquille, grave et sereine au milieu des quatre enfants qui faisaient son orgueil.

Un ami de la maison, M. Louis Boulanger, fit le portrait de la charmante femme du poëte, qui fut exposé au Salon et qu'à cette époque on apprécia de la sorte : « La gorge pleine, développée et chaste ; un bras vigoureusement relevé en ombre et en lumière, d'un dessin merveilleux , d'une beauté parfaite, un bras blanc et nu qu'on sent naître sous un bout de manche se termine par les plus ravissantes mains qu'on ait jamais vues, des mains potelées et fines, qu'envieraient des bras de reine; les hanches relevées, saillantes et fortes, font merveilleusement valoir la taille qui est d'un contour correct et flexible. «

Telle était la compagne que \'ictor Hugo ne cessa d'entourer de sa vénération.

Elle savait avec une grâce infinie faire les honneurs de ce salon dans lequel passèrent tant de gloires : Lamartine lui-même, qui écrivit sur l'album plus d'un quatrain, et aussi M''° Delphine (lay devenue M"'^ de Girardin et qui signait alors dans la P7-essc les spirituelles et inimitables lettres du vicomte de Launay.

C'est dans ce journal qu'elle conta, de manière si piquante et si émue à la fois, la réception de Victor Hugo à l'Académie, qu'elle étudia son œuvre dramatique, et qu'elle flagella Sainte-Beuve , comme une femme de cœur et de talent peut seule flageller un homme.

Tous les soirs les visiteurs affluaient dans l'hospitalière demeure, attirés par la simplicité gracieuse de la femme, par la distinction, par la bonté et par l'humeur joyeuse du poëte ; celui-ci, après que chacun s'était retiré, sortait d'ordinaire. l\ était alors noctambule. 11 s'en allait, armé d'une canne à bec recourbé, traversait Paris et remontait à travers les Champs-Elysées jusqu'à l'arc de triomphe. C'était l'heure où il aimait à travailler, au milieu du silence de la nuit, en marchant. 11 se plaisait seul avec ses pensées, à travers les rues silencieuses, sous les arbres des Champs-Elysées, et trouvait de la sorte, il nous l'a maintes fois répété, mieux que dans son cabinet d'étude, les plus belles images poétiques, les réflexions les plus profondes.

Pendant longtemps aucune aventure ne troubla ses promenades. Une fois seulement, il se heurta dans l'avenue à un amas de chaises, qui barrait la chaussée et qu'il fallut escalader.

Mais quelques jours après il eut à subir, près de la rue des Tournelles, une attaque plus grave. Une bande de filous l'attendait au coin de la rue et se précipita sur lui. 11 fut renversé et allait être dépouillé, lorsque des passants dérangèrent les voleurs qui s'enfuirent en injuriant tout bas la victime, qui leur échappait.

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