‹ Victor Hugo intime [par] Mme. Richard LesclideChapitre 32 sur 41 · LES DERNIÈRES AMOURS DE VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES AMOURS DE VICTOR HUGO

riiomnie du 2 Décembre, avait été sauvée par l'héroïsme désespéré de M"^" Drouet!...

Victor Hugo installa sa nouvelle amie quai de la Tournelle où, pendant longtemps, il alla la voir très régulièrement. Blanche, follement éprise, vivait en plein ciel. Mais tout se paie. Le bonheur absolu n'est pas de ce monde et elle en avait eu sa part. Ne fut-elle pas, en quelque sorte, une privilégiée?... Ce que Ton redoutait arriva. Malgré les précautions du poète et le mystère dont sa jeune maîtresse s'entourait, M™^ Drouet fmit par être instruite des entrevues du quai de la Tournelle. Elle exigea une rupture défmitive et fit à Victor Hugo un intérieur infernal tant qu'il ne se fut pas soumis. Elle était femme à ne reculer devant aucun moyen pour le ressaisir.

Pour parer aux éventualités de la situation, Victor Hugo fit porter quelques milliers de francs à son amie, qui les refusa. Il la revit, lui expliqua qu'il fallait laisser passer ce nouvel orage et qu'il était indispensable qu'ils fussent quelque temps sans se revoir.

Sous le charme de la parole aimée. Blanche promit tout ce que le Maître voulut, — quitte à se révolter ensuite.

Il lui fit acheter un petit fonds de commerce pour la distraire et lui assurer une vie tranquille et indépendante. Cette combinaison ne faisait pas encore l'affaire de la jeune femme qui ne voulait de son amant que lui-même.

Une question adroite eut raison de sa ténacité :

H)2 VICTOR HUGO imt.ml:

Victor Ihigu n'rlait pas de ce.s lioiniiics (iiTuii pouvait riiloui'cr triin amour éguïsle. lyainiail-ello pour elie-niême, ou pour lui ?...

La réponse n'était pas douteuse. Ou lit comprendre à la pauvre fille que la plus grande preuve d'affection qu'elle pût donner au Maître, — celle à laquelle il tenait le plus, c'était qu'elle se conformât à sa volonté. On lui représenta les difficultés et les tiraillements de sa vie, combien il s'appartenait l)eu, lui qui appartenait à tous, combien les crises qui bouleversaient son intérieur le fatiguaient et lui rendaient pénible son labeur intellectuel. Devant ces raisons impérieuses, elle promit d'être résignée, en attendant le retour de jours meilleurs.

Mais le temps passe vite. Blanche ne voyait pas revenir l'ami qu'elle chérissait. Elle s'ennuya. On lui conseilla de se marier. Et, le cœur rongé de chagrin, n'espérant plus revoir celui qu'un tourbillon de gloire emportait toujours plus haut, sentant s'augmenter chaque jour la distance qui la séparait du poète, cantonné sur ses sommets, elle accorda sa main au premier soupirant qui se présenta. Elle avait eu la loyauté de confier à son fiancé le secret de sa vie. Elle se mariait par désœuvrement, pour mettre un terme à sa solitude, pour s'appuyer sur quelqu'un qui lui donnât un peu d'affection et lui fît reprendre courage.

Malheureusement pour elle, le mari qu'elle accepta était un être sans délicatesse, que le contraste lui rendit bientôt plus odieux encore.

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