I . « J'ai hésité à vous prier de me tcnii
au courant d'une chose qui me revicni
souvent en tête, à cause d'Adèle. VoLb
, ^ savez, cette dame, la belle dame de li'
\ Porte-Saint-Martin, qui, dans ses projcu
de réforme, a quitté son grand appartement pour un plus modeste, la princesse ^ Negroni, enfin; cela donne-t-il toujoun
des inquiétudes à Adèle? Où en est h conversion de la princesse? Je voudrais bien que la liaison qui continuait lors de mon départ, se terminât, et que ce fût i la satisfaction de ma fille. Il est bien entendu que tout ce que vous m'écririe/
sur ce chapitre serait de vous à moi, seulement. »
Le 9 juillet, M. Foucher, ayant reçu les renseignements qui lui tenaient si fort au cœur, répond :
« Mille remerciements de vos détails sur la princesse Negroni. Je suis bien aise qu'Adèle soit tranquille et qu'elle ne dcmente pas sa conduite. »
Un mot de poésie, entre temps.
Rennes, 24 mai.
« Nous parlons ici beaucoup de vous
tous. Rien n'est indifférent de ce qui concerne les parents parisiens. L'hôtel Toulouse et la place Royale accaparent nos conversations. On prétend, à Rennes, que Charles Nodier a fait renoncer Victor Hugo à la publication de ses poésies politiques? Vous pouvez savoir ce qu'il en est. »
.\i\::ors, i835. — Le mariage de M. Victor Pavîe.
— Voyage de M"» Victor Hugo et de M. Pierre Koucher. — Une noce angevine. — David d'Angers. — Les trois festins. — Voyage sur la Loire. — Arrestation de Raspail. — Léopoldine et les gendarmes. — Les Ursulines de Nantes.
— - Retour de noce. — Sainte-Beuve : « A d'autres, cher Pavîe ! » — Nouvelles de Victor
Hugo; ses lettres de voyjge. — Quatrain qu'il a laissé sur la table de a THôtel de la Punaise, p
— Son adieu h Taubergiste de « la Hure. » — Un détail.
Ils étaient en ces temps-là les jeunes et les heureux ; tout leur fut triomphe et jiic, à ces. appelés de la Muse. Un des plus /inivables parmi ceux qui ont laissé un -ouvcnir dans les chroniques volantes de IVpoque romantique, M. Victor Pavie, se f.xant dans sa province où il allait se marier, avait invité aux fêtes de sa noce ses -mis littéraires, Victor Hugo, Sainte- Beuve et les anciens disciples du cénacle, restés touchés de la grâce, les adeptes de la première envolée.
Sainte-Beuve, dans la dernière édition qu'il a donnée de ses poésies, n'a pas oublié Victor Pavie 5 il lui consacre cette
note mise au bas^ de celle des Pensées d'août qui est intitulée : A Victor Pavie^ le soir de son mariage.
« Victor Pavie, d'Angers, un de nos plus jeunes amis du temps du cénacle, resté le plus fidèle en vieillissant à toutes les amitiés, à toutes les admirations, à tous les cultes de sa jeunesse ; quand tous ont changé, le même ; conservé, perfectionné, exalté et enthousiaste toujours ; la flamme au front, un cœur d'or. A le voir d'ici, à travers notre tourbillon et du milieu de notre dispersion profonde, je le compare à un chapelain pieux qui veille et qui attend ; je l'appelle le gardien de la chapelle ardente de nos souvenirs. »
Sainte-Beuve était du voyage d'Angers, en juillet et août i835; Victor Hugo ne vint pas, mais M"* Victor Hugo et sa fille, Léopoldi ne, conduites par M. Pierre Fouchcr, acccpicTcnt Tinviiation de la fa-
mille Pavîe. Elles prirent à Chartres Thorrible diligence qui portait le courrier de Vendôme et du Mans ; et comme elles faisaient leur entrée dans la ville d'Angers, elles rencontrèrent le célèbre critique qui arrivait par la levée de la Loire.
Je retrouve les lettres de M. Pierre Foucher racontant à ma mère son voyage avec sa fille et sa petitç-fille ; il fait un très pittoresque récit de cette plantureuse noce angevine, où la poésie coula à flots, en même temps que les jolis vins du pays :
Angers, 2ij juillet i835.
« Ma bonne petite sœur, ne vous étonnez pas que je ne vous aie pas écrit dès mon arrivée. Songez à la fatigue de trente heures de route dans un nuage de poussière et avec une chaleur d'enfer. J'étais anéanti, ou plutôt nous l'étions tous, jusqu'à M. de Sainte-Beuve qui arrivait par
5o VICTOR HUGO INTIME
la levée, tandis que nous nous présentiez par le chemin du Mans. Aussi n'avor. .
nous fait qu'un bond, du bas de la vt!ture aux bains publics...
« Le point de la route où nous avons 1, plus souffert, a été de Chartres au Man>:
il y a eu un instant où je me suis prcsqu, trouvé mal. Adèle me faisait appuyer L tête sur son épaule, bien qu'elle eût D:dine couchée sur elle. Chaque fois que Ic> chevaux s'arrêtaient la nuit, pour reprendre haleine ou pour tout autre cause, (•:
entendait sortir du fond de la voiture une petite voix et ces mots : « Un verre d'eau.
s'il vous plaît! » C'était Didine. Une autiv voix succédait : « Faites-nous donner dt l'eau, je vous prie. » C'était Adèle. Mais de l'eau ne m'allait pas. Adèle, inquiète un moment de mon état, voit passer des vaches, fait arrêter d'autorité la voiture et se fait donner une pinte de lait... Elle a eu là un beau moment et je Tembrassc
VICTOR HUGO INTIME 5l
sur les deux joues, toutes les fois que j'y pense.
a Nous avons été reçus ici à merveille, comme vous le pensez. Les MM. Pavie nous attendaient à la voiture. Le lendemain lundi, des berlines étaient prêtes, et nous avons été transportés à Saint-Melaine, au bruit des fouets des postillons. Saint- Mclaine, distant d'Angers de trois lieues, est le pays de la mariée. »
Ici l'écriture de M'"*" Victor Hugo qui continue la lettre de son père :
Nantes, rî août, ce Mon père en était là de sa lettre, lorsqu'il a été appelé. Depuis nous avons toujours été en mouvement et par chemins.
Maintenant nous voici à Nantes, bien rompus, bien fatigués, surtout mon père...
Nous attendons qu'il soit un peu mieux pour reprendre le chemin d'Angers, et ce
sera là qu'il pourra écrire à ses amis. Les parties de plaisir se présentent pressées coup sur coup...
« AL de Sainte-Beuve, qui est ici, s'unit à nous. »
Semaine des fêtes :
Anîçcrs, 3 août, a Me voilà, ma chère petite sœur, remis encore une fois sur pîed... Nous sommes toujours roulant, marchant, faisant et j j défaisant nos valises... C'est sans doute
1 , duperie que de dépenser ainsi sa pauvre
1 vie sur les chemins. Que voulez-vous?
I Je me suis embarqué là-dedans, je ne dois
I pas faire les choses à demi.
i « Je vous dois la relation des cérémo-
\ nies du mariage... Partis le lundi 27 pour
Saint-Melaine, nous fûmes présentés à la famille de la future. Je ne sais comment Pavie l'entendait en disant que celle-ci
abondaît en son sexe. Je n'aî vu de saillant en elle que de gros et beaux sourcils, ainsi que le nez. Du reste, une brune, de taille moyenne, qui a du charme dans le regard et des manières tout à fait aimables; de la modestie et de la présence d'esprit. Mon logement avait été préparé dans un manoir distant d'un quart de lieue, où une vieille domestique a eu passablement soin de moi.
« Le lendemain mardi était le grand Jour. Dès huit heures du matin quarante à cinquante personnes, tant parents qu'amis, formaient cercle dans le salon de Saint-Melaine. Il s'agissait de la lecture du contrat. Le notaire, vieux muscadin, a fait cette lecture, ayant à côté de lui les chefs des deux familles, et il a appelé à signer, chacun à son ordre de parenté et de rang. Tout le monde a signé, y compris Didine, que la chose amusait
beaucoup. Ce notaire était passablement
▼ ICTOR HUGO INTIME
ridicule dans les efforts qu'il faisait po se conserver un air coquet, et suno pour présenter galamment la plume a; dames.
« A ce personnage qu'Adèle ne peu:
digérer, succéda un gros père qui se ceignît d'une écharpe tricolore. C'était le maire, ami de la maison, qui allait procéder à la célébration civile dans le salon même. La table du contrat devînt le bureau municipal. Les deux époux s'avancèrent timidement et les deux oui furent prononcés pourtant avec fermeté.
« La jeune épouse laissa échapper quelques larmes, et son père lui dît d'un ton \ solennel : « Ma fille, signe avec confiance. «
j Le bon père Pavie fut vivement touche
I de ces trois mots qui étaient tout un éloge
j pour son fils.
1 « La mariée était mise comme le sont
' toutes les mariées, tout en blanc. Une
• robe de damas de laine d'un bon choix.
■ I Mr II I-—
Les cheveux à la Clotilde ; une couronne Je fleurs d'oranger et un riche voile de blonde. Puis des girandoles, un collier et une agrafe ou broche de diamants. Tout cela, de Taveu des dames, était arrangé avec goût.
« Après la cérémonie civile, les époux et toute l'assistance se sont mis en marche vers l'église; nous formions une assez longue procession que le son des cloches annonçait à tout le pays.
« M. et M"'" David, ainsi que M. de Sainte-Beuve, étaient des nôtres.
c< L'église de Saint-Melaine avait mis dehors toutes les pompes de la sacristie.
Un vieux prêtre, oncle de la mère de la mariée, était le célébrant, le curé de la paroisse l'assistait. Nous eûmes à entendre un long discours en partie touchant, en partie un peu trop explicite^ sur l'article du : « Croissez et multipliez I », ainsi que sur les procédés à observer par
l'épouse pour amener l'époux à faire s^ volonté. Mais tout cela était dit avcc une naïveté campagnarde qui commandai:
notre indulgence.
« Au retour de l'église, déjeuner d.
quarante couverts sous une tente orncv.
I de fleurs et de feuillages. — Ensuite rela-
1 che. — Vers les quatre heures, rentrée a.:
• salon, et à six heures dîner splcndide. —
i Retraite à dix heures et le lendemain mer-
' credi, nouveau déjeuner sous la tenic
avant le départ pour Angers.
a Ces trois repas ont été de véritables festins. Vous auriez admiré l'énormitc des saumons et des brochets. C'étaient des monstres que flanquaient les faisan^ et les perdreaux. Cet Anjou est un vrai pays de Cocagne. L'abondance et la variété des vins était vraiment chose mcr- I ^ veilleuse. Adèle en est encore dans l'ad-
miration.
« Des calèches et chaises de poste nous
avaient portés à Saint-Melaîne, les mêmes voitures nous servirent pour le retour.
i( Entre Angers et Saint-Melaine sont les Ponts-dc-Cé, sur la Loire.
« Vous savez que Victor voulait acheter le château qui est situe' dans une des îles que lient les ponts. On le lui aurait donné pour .rien qu'il aurait fait une mauvaise affaire, car il faudrait cent mille ccus pour rendre ce triste manoir habitable.
K Le lendemain jeudi, dès sept heures du matin^ nous étions sur le bateau à vapeur. Je vous fis, en 1825, ma petite sœur, la description de cette traversée.
Adèle vous dira que j'étais au-dessous de la vérité. Elle ne quittait pas le ton admiratif: « Que c'est beau !...' mais c'est sublime ! » Depuis le départ jusqu'à l'arrivée, pas d'autres paroles. Au retour, le plaisir était plus vif encore parce que les paysans endimanchés semblaient s'être
donné rendez-vous le long de Teau sur i.
deux rives, et parce que, grâce au ve:
d'ouest, les nombreux bateaux et fel' • ques de la Loire avaient toutes leur grandes voiles dehors.
« A notre arrivée à Nantes, nous avor éprouvé un des contre-coups de Tévcm ment déplorable de Paris. Un gros d gendarmes nous attendait au débarcadcu en vue de la Seîlleraye, où Raspail vena d'être arrêté. Nos passeports ne furer pas trouvés en règle ; ils manquaient, dit on, du visa, et nous fûmes retenus, con fisqués sur la rive sans trop savoir ce qu nous allions devenir. Enfin le chef de gendarmes, après avoir pris des notes, c nous avoir entendus dans nos explica tions, nous laissa libres. Ce qu'il y a d singulier, c'est que ce petit incident qi m'agitait, faisait rire Didine. Cela lui raf pelait, dit-elle, les gendarmes qu'elle ava vus dans Robert-Macaire.
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tf M. de Sainte-Beuve était tout aussi ;îte que moi. II ne se rappelait plus les >jîs charmants de Joachim du Bellay, . j*îl nous avait récités en face du non r.oîns charmant village de Liré-sur-Loîre, i atrie de ce poète, et que je vais vous transcrire à la fin de cette lettre, présuriant qu'ils vous feront autant de plaisir .|u'à nous.
« Les auberges de Nantes regorgeaient, et nous n'avons trouve place qu'au grand hôtel de France, où, logés seigneurialement, nous avons bien malgré nous, payé en seigneurs. Les B. étaient nos voisins, nous avons pu les voir et dîner avec eux.
Mais le point le plus saillant pour Adèle, de notre court séjour à Nantes, a été la découverte qu'elle a faite de toute une nichée de tantes et de cousines par les Hugo, dans le couvent des Ursulines, où )c l'ai conduite. Elle a trouvé là la sœur et la tante de M""* Hugo, plus la fille et la
6o tictjwl hvst. :%t:k£
pctite-fiîle du frère de !a irJ—e. T:.-.
ces bonnes tlles l'en: j-cc-i!'.':; î e: .-.
vive tendresse, au p:;r.: q-Wi.e It.: .
fait une deuxième visite av^r.: d= j r. quoique la dîsunce fu: assez c:' s'i-':/: .
« Xousavor.s aussi été v:,:rzi:re é !..
qui nous a fait les hin::^-.'^ de sir. îT:
ainsi que mon bon char.s:r.e Geiy :.
pleurait en m'enibrissint. SaJr.te-E;. .
présent aux scènes du cuvent, a.-*: --.
j lui, les larmes aux yeux.
J « Hier soir, à n^tre rentrée dans An„::
j Adèle a trouvé des lettres de s.n mî:! . !