‹ Victor Hugo intime [par] Mme. Richard LesclideChapitre 33 sur 41 · LES DERNIÈIIES AMOUR.S DE VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

LES DERNIÈIIES AMOUR.S DE VICTOR HUGO

Ce joli monsieur abusa des confidences de sa femme, lui mangea son argent, et chercha par la suite à faire chanter le poète !...

Bien qu'un enfant fût ne de cette union néfaste, Blanche fut prise d'un découragement profond. Elle laissa son ménage et son commerce aller à l'abandon et quitta ce mari indigne. Toute à son ancien rêve, elle se rapprocha des amis du Maître. Nous la vîmes quelquefois au musée des Moulages du Louvre, où elle venait chercher près de Bichard Lesclide de douces paroles et des nouvelles du charmeur qu'elle n'avait pas cessé d'aimer. Et avec quelle avidité elle écoutait parler de Lui ! Son visage grave s'animait un moment, puis elle retombait dans son abattement ou pleurait à chaudes larmes.

Et qui eût osé dire que cette douleur n'était pas sincère!... M. Meurice était également doux pour la pauvre affligée, qui venait errer avenue Victor- Hugo, où on la rencontrait croisant devant la maison du poète. Elle faisait de longues stations sur le trottoir en face de son hôtel, guettant sa sortie, cherchant à l'apercevoir. Un jour. M™^ Drouet reconnut son ancienne femme de chambre. Elle entra dans une furieuse colère dont le Maître fit les frais. Lui, se demandait quelle mouche venait de piquer sa compagne, car elle avait trop d'expérience pour lui dire le motif de son emportement. Elle préféra chercher au poète une mauvaise querelle, quitte à lui faire ensuite mille protestations d'attachement.

201 VICTOR IIUGU INTIME

Vers la lin de Tété de 1880, Victor Hugo, pris d'une grande paresse cérébrale, alla passer un mois chez son ami Paul Aleurice, à Veules. Il avait mis au point et publié successivement depuis son retour de Guernesey, La Pitié sajyrémc, (1879), ReUyions et religion (avril 1880), et LVlnc, qui était en cours d'impression et allait paraître en octobre.

Ce mois de tranquillité, d'air salin et de solitude lui fit grand bien.

A peine était-il de retour à Paris que Blanche recommençait son pèlerinage à l'avenue Victor Hugo.

Mais elle ne put entrevoir son ami qu'à de très rares intervalles, aux jours d'anniversaire comme celui du 27 février 1881 où, perdue dans la foule qui, du malin au soir, envahit comme une marée humaine, l'avenue Victor-Hugo, la changeant en voie tiiomphale, elle revit le poète tel qu'il était apparu dans sa vie : moins homme que dieu.

Après la mort de M'"*' Drouet, événement qu'elle envisageait comme une délivrance pour le Maître, cl (jui lui causa, on s'en doute, une joie folle, la ji'iiiic femme revint faire de longues pauses dt'N.inl la maison de son glorieux ami.

Espérait-elle que Victor Hugo, enfin affranchi du joug qui pesait sur sa vie, allait lui revenir?...

Mais le passé était loin!... Néanmoins, les allées et venues de Blanche étaient tenues secrètes et jamais son nom ne fut prononcé devant le Maître.

Peu à peu, la pauvre femme jugeant la partie

LES rJERNiÈRES AMOURS DE VICTOR HUGO 205

définitivement perdue, se lassa d'attendre. Sa disparition fut complète.

Qu'est devenue la créature douloureuse qui fut le dernier rayon d'amour de l'immortel grand homme?...

Page 1