VICTOR HUC.O INTI.ML
— cv qui k'Lir valut ce rappel à Tordre, jeté d'une avant-scène par le jeune duc de Saxe-Cubourg-Gotlia :
— A la guillotine, les genoux !...
Le mot eut du succès. Les « genoux » rappelés à la pudeur, gardèrent un moment le silence, puis le vacarme recommença de plus belle. Finalement, les romantiques restèrent maîtres du champ de bataille. La nouvelle école avait vaincu. Quand le nom de son chef glorieux fut proclamé à la fm de la représentation, l'enthousiasme du })ublic fut tel qu'il couvrit les huées et les bordées des sifflets académiques.
Etait-ce en raison de tous ces souvenirs lointains que le Maître affectionnait si fort son chefd'œuvre du début?...
C'est à tout ce passé de combat qu'il songeait quand, au banquet qui lui fut offert par la presse à l'Hôtel Continental, quelques jours après la solennité du 25 février 1880, Victor Hugo prononça ces paroles émues :
« Il y a en ce moment certaines dates souvent répétées : 20 février 1802, naissance de l'homme qui parle à cette heure; 25 février 1830, apparition do Ilcrnani; 25 février 1880, l'époque actuelle. Autrefois, il y a cinquante ans, l'homme qui vous parle était haï, il était hué, exécré, maudit... Aujourd'hui... ces dates constatées on demeure pensif... »
En effet, quel pas gigantesque franchi du 25 février 1830 au 25 février 1880! Toute la haine chan-
LE CINQUANTENAIRE d'iIERNANI 211
gée en autant d'amour et l'œuvre, éternellement jeune et vibrante, écoutée dans un religieux silence par rélite de la société parisienne, d'où se détachait en relief la descendance de ceux qui, un demi-siècle auparavant, huaient en ce même lieu le poète génial!... L'histoire a de ces retours et cette soirée est aussi mémorable que l'autre — celle de 1830 !
A peine le rideau était-il tombé sur le cinquième acte que la toile se releva et que le buste de Victor Hugo, dont le socle disparaissait sous les palmes, les couronnes et les fleurs, apparut sur la scène. Un tonnerre d'applaudissements accueillit ce tableau inédit.
Les interprètes d'Hernani se tenaient à une distance respectueuse, encadrés par tous les sociétaires de la Comédie dans les costumes des principaux personnages du théâtre du poète.
Au fond de la scène, des figurants déployaient des faisceaux d'oriflammes. Alors, Sarah Bernhardt qui, après la créatrice. M"® Mars, incarnait dofia Sol d'une manière exquise, prêtant aux pures sonorités des vers la musique de sa voix chaude, souple et timbrée, s'avança vers le buste glorieux et, une palme à la main, récita une vibrante poésie de François Coppée, célébrant les noces d'or de Victor Hugo avec la gloire.
La fièvre enthousiaste de la grande artiste gagna rapidement les spectateurs.
— Debout! cria Francisque Sarcey dont la con-
212 VICTOR HUGO iNriMt:
version, i^our avoir été tardive n*(''fail (juc plus sincère.
Et toute la salle, frémissante, se leva comme mue par un ressort, en poussant le cri des anciens : (( Qu'il viveL.i Ad multos annos! »
Ce fut plus (lue de renihousiasme, ce fut du délire!
Victor Hugo et ses petits-enfants, présents à celte représentation triomphale, pleuraient d'émotion et plus d'un spectateur, ce soir-là, sentit ses yeux se mouiller et son cœur battre plus fort dans sa poitrine, tant était intime et absolue la communion de cette foule d'élite avec son poète.
— C'est égal, dit en sortant Richard Lesclide, on nous appelle Hugolâtres ; on ne prétendra toujours pas que nous adorons un faux dieu!
Le lendemain de cette soirée solennelle, Paul de Saint-Victor, dans un grand journal, consacrait au poète les lignes suivantes :
« Il bat son plein à l'heure où tant de grands esprits se retirent. L'exception intellectuelle semble appeler l'exception physique. On lui souhaite et on lui prédit une longévité d'élection. On entend de loin un Carmen sœculare chanté au couchant de ce siècle par cette voix qui en a salué l'aurore. »
Au retour de Guernesey, Victor Hugo avait donné à son secrétaire et ami, Richard Lesclide, qui en rêvait, l'autorisation de tirer un drame d'un
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de ses romans de jeunesse, Bug-Jargal, écrit en quinze jours à l'issue d'un dîner chez un restaurateur de la rue de rAncienne-Gomédie, M. Edon, qui put passer, grâce à la célébrité naissante de sa jeune clientèle, pour un restaurateur des Lettres. L'ex-directeur-fondateur de Paris à VEau-Forte et d'une foule d'autres publications très connues des lettrés et des bibliophiles, s'adjoignit comme collaborateur son gendre, Pierre Elzéar. Le travail, rondement mené, reçut la pleine approbation du Maître et la pièce fut représentée, avec un grand succès, au théâtre de la République le 10 novembre 1880, par une excellente troupe d'ensemble, en tête de laquelle venaient du côté féminin M"'^' Aline Guyon (Marie), Brétigny (Zora), et Pauline Moreau (Zizi). Les interprètes masculins étaient MM. Gravier, Péricaud, Donval, Bessac, Raymond, Dalmy, Laverne, Livry et Jahan.
La presse fut unanime à faire à ce drame émouvant un accueil chaleureux que ratifia le public, et l'œuvre partait d'un pied léger pour la centième, quand une indisposition subite et malencontreuse de Gravier arrêta les représentations. M. Gravier fut, on peut le dire, le grain de sable sur lequel trébucha Bug-Jargal. La direction avait négligé de faire apprendre en double le rôle d'Habibrach, qui exigeait un comédien consommé, — et M. Gravier jouait Habibrach.
La fatalité s'en mêla. La maladie de Gravier se prolongeant et des intrigues de coulisses venant à la rescousse, Bug-Jargal, qui entraînait tout Paris
•J.i'l VICTOR HU(iO INTIMK
;m tlK'AIro (le la R('|)iibli(iU(', et dont lo succès était loin d'être épuisé, ne reparut pas sur rafficlio. Co drame avait eu une ciiKinanlaiiK^ de n.'présentatinns.
Voici ce (jue dit de ccMc inh''ii'>>ant(* tentative M. Alfred Barbou dans son beau livre : Victor Hugo et son temps :
(( Biig-Jargal fut le i»reniier ouvrage de longue haleine écrit par N'ictoi- llu.uo. 11 l'ut, en 182(), traduit en anglais. Au mois de novembre 1880, MM. Richard Lesclide et Pierre Elzéar firent représenter au théâtre du Ghâteau-d'Eau. un drame tiré de ce roman, drame qui réussit, et dont le principal mérite est de ne pas avoir trop mutilé le livre. »
Des dramaturges consciencieux ne pouvaient rêver un meilleur éloge. Le difficile était de ne pas rester au-dessous de la tâche entreprise.
Le drame, d'ailleurs, avait satisfait le poète qu'une indisposition empêcha d'assister à la première représentation. De son côté, M. Paul Meurice écrivait à Richard Lesclide les lignes suivantes :
« Veilles (sans date).
« Mon cher monsieur Lesclide,
« Je reviens, demain, meicrfMli. ;ivec Victor
Huiro. Je vous serais bien obligé de venir chez
moi jeudi matin, je vous rem(*ttrai toutes les
feuilles de Ilan cVIslandc qui vous manquent...
LE CINQUANTENAIRE d'hERNANI 215
Toutes mes félicitations pour votre succès de Bug-Jargal qui n'est, j'en suis certain, qu'un commencement.
« A vous cordialement.
« Paul Meurice. »
Citons encore cette autre lettre de M. Emile Deschanel, le doux et bon vieillard échappé par miracle, récemment, à l'odieux attentat d'une déséquilibrée. L'auteur érudit et exquis des Courtisanes grecques écrivait ci son tour à M. Lesclidc la lettre qui suit :
(( Chambre des députés.
(( Mon cher ami,
« Le gros rhume qui tient M""^ Deschanel ne la lâche pas. Je viens donc vous prier de nous réserver pour le moment où elle ira mieux vos amicales dispositions. Et, dans le cas oii Ton donnerait Bug-Jargal en matinée à partir du dimanche 19 décembre, vous seriez bien aimable de nous envoyer deux places pour ce jour-là; ou bien pour le lundi soir 20, si vous ne donnez pas la pièce en matinée.
(( Mille pardons et mille remerciements d'avance de votre tout dévoué,
« E. Deschanei.. »
« Paris, 27 novembre 1880. »
-!ir) VICTOR HUGO INTIME
Quelques années plus tard un autre chefd'œuvre du Maître, Claude (iucux, mis à la scène par un jeune dramaturge, AI. Gadnl Uollo, fut représenté au théâtre Beaumarchais, qui envoyait vers le ciel ses dernières fusées.
Ce drame — d'autant plus émouvant que Claude Gueux est un personnage sortant de la fiction et que Victor Hugo tenta l'impossible pour arracher cette victime de la tragédie sociale à la guillotine, — fut représenté à la fin du mois de février 188 'i.
Le pauvre vieux Taillade fut vraiment remarquable et tragique dans le rôle de Claude Gueux où il obtint un très gros succès.
Artiste plein de conscience et de foi, s'assimilant à merveille le génie du Maître, dont il avait interprété supérieurement le Claude Frollo, de Notre-Dame de Paris, Taillade se surpassa dans ce rôle de Claude Gueux, qui devait être une des dernières créations du vaillant tragédien. Claude Gueux, nous y insistons, fut la suprême étincelle de cet homme qui fut véritablement un grand artiste contre Icifuel la mauvaise fortune s'acharna jusqu'au bout.
Victor Hugo, très fatigué et affaibli, ne sortait plus le soir. Il ne put donc assister à la première de Claude Gueux, au grand désespoir de Rollo et de son principal interj^rète, car le jeune poète et le grand comédien avaient pour le vieux Maître une véritable dévotion.
Depuis la rentrée en France de Victor Hugo, revenant après dix-neuf ans d'un fier exil prendre sa part des désastres du pays, la presse française et le peuple de Paris, fidèles à leurs devoirs comme à leurs dieux, rendaient hommage chaque année au poète national, au jour anniversaire de sa naissance.
Depuis le retour de Guernesey surtout, les ovations populaires prenaient un caractère de plus en plus imposant. On arriva ainsi à la fête du 27 février 1881, qui célébra l'entrée du poète dans sa quatre-vingtième année.
Aucune solennité, dans aucun pays, ne peut soutenir la comparaison avec cette manifestation pieuse et grandiose.
La veille, le théâtre de la Gaîté avait repris Lucrèce Borrjia, mais Victor Hugo, en prévision des fatigues du lendemain avait, sur les instances des siens, renoncé à assister à la représentation, donnée avec un faste inouï, de son magnifique drame.
La foule ne pouvant saluer son poète, qu'elle
218 VICTOR iir(;o intimi:
réclamait à grands cris, uvaliunna Iniigncnicnt les iiilerprùlcs de l'œuvre tragiiiue.
El ceux qui n'ont pas vu la gluneuse journée du 27 février 1881 n'ont certainement rien vu, car on ne reverra rien de pareil.
Nous en parlerons seulement pour mémoire, pour en rappeler le souvenir inoubliable à ceux qui, d;uis Tiivenir, consuKei'onl ces pages pleines du Aliiître.
Jamais, de tout temps, fête trionqjliale organisée en riionneur d'un homme n'arriva à la magni flccnce de cette apothéose à laquelle s'associèrent sept cent mille personnes, entraînées par le même élan d'enthousiasme, d'admiration et de vénération, et ces sept cent mille personnes, femmes, enfants, vieillards, jeunes hommes et hommes mûrs, appartenant à toutes les classes de la grande société universelle, — car les délégations étrangères ne manquèrent pas à la solennité — défilèrent enfoule compacte, de onze heures du malin à six heures du soir, devant l'hùlel du poète qu'elles saluèrent d'une acclamation ininterrompue, — l'acclamation poussée par sept cent mille poitrines humaines! — Non, jamais dieu bienfaisant ne reçut de ses fidèles hommage ])lus vibrant et plus sincère!
La ^ ille de Paris avait tenu, d(i son côté, à bien faire les clioses. Pendant la nuit du 20 février, la municipalité avait fait enlever un platane qui masquait la façade de l'habitation du poète, puis sabler, pavoiser et fleurir l'Avenue d'Eylau tout en-
lière, sous le contrôle de M. Alphand. Dès le malin, la porte de l'hôtel du Maître fut encombrée de fleurs, d'arbustes, de palmes et de couronnes auxquels les passants ajoutaient sans cesse de nouvelles offrandes. Une chose curieuse entre toutes, ce fut le laurier qu'offrit à Victor Hugo la Société des Gens de Lettres. C'était un arbre haut de dix pieds, vigoureux et superbe, qu'on avait plongé pendant vingt-quatre heures dans un bain galvanique, d'où il était sorti complètement métamorphosé : la terre qui l'avait nourri, le vase qui le renfermait, tout fut doré de fond en comble, fruits, fleurs, feuilles et tiges. La plante semblait provenir du Pactole, à moins que ce ne fut d'un conte de fées. On crut mort l'arbre prodigieux, mais il paraît que l'or vivifie, car il en appela de ce traitement anormal. Au bout de quelques mois, à la stupéfaction générale, la sève fit craquer la dorure qui se fendit, s'écailla, et livra passage à des pousses vertes et vivaces. A la mort du Maître, cet arbre extraordinaire, qu'on pouvait admirer dans le jardin, était encore plein de sève et de vigueur.
Ceci dit, revenons au glorieux anniversaire.
Vers midi, une longue rumeur s'éleva, apportant les accords d'une harmonie lointaine : c'était la Marseillaise, entonnée autour de l'Arc-de-Triomphe par cent quatre sociétés musicales de Paris, formant un total de plus de cinq mille exécutants, instrumentistes et choristes, sous la direction de M. Abel Simon.
La tèto (le colonne s'ébranla alors, entra dans l'avenue, et le délllé gigantesque conmiença.
Quand, lôtc nue, grave, radiaux el atlendii, Viclur Hugo, pour s.'iUk'I' la ftuilc. parut à Tune des fenêtres, appuyé sur ses petits-enfaiils, — Georges qui lui rappelait ses lils disparus, Jeanne, dont le nom est devenu légendaire, — une immense acclamation monta vers lui, emplissant l'espace : « Vive Victor Hugo ! »
Alors, le cœur du poète bien-aiiné déborda ; il ne put ndenir ses larmes, larmes contagieuses, car tous ceux qui virent couler ces pleurs émus pleurèrent avec le grand vieillard que le monde entier glorifiait.
Ce fut un inoubliable moment d'émotion profonde et sublime, d'effusion intime et solennelle.
Entre les deux rangées de maisons, sous les fenêtres garnies de spectateurs, de drapeaux, d'oriflammes et de fleurs, malgré la saison, la longue avenue semblait, avec sa boule de bannières multicolores se détaclianl en touches de lumière sur le fond sombre de la foule, une de ces u routes (jui marchent » dont parle Pascal, un fleuve humain un torrent d'ames. Et tout ce pieux amour allad au doux aïeul (lui pleurait d'attendrissement, penché sur deux enfants aux beaux yeux pleins de larmes ! Ah ! quelle était touchante et sublime à \nir. la revanche du passé I
El cette manifestation pacifique eut bien le caractère le plus singulier, car elle se produisait dans un pays où pou proscrit 1(\^ meetings et les
rassemblements, les réunions populaires y dégénérant volontiers en émeutes.
Les commissaires de la fête, empruntés pour la plupart aux arts et aux lettres,- avaient, en effet, réclamé la non intervention de la police, et cette bizarre mesure d'ordre eut un plein succès. Le défilé dura sept heures pendant lesquelles l'avenue d'Eylau, qui devait perdre son nom au mois de mai suivant, retentit sur deux milles de longueur des chants de la Marseillaise et de Patria, hymne moins belliqueux, écrit par Victor Hugo, qui l'a légué à l'avenir.
Un temps aigre, légèrement pluvieux, jetait ses brumes sur cet enthousiasme sans parvenir à le tempérer. Un poète disait en voyant onduler la foule immense :
Cela ne s'est jamais vu et ne se reverra jamais!
Ces choses-là ne se recommencent pas, en effet.
Non que la popularité de Victor Hugo ait décru par la suite, mais l'effusion de ses admirateurs se produisit d'une façon différente. On n'aime pas, en France, à refaire une chose réussie. Cette journée mémorable empruntait d'ailleurs sa grandeur à la spontanéité de la manifestation. Ainsi, en 1883, Paris publia un Livre d'Or auquel les plus célèbres artistes voulurent concourir et qui est un des plus curieux monuments qu'un pays ait jamais élevés à la gloire d'un homme.
C'est dans ce merveilleux ouvrage qu'il faut lire le compte rendu détaillé de cette fête unique à laquelle l'univers s'associa.
•222 VICTOR HLdO INTIME
Nous ne pouvons ne pas citer les iuuiiDii elles paroles que Victor Hugo adressa à la délégation du Conseil municipal de Paris.
« Je salue Paris. Je salue la X'ille iniiiiense. Je la salue, non en mon nom, car je ne suis rien, mais au nom de tout ce qui vit, raisonne, pense et espère ici-bas.
« Les villes sont des lieux bénis; elles sont les ateliers du travail divin. Le travail divin, c'est le travail humain. Il reste humain, tant qu'il est individuel ; dès qu'il est collectif, dès que son but est plus grand que le travailleur, il devient divin ; le travail des champs est humain; le travail des villes est divin. De temps en temps, l'histoire met un signe sur une cité. Ce signe est unique. L'histoire, en quatre mille ans, marque ainsi trois cités, qui résument tout l'effort de la civilisation. Ce qu'Athènes a été pour rantiipiité grecque, ce que Rome a été pour l'antiquité romaine, Paris l'est aujourd'hui pour l'Europe, pour l'Amérique, pour l'univers civilisé. C'est la ville et c'est le monde. Qui adresse la parole à Paris adresse la parole au monde entier. Urbi et orhi.
(( Donc, moi l'humble passant, qui n'ai ((uc ma pari do votre droit à tous, au nom des villes, de toulos les villes. d'Europe et d'Améi'ique et du monde civilisé, depuis Athènes jusqu'à New-York, depuis Londres jusqu'à Moscou, en ton nom, Rome, en ton nom, Berlin, je glorifie avec amour et je salue la ville sacrée, Paris. »
La presse, d'un accord unanime, couvrit le
grand poète de Heurs impérissables. Pour donner une idée de la note générale, voici ce que M. Camille Pelletan écrivait dans un grand quotidien au sujet de l'apothéose du 27 février :
« Quel triomphe a jamais valu celui-là ? dans le cortège, au lieu de captifs, se pressaient des Français délivrés de la captivité monarchique. Sur l'arc triomphal, au lieu de noms de villes saccagées, rayonnaient des noms de chefs-d'œuvre. Rome a connu les fêtes de la Force ; à Paris appartiennent les fêtes de l'Idée... Quelle leçon pour une nation, qu'un pareil spectacle. Quel enseignement pour les enfants qui portaient des fleurs ! Ils ont vu, assurément, le plus grand honneur qu'un homme puisse rêver. Et comment cet honneur a-t-il été conquis ? Par la pensée d'abord. Par cette chose noble et grande entre toutes qui est la poésie! C'est au génie éclatant qui plus que tout autre, a traduit les émotions, les passions, les douleurs humaines, qui a jeté dans le rythme du vers toute l'immensité de la nature, ce qu'il y a de plus profond dans la pitié, c'est à ce grand génie qu'un peuple rend des hommages qu'un César eût pu envier ! Mais ce n'est pas tout. On salue en lui le vaincu des mauvais jours, le proscrit du despotisme, le dénonciateur du massacre. La fête de Victor Hugo, c'est la religion de la vraie gloire confondant la basse idolâtrie du succès. ))
* Terminons ce chapitre par un hommage, choisi
'S2l VICTOR HUGO INTIME
entre les plus illustres, qui alla droit au cœur de Victor Hugo. Il émane d'un héros lié au poète par une étroite affection, bien que la vie n'ait jamais permis aux deux grands esprits fraternels de se rencontrer. Le 26 févi'ier 1902 devait les mettre en présence au Gapitole de Rome, où ils sont réunis dans l'apothéose. La page, tracée d'une écriture large et tremblée a pour signataire Giuseppe Garibaldi. Elle rst. naturellement inédite. La voici :
« Massia i9 février 81,
(( Mon bien cher Silvain,
« Dites à rimmortfd grand liftiiiiiic de Fiiumanité, que je suis fier de m'engager dans la légion • lui !♦' f('licitera à l'anniversaire de sa glorieuse quatre-vingtième année.
a G. GARn'.ALÎJl. »
Une photographie jointe à la lettre portait ces mots :
(( A l'immortel grand homme, <( Son dévoué pour la vie,
(f G. CiARmALDI. »
Victor Hugo a rempli le xix^ siècle des conquêtes de sa pensée. Son œuvre complexe, à laquelle son existence fut absolument mêlée, en lit le représentant du droit, le soutien des misérables, le consolateur des femmes, l'ami et le protecteur des enfants. Le poète semblait remplir sur la terre une mission de bonté et de justice.
On ne s'étonne plus, en y songeant, du courant d'idées qui enveloppa la France et presque le monde entier, et qui dirigea vers cette puissante individualité les âmes éprises d'idéal et les opprimés de toutes les tyrannies.
Et Ton conçoit aisément le Ilot de correspondance qui pouvait monter, chaque jour vers le Maître, quitte à le submerger. Elle affluait des quatre parties du monde, toute l'humanité ayant sous des formes différentes les mêmes rêves, les mêmes espoirs, les mêmes défaillances, les mêmes détresses et les mêmes douleurs.
Le courrier était si volumineux qu'il ne pouvait être dépassé par aucun autre.
• De tous les points du globe, des lettres conver-
geaicnt vers Victor Hug-o et ne croyez pas que c'était toujours pour d'importantes affaires. Les inconvénients de la gloire résident surtout dans les petites choses. On ne sait pas jusqu'où peut aller la passion des propriétaires d'albums et des collectionneurs d'autographes. Les demandes arrivaient en tel nombre qu'il était impossible de les accueillir. On ne saurait croire combien de jeunes filles s'éveillaient le matin avec cette excellente idée : « Si j'écrivais à Victor HugO' pour avoir son autographe !... » Et mille petites lettres griffonnées, parfumées, arrivaient à la file, les unes charmantes, les autres hardies, indiscrètes, car ce n'était pas seulement une signature qu'elles réclamaient mais une pensée, une phrase, de la prose, ou des vers inédits. C'était à Victor Hugo que s'adressaient les fiancés en quête d'un épithalame, les nouveau-nés qui sollicitaient une bénédiction par l'entremise de leurs auteurs, les âmes désolées qui imploraient une épitaphe pour une tombe nouvellement creusée. Chaque courrier apportait son contingent de lettres touchantes, sérieuses ou gaies : des villes demandaient des inscriptions pour leurs monuments, des assemblées politiques réclamaient un speech, un toast, un mot de synipatliie, des sociétés suppliaient d'accepter des présidences d'honneur, et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu'en dépit du flux qui le submergeait, le poète ne refusait pas toujours.
Il ne pouvait cependant donner que très peu de temps à cette correspondance prodigieuse, car ses
travaux dévoraient sa vie. C'est ce que ne comprenaient pas assez les écrivains qui lui soumettaient des manuscrits et les jeunes gens qui lui adressaient leurs essais, en réclamant ses critiques et ses conseils. La bienveillance du poète était impuissante à satisfaire le Ilot humain qui montait vers lui.
Voici ce qu'écrivait à ce sujet, le soir même du cinquantenaire du Roi s'mimse, Alphonse Daudet dans ses Mémoires d\in homme de Lettres, publiés dans la revue mensuelle La Jeune France.
c( On dispule au poète la libre et paisible jouissance de cet étroit lopin de vie dont, chaque jour, le courant du siècle écorne un coin, emporte un lambeau. De braves gens, sans penser à mal, écrivent à Victor Hugo, exigeant une réponse, et lui demandent son avis sur de forts volumes de cinq cents pages. Eh bien, moi qui ne suis pas méchant, je me trouve heureux, très heureux de pouvoir détruire leurs illusions, et j'éprouve une joie amère à leur dire : — Ecrivez, mes amis, envoyez à Victor Hugo des volumes. Victor Hugo ne décachètera point vos lettres. Victor Hugo ne vous lira point. Il y a là deux bons gardiens . : ]ype Drouet et Richard Lesclide, un Bordelais enthousiaste, le secrétaire par admiration. C'est ]y,|me Drouet, c'est Richard Lesclide, qui lisent et qui répondent. Pendant ce temps-là, bien tranquille, le grand poète fait des vers.
(( Et grâces leur en soient rendues! Sans cette jalouse admiration, sans cette affection intelli-
^28 VICTOR HUGO INTIMC
Lit'iili'. nous u\iiii'i(tns (,ni, j'imagino, ni Lr Pajtr, ni Pilir s)ij>i('iHC et l;i l'^iiMicc, loni il la |)i'(is(\ se serai! d(''jà déslLibiUiéc de ce granjl langage des vers. »
Il élail inilisi)en>abie, en effet, de pioléger le Maître contre ce débordement. M""^ Droiiet et Richard Lesclide étaient alors la digue, le rempart contre lesquels se brisaient toi^ les assauts.
Quand on saura qu'en deux jours seulement trente-quatre lettres, sollicitant des emprunts ou des secours, demandaient à Victor Hugo la bagatelle de deux cent quarante mille francs, on se rendra compte que la précaution n'était pas inutile.
Crésus lui-même eût été impuissant à satisfaire de pareilles exigences.
Quelques lettres triées parmi les plus enthousiastes, les plus passionnées, les plus intéressantes — et les moins longues — donneront une idée du genre de correspondance qui affluait chaque jour chez Victor Hugo. Tl faudrait des volumes pour reproduire seulement les choses qui offraient un réel intérêt. Aux enfants d'abord. Le poète n'a-t-il pas éoi'it cette phrase chai'mante :
J'adoi'e les enfants, ils s^nt innocents.
Or, le cljnrme que les enfants exeiçalenl sur l'aïeul illustre, l'aïeul l'exerçait sur les enfants. Voici d'abord une épître de trois petites éco-
lières alsaciennes, filles d'un ministre protestant des environs de Strasbourg.
Dans le coin gauche, une gracieuse hirondelle aux ailes déployées porte ces mots : « Vole vers le grand homme. »
(( )" mai 1882.
« A rillustre poète, Victor Hugo.
« Ayant vu, dans une de vos belles poésies, que vous aimez la jeunesse, trois Alsaciennes viennent vous prier de leur écrire quelques mots sur leur Alsace chérie.
(( Etant d'un âge où nous allons en classe, nous choisissons toujours de préférence vos belles poésies.
(( Ce n'est pas par pure vanité que nous vous faisons cette demande, mais nous vous aimons, nous vous aimons du fond du cœur. Nous n'avons pas écrit une longue lettre craignant de vous ennuyer, mais nous écrivons ce que notre cœur nous dicte. Oh! monsieur, ne repoussez point notre demande, elle serait notre plus grand, notre suprême bonheur.
a Trois Alsaciennes, Françaises de cœur,
« Mathilde, FRmA, Emilie. »
Une discrétion bien naturelle nous: fait taire le nom de famille et la résidence des trois petites Alsaciennes, Françaises de cœur.
230 VICTOll IIUGU IXTl.MC
El collc-ci, envoyée de Londres par une lilldle de diinze ans dont Tanniveisairc concordait avec celui du poète. Nous citons lexhiellf^nent :
« A monsieur ^'ic(or Hugo.
(( Monsieur,
(( C'est en tiHMublant (jue je viens vous prier de m'a c corder une grande faveur. Le 27 février, j'aurai douze ans et je ne cesse de penser que mon anniversaire de naissance tombe le même jour que celui du i^lus grand Jiomme de notre siècle, ce dont je suis fière. Ce que je viens solliciter, monsieur, pour mon anniversaire de naissance... ce serait quelques mots écrits de votre main. Ce serait le plus beau présent dont je m'honorerai d'avoir reçu (sic) et le conserverai précieusement. Je puis vous affirmer, monsieur le grand poète, que je suis bien sage et digne de l'honneur que je sollicite. — Quoique habitant l'Angleterre, maman et ma sœur sont Françaises. On dit que vous aimez les petits enfants. Si ma demande a ét(' inq^orlune, je vous en prie, pardonn'^'z-moi, quoique je conserve l'espoir qu'elle sera accueillie.
« Je suis, monsieur, votre très humble el très obéissante petite servante.
« Eva WFJGEr..
(( ï.ondon. }-rudrrdi. ?/ frrricr ISS'2. »
La petite Eva Weigel l'cçut l'autographe demandé, en remerciement duquel elle envoya au
LA COPaiESPONDANCE DE VICTOR HUGO 231
Maître un gracieux portrait d'adolescente aux yeux de gazelle candides et doux.
Au tour d'une gamine roumaine, dont la lettre, quoique longue, adorable de fraîcheur naïve, valut à la petite âme passionnée qui l'écrivit en cachette des siens, une courtoise réprimande de M. Lesclide — accompagnée du portrait désiré.
(( Bucharest, 5 iuillct.
(( Monsieur,
« C'est pour une prière que je m'adresse à vous. Je ne vous connais que pour vous avoir lu. ^'ous ne me refuserez certainement pas ce que je vais vous demander. Il vous sera si facile de me satisfaire. Je sais que, je crains que, comme tous les artistes, vous recevez beaucoup de lettres de ce genre. Peut-être ne les lisez-vous même pas. Faites pour la mienne une exception. Je vous en prie. Voici. Je suis une petite fdle. Je m'appelle Marguerite, je suis Roumaine et j'ai quatorze ans. Ma maman est très connue et très honorée ici. Elle a un pensionnat de jeunes filles et elle présente au mois de septembre cinq élèves aux examens de baccalauréat. J'apprends aussi, moi, mais j'aime bien mieux lire, et, vous surtout ! J'ai lu toutes vos poésies et presque tous vos livres. Et j'en suis folle! Les Misérables^ c'est si beau!
(( Vous êtes si bon, vous! et puis vous avez aussi des enfants, des petites fdles comme moi, que
'2'3'2 VICTOR iiU(;o intime
vous aime/ laiil ! ^'ous ferez l)i('n sûr ee (|iie je vous demande. Je voudrais bien — vous nie rendriez bien heureuse — si vous vouliez écrire pour moi une petite poésie, la plus petite du monde, et puis, vous me l'enverriez ! Je serais si contente !
« C'est une demande bien égoïste que je vous fais là quand vous avez écrit tant et de si belles choses, mais je veux tout de même essayer.
(( On dit que vous allez vous moquer de moi et que vous allez jeter ma lettre sans même la tinir. Mais, moi, je me suis dit que quand on a écrit : .1 Villcquicr et toutes les Pauca mca, et tant d'autres, on est trop bon pour se moquer d'une petite fille, et trop bon pour lui refuser. Oh! ne dites pas que je me trompe! Laissez-moi croire que vous aimez les enfants! Vous rappelez-vous cette poésie entre Les Feuilles dWutoinnc ?
Laissez, tous ces enfants sont bien là.
« Et je vous aime tant, je vous admire tant, je crois tant comme vous! Tout ce que vous dites trouve un écho ou une larme dans mon cœur.
« Je voudrais (juc vous m'envoyiez votre photographie. Je l'ai déjà, mais celle-là est achetée. Je n'y ti^ns pas. Je la voudrais de votre main, avec v()tr(^ nnin (lessus.
(( (Juand je serai grande et que je vieiidi'ai à Paris pour y apprendre les Lettres, je viendrai vous voir, ^'ons le permettez. n"esl-C(^ pas?
« VA puis, vdiis iiic d(;v('Z ce que je vous demande, car vous m'avez pi'is mon i)lus grand
bonheur. Depuis que j'étais petite, j'ai toujours voulu écrire. J'ai écrit quelques poésies et j'ai commencé une histoire qui n'est pas terminée,, mais quand j'ai lu votre histoire dans un grand livre nommé : Victor Hugo par un témoin de sa vie, et que j'ai vu qu'à quinze ans vous écriviez Bug-Jargal, j'ai perdu toute espérance de devenir célèbre un jour et mon plus beau rêve s'est évanoui.
« Moi qui aurais trouvé ma plus grande joie à écrire! Je ne veux pas être indiscrète, mais ditesmoi si vous êtes heureux d'être Victor Hugo. Je vous demande bien pardon, monsieur, je vous parle comme à mon père et je vous regarde comme tel. Je n'ai pas de père, savez-vous?
« Je vous ennuie peut-être. Excusez-moi. Je me laisse entraîner par le plaisir de vous parler. Ohl laissez-moi continuer ! Je suis rarement heureuse et je pleure souvent pour rien; c'est pour cela que j'aime une de vos belles poésies des Feuilles d'Automne.
Oh! pourquoi te cacher, tu pleurais seule ici!...
« Vous la rappelez-vous? Mais maintenant, je suis au comble du bonheur. Oh! si ce moment pouvait durer longtemps.
« J'écris de plus en plus mal ; mais c'est comme cela que je suis quand je suis excitée. Je crois! qu'il me suffirait, pour vous décider à me répondre, de vous dire que je ne suis pas heureuse malgré les efforts de maman, que je ne suis pas
2'3'l VICTOR HUGO INTILE
aiincc, (iuc les ainirs (juc j';ii inrui'iMil un s'en vont toutes, et que lu moindre petite chose de vous me ferait oublier tout cela un moment.
« Il y avait, quand Schiller vivait, une pelile ftUe, une paysanne qui Taimait et l'admirait beaucoup. Schiller ne Foublia pas et il la rendit immortelle en donnant son nom à un des personnages de son ]\'aUcnslc'ui. Je ne veux pas laul ([ue cela. Je vous demande bien moins. Oh ! no diles pas non !... Monsieur, je vais vous faire une question. Est-ce que vos livres sont vrais? Est-ce que Jean Valjean et Fantine ont existé? Tout le monde dit que le personnage en lui-môme n'est pas et que chacun représente une idée en général, mais moi je voudrais bien croire qu'il y a eu ces martyrs qui m'ont tant fait pleurer.
« A^oulez-vous être mon ami? Voulez-vous que je vous aime? Me permettez-vous que je vous le dise? Chez nous, quand on respecte et qu'on aime bien une personne on lui dit : Je vous baise la main. Eh bien, je vous baise la main de tout mon cœur, monsieur mon ami.
« Votre petite amie,
« Marguerite Mh.ler. »
Et cette autre encore, dont nous respecterons l'orthographe enfantine et la forme naïve. Cette petite lettre, fleurie de pensées et de myosotis, vient d'une enfant du peuple de Paiis et n'est pas la moins touclinnte. Nous l^ivons gardée pour clore cette série :
« Paris II décembre 1878.
« Monsieur Victor Hugo, « Mon paton (sic) qui lit tous vos beaux livres nous a lu tout haut dans Tatelier vos beaux vers qui nous a fais tant pleures ca s'appelait les Pauvres gens et puis le Grapau c'est si beau monsieur Victor Hugo ca m'a fait tant d'effet dans le cœur que je voudrais les savoire par cœur mais je n'ai pas dargent car je no suis quapprentie et mes pourboires cest pour maman alors comme tout le monde ma dit que vous êtes bon comme le bon Dieu j"ai dit tout bas dans moi que je vous demanderais le beau livre ou il y a toutes cet belles choses qui mapprcndrai a être bonne et honnête 0 monsieur Victor Hugo puisque vous êtes bien riche donez moi les pauvres gens et le crapau et je vous aimerait encore bien plus et je prirait le bon Dieu pour votre santé car mon patron qui vous aime veut que vont viviez pour votre pays jusqa 100 ans je vous embrasse beaucoup.
(( Amélie Renaud.
« Rue des Orteaux, 19.
« Imnasse Bremant, Charonnc. Paris. )i
Passons à quelques lettres de jeunes filles. Nous respecterons également la forme et le style, pleins de saveur exotique.
Voici d'abord une jeune Milanaise, i\P^ Evelyn Moore, qui sollicite un autographe.
« Monsieur,
(( Je ne suis quuiic de vus plus ardentes admiratrices perdue dans la foule de ceux qui ploient le genou et courbent la tète devant votre génie; aussi est-ce la main tremblante, le cœur palpitant, que je vous adresse ces lignes.
(( Depuis Ydge de douze ans, mon rêve a été de pouvoir, un jour, serrer cette main vénérée et chérie dans les deux miennes. Hélas! c'est un bonheur auquel je ne goûterai jamais! Il me reste une consolation, cependant : ce serait celle de posséder une ligne, un mot, ou seulement votre nom adoré tracé de votre main. Ah! croyez-le, monsieur, le jour où je serai en possession du petit souvenir qui me viendra de vous, sera le plus beau, le plus heureux de ma vie.
(( Pardonnez à ma jeunesse, sinon à mon adoration pour vous, la liardiesse ({ue je prends de vous écrire. Ce n'est ({u'après avoir longtemps hésité que j'ose le faire. Enfant encore, vous m'avez fait plcui'cr, et depuis, mon admiration pour vous n'a fait que croître.
« Je vous en supplie, monsieur, pardonnez-moi d'avoir volé quelques minutes de votre temps si précieux et daignez aussi accéder à la pi'ière d'une jeune lille qui vous a voué un eulle dejMii^^ sa i)liis tendre enfance.
(( Evelyn iMooHE.
(( iO dcci'inJnc iSSI . »
Au tour de M"'' Eisa Schiff, une jeune Allemande enthousiaste et lettrée.
« Monsieur,
(( Veuillez excuser une jeune fille de seize ans qui prend la liberté de vous adresser ces quelques lignes. L'extrême admiration et Tenthousiasme que je ressens pour vous, illustre poète, me poussent à cette démarche indiscrète et même à une prière bien téméraire. Je n'ose pas l'exprimer de crainte, monsieur, que vous ne me croyiez trop hardie — et pourtant il le faut!
« C'est depuis longtemps mon rêve et mon désir le plus ardent de posséder quelques mots écrits de la main du plus grand poète du monde, dont je répète les vers jour et nuit! Voilà ma prière et ce qui la rend encore plus téméraire, c'est que celle qui forme ces vœux ardents est une Allemande vivant k Berlin! Cependant, auguste poète, je pense que votre opinion est que |a poésie ne connaît ni temps, ni nations, et que le beau et le grand peuvent être sentis et cultivés par tous les peuples.
« Je n'ai pas besoin d'ajouter, monsieur, que l'aecomplissement de ce désir ardent serait le comble de mon bonheur et de ma félicité et que ma reconnaissance serait sans bornes!
« Agréez, monsieur, l'expression de la profonde admiration et vénération d'
« Eisa Schiff.
(( Berlin, i 9 mars iSSî. »
'2'AX VICTOR HUGO intime
A Al"'" Klfrido Engcl, uni* jninr llonui'oisc ;iii)ie de lii Franco cl (l(\j;i li'cs rciiimc par la siililililc.
(( Monsieur,
u Ce ircst pas par arrogance ({uo j'ose vous adresser quelques lignes; monsieur, depuis longtemps c'est mon désir le plus ardent de vous envoyer un message; depuis des années je lis avec la plus grande attention et pleine de ferveur vos chefs-d'œuvre qui m'enchantent, monsieur, et je ne piii:; m'empècher de vous exprimer ma vénération la plus brûlante. Je n'ai pas encore eu le bonheur de respirer l'air de votre patrie, mais votre peuple possède mes sympathies les plus vives. Etant Hongroise par naissance, je me dis ccntinuellement que ce n'est que la France à laquelle j'appartiens par le cœur et la pensée et je passe bien des heures de loisir à faire de brillants châteaux en Espagne, je pourrais mieux dire des châteaux en France, tant je désire voir ce pays charmant.
« Excusez la liberté que j'ai prise, mais je vous sais bon et le poète des malheureux et des pauvres, c'est pourquoi j'espère que vous ne me repousserez pas non plus. Les gens du moyen âge considéraient les dieux comme ceux qui pouvaient améliorer et changer leur sort; ils étaient prosternes devant ces dieux en pierre des nuits entières pour qu'ils les secourent; eh bien, soyez mon dieu de qui un petit vers ou quelques lignes pourraient rendre parfaitement heureuse, même
contente de ce sort d'être hongroise et de sentir continuellement le mal de pays pour la France.
« En vous, monsieur, je crois toute la noble France réunie. C'est 'vous qui représentez la France, vous êtes le souverain des e^prits.
Daignez accepter les premières violettes écloses dans ce climat glacé et faites-moi cadeau de quelques lignes, ce sera une œuvre charitable pour mon bien-être, vous qui écrivez tant pour les pauvres, écrivez à l'heure présente à une pauvre. Il y a si différentes sortes de pauvretés, moi je suis donc pauvre d'esprit qui pourrait sûrement être enrichie de vos lignes. Voyez, monsieur, j'ai dix-neuf ans, toute la vie est encore devant moi, rendez-moi cette vie calme et heureuse par ce bienfait. Agréez l'expression de mes considérations distinguées et prenez un million de salutations de celle qui vous adore.
« Elfride Engel.
« Malomszegh, 29 inars 1881. »
C'est maintenant une jeune Suissesse, M"^ Marianne Bellamy, fdle d'un honorable magistrat, compatriote du bon Tôpffer, le pittoresque auteur des Nouvelles Genevoises et des Voyages en zigzag.
(( Vendredi, 24 février i882
(( Monsieur,
« J'ose m'approcher de vous par ces quelques
lignes avec iiiK» liardiessc qui me l'ait peur à inoiinème, mais je liens à faire deux choses en aussi })eu (le mois «{ue possible pour ne pas vous ennuyer, la première est de vous dire le charme sous lequel je suis quand je lis vos ouvrages; le poème en prose du k massacre de Sainl-Barlliélemy » dans Qualre-vingt-lrcize m'a tout à fait déeidée à vous écrire et à vous dire combien j'aimerais posséder de vous quelques lignes autotrapues. Je vous assure, monsieur, que je trend)le beaucoup en vous faisant cette demande, ruais je suis sûre aussi que vous pardonnerez à une jeune fille ce désir indiscret et que vous vous ferez un plaisir de lui procurer ce bonheur en apprenant que depuis longtemps elle est malade et que vos livres ont été pour elle une grande jouissance.
(( Peiniettez-moi de me dire une de vos grandes admiratrices.
(( Marianne Bellamy. »
A une aimable Anglaise, miss Mabel W'otton dont la petite lettre gris-perle porte en reli(^f une tête de femme, coiffée d'ailes onglées rappelant celles des chimères.
(' Au prince des poètes !
« Maître,
(( Pardonnez-moi, je vous prie, la liberté que je prends en vous adressant une requête ; si vous m'accordez la grâce demandée, vous m'aurez
rendue la plus heureuse des femmes et vous vous serez montré le plus gracieux des hommes comme vous êtes le plus grand des poètes. Je vous en prie, donnez-moi votre signature. Ah! monsieur, ne me refusez pas la faveur que j'ose vous demander!
« Le soleil, après avoir fait naître l'humble marguerite ne la détruit pas. Quand elle vient s'épanouir sous ses rayons, il la réchauffe encore; et vuus. après avoir imprimé dans mon àme Famour de tout ce qui est bon, de tout ce qui est noble, ne me refusez pas cette grâce. Je vous baise la main et je reste une de vos jeunes adoratrices anglaises.
« Alabel E. Wotton.
« London. le 26 mars. »
Puis, c'est le tour d'une noble demoiselle roumaine, toute vibrante d'admiration.
« Le 20 février iS82.
« Monsieur,
(( Grâce pour la grande liberté qi;e je prends de vous dérober un de vos précieux moments en vous priant de ne pas jeter ma lettre sans la lire.
(( Je sais que de vous écrire sans avoir jamais eu le bonheur de vous connaître, c'est être d'une hardiesse sans bornes, mais vous m'inspirez, monsieur, une admiration si respectueuse et si
SiZ VICTOR HUGO INTIME
profondi; que jo ne puis résis(er au désir ([uc j'ai conçu depuis longtemps dv m'adresser à vous. C'est pour vous supplier (oli! ne riez pas de mon audace!) pour vous conjurer de m\ nvoyer quelipics vers que je çai;derai loujours conimc une r('li(|ue sacrée, ainsi qu'une petite boucle de ces beaux cheveux blancs qui ornent le front le plus noble et le plus auguste.
(( Le poète sublime, l'ami de la jeunesse, le barde qui fit chanter si harmonieusement les cordes de sa lyre, saurait-il refuser à une jeune fille roumaine ce qui lui serait si facile à donner : ({uelques lignes de sa plume éloquente et poétique?
(( Avec l'espoir que vous serez sensible à ma prière, tout importune ({u'elle soit, je ne pourrais terminer sans vous dlTiii'. ;i l'occasion do, votre anniversaire, les vœux les plus ardents que i)eut former pour vous une jx^rsonne qui vous vénère et envie à la France le bonheur ((u'elle a de se dire la patrie de Ininnoi'l»'! Ihigo.
(( Veuillez accepter, monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus respectueux et les plus enthousiastes et pennel lez-moi de baiser cette b«'ll(> main qui, à ]'(jxeiiq)le de celle du (V,\\n iii.iiliv. a appelé à lui les eiifaiils el les a h(''iiis.
« Midhildc^ de (îkackano. »
EL pour finir, cette jolie petite lettre illustrét; on tête de laquelle. au-d(>ssus de glaciers forniitia])lo<. plane un ai,i2i(^ de belle eiiveruiii-e. landis
que le long des marges descendent des branches fleuries sur l'une desquelles, presque au bas de la page, sont perchés deux moineaux eiïrontés, le tout irès délicatement dessiné à la plume.
(( Monsieur Victor Hugo,
« Vous êtes si haut, si haut dans la lumière que c'est bien de l'orgueil de croire que vous allez redescendre tout en bas sur la terre pour deux Junnbles moineaux comme nous !
« Alais ce qui est grand est bon, je le sais, voilà pourquoi j'ose vous écrire.
(( Je vous en prie, ne riez pas! Si peu que ce soit, c'est pourtant quelque chose d'être l'idéal de quelqu'un, même l'idéal d'un moineau.
(( Il me suffit, ô mon poète aimé, pour être heureuse, que votre main touche le papier où j'ai posé la mienne.
(( Je ne crois pas avoir le bonheur d(^ vous voir jamais sur cette terre, mais je le sais, je vous verrai au ciel!
« Pour la vie voire moineau (jui vous aime. « Marie Guex, à Vevey. »
Et en regard de ces lignes, une page tracée d'une main hésitante d'écolière précoce, qui trouve le porte-plume bien lourd encore à ses petits doigts. La voici :
(( Monsieur Victor Hugo, « Votre talent m'a émue, je vous ai lu et je
•Jil VICTOR IIUC.O INTIME
VOUS ai adoré. \'ous êtes 1(3 plus grand poète du monde, el jamais personne ne vous égalera.
<( Moi, moineau numéro deux, avec la hardiesse qui caractérise mon espèce, j'ose vous supplier de nous répondre. Seulement deux lignes : une pour cliaiiue moineau. 8i vous faites cela, votre bonté égalera votre génie.
« Un petit moineau américain.
(( Emily A\'ilmerding. »
Cetle requête peu banale obtint un plein succès. Richard Lesclide, mis en verve par ces spirituelles petites correspondantes, plaida si éloquemment leur cause qu'il la gagna. Il joignit donc à l'envoi précieux les vers ci-dessous, ce qui lui valut une nouvelle page encore plus illustrée que la première, un troisième oiseau étant venu faire sa partie dans le concert.
O petits oiseaux résolus
Qui mettez si bien l'orthographe,
Victor Hugo ne donne plus
Depuis bien longtemps d'autographe,
Et ce qui l'en empêche un peu, Ce sont les flots de jeunes misses Qui lui consacrent les prémices De leurs albums couleur de feu.
O les demoiselles anglaises Sous leurs chapeaux à la Janot!
Dont les yeux ont Péclat des braises, Et dont la voix dit : « Kiss me not ! »
Comment rebuter leurs volumes Quand elles ne veulent qu'un nom A l'éloquence de leurs plumes Comment oser répondre non ?
Elles sont cent, elles sont mille, Et leur redoutable escadron Marche en avant, serrant la file, Avec un soupir pour clairon.
Le poète lutte et succombe — Par leurnombre il est accablé — Comme un chêne puissant qui tombe Au milieu des épis de blé...
Désormais, la plume s'arrête.
Devant ce bataillon croissant Le poète bat en retraite Et fuit un labeur incessant.
C'est pourquoi, troupe gracieuse De moineaux au vol inquiet, A ta demande ambitieuse Victor Hugo restait muet :
Mais, dans un coin du paysage Aux monts neigeux, au ciel serein Qui frissonne sur votre page, Vous avez omis un serin...
Un vieux serin doux et frivole Dont la seule religion Est d'avoir pour tout ce qui vole L'amour de l'œil pour le rayon.
11 s'est ému pour dire : « Maître, Sur les deux feuillets que voilà Vous n'avez qu'un seul mot à mettre Pour rendre heureux ces moineaux-là
246 vicTOH nrc.o intime
Votre nom va faire leur joie ; Soyez bon aux petits oiseaux...»
Ce nom, frères, je vous l'envoie :
Dieu vous préserve des réseaux !
Le mot de la fin de cette série appartiendra à Victor Hugo lui-niènie.
J'avais (luiiize ans. guère plus, quand à rinsu de ma fiunille (pii ne comprenait ni mes idées ni mes aspirations — et ne me Teùt pas permis. — j'adressai au gi;md poète mes premiers vers d'écolière. auxquels était jointe la lettre suivante, dont je ne parlerais pas si elle ne m'avait valu une réponse qui me ravit au septième ciel.
(( Paris, ['' mai 188'?.
(( Illustre et vénéré Maître,
« Vous êtes Taigle, vous êtes le rayon, l'astre imj)érissable: vous êtes la noblesse et vous êtes la bonté.
« Daignez accepter les (pieliiiic-; médiocres vers (jirune fillelto vous envoii^ eoiimic la faible expression de son admiralidu infinie
« Aux bcures les plus noires, nous n'avons ({u'à onv/-ir quelqu'une de vos œuvres surbumaines. LTiok^ se vivifie au génie: la souffrance perd son aeuilé, les horizons se transformenl.
Après avoir désespéré, Ton vont vivre, vivre éperdûnient dans la lumière, et Ton vous bénit. Maître vénéi'é.
« Votre humble petite admiratrice. »
Sept jours plus tard, je reçus — avec ciuelle émotion ! — ces lignes inespérées, auxquelles étaient jointes ciuatre pages de Richard Lesclide, dont par le plus grand des hasards, je venais de lire « Le Tour du Monde en véloeipède. »
Cette coïncidence me frappa. Je devais, quelques années après la mort du Maître, épouser mon correspondant inconnu, dont j'élis devenue l'élève fervente.
Voici ces lignes qui me portèrent bonheur :
(( Je vous envoie un mot, mademoiselle. (( Vous devez ressembler à votre lettre, vous êtes charmante. Je baise vos mains.
a 7 mai i SS2. »
Passons maintenant à quelques hommages pris au hasard parmi ceux qui sont parvenus jusqu'à nous.
Voici d'abord une lettre empreinte d'atticisme, ce qui peut s'expliquer, car elle vient en droite ligne d'Athènes. Elle est adressée à Richard Lesclide, pour le Maître.
{( Athènes^ 25 ianvicr 1885.
(( Monsieur,
« J'ai reçu votre belle lettre avec le précieux autographe de M. Victor Hugo. Oh! que vous m'avez fait de bien, monsieur, avec vos paroles chaudes de philhellénisme et que vos sentiments sont dignes de celui <}ui jeune, dans Taurore de sa gloire, a chanté notre pauvre Grèce luttant contre le tyran! Ayez la bonté, monsieur, de fane connaître au Maître ma reconnaissance sans bornes ; dites-lui que j'ai été touchée jusqu'aux larmes au moment oi^i recevant votre lettre j'ai lu : y ici or Hugo.
(( Dites-lui que je gai'de comme une relique eet autographe du plus grand poète du siècle et que ces mots qu'il a tracés de sa main, et qu'il a caressés pendant une seconde de son j-egard, me semblent garder quelque cliose de lui. ([uclque chose de grand et de sublime.
(( Je vous prie d'agréer etc.
(( Stamatine Ar. CouRomis. »
Puis cette autre d'un aimable poète canadien, M. Fréchctte.
(( Monlrcal (Canada), (( 8 mars 1882.
i( CAm'v r[ illustre Maître, (( Il y a bientôt dix-huit mois, quand j'eus Thon-
neur d'être reçu par vous, rémolion me coupa la parole; je ne pus que vous présenter mes hommages et je m'enfuis emportant avec moi le plus cher souvenir de ma vie : celui de vous avoir au moins serré la maini
« Vous ne vous souviendrez probablement pas de moi; vous avez tant d'idolâtres dans le monde entier. N'importe, je vous envoie un cri d'amour poar celle que vous aimez tant, la France. C'est le cri d'un peuple exilé : il trouvera un écho dans votre grand cœur.
<( Agréez, cher et illustre Maître, l'expression de mes sentiments les plus vifs d'amour et -de vénération.
« Un Canadien, (( Louis Fréciiette. »
Et celle-ci, très intéressante, d'un Brahmine de l'Inde anglaise, sir Xarayain Mukharji, poète plein d'érudition.
(( Uttarpara, près Calcutta, Inde anglaise. « Janvier /2, 1884.
(( Illustre Monsieur,
« J'ai eu l'honneur d'apprendre par M. Lesclide, votre digne secrétaire, que vous avez, par la grâce du Dieu tout-puissant, recouvré la santé après votre dernier séjour en Suisse, que mon humble lettre vous a été communiquée et que vous avez bien voulu m'accorder la faveur de dédier mon pauvre
•!;>(> VICTOR Hl'(iC) INTIMi:
\ttlumc do poésies à votre noivi immortel. Comment i)uis-je, miiinlcniinl (iirun»^ si bonne fortune il lui à mes yeux. ciMiiiiicnl «lis-jc, piiis-je résistei* ;ï la tentation de vous faire agréer mes meilleurs et plus elialeureux l'emereicments et de prier le ciel de })rolong'er votre glorieuse existence sur cette terre.
« L'heureuse nouvelle du rétablissement de votre santé, qui vous permet aujourd'hui de recevoir toutes l(^s communications qui vous sont faites, a fait reiuiître toutes mes espérances et je prends la liberté de saisir celte occasion pivur vous assurer que. bien que vivant sur une terre où le Français est rarement lu et apprécié, j'ai la plus grande admiration pour tout ce que vous avez écrit, et (pic bien phi<. j"ai lu avec tout l'intérêt dont est susceptible un homme, tout ce que vous avez fait pour avancer la cause de l'humanité; j'ai lu, dis-je, et dans mon cœur je vous ai vénéré et vous ai placé au premier rang des hommes véritablement moraux. Votre vie a été une vie d'événements. ^'ous avez noblement i-cndu célèbre en ])ratique ce que vous professez en théorie. C'est ce (pii fait la grandeur de votre vraie morale et c'est cette grandeur que je m'efforce de proclamer.
« Au moment où cette lettre vous parviendra, votre glorieux anniversaire sera proche, et que puis-je vous envoyer d'une terre si lointaine coimne pi'('scnl d";inni\"ei-saii'e fjui puisse convenir à la circonstance et être digne de votre illustre agrément? Vous êtes le « grand ami de l'enfance »,
ainsi que vous a dignement qualifié le poète lauréat d'Angleterre. Permettez-moi donc, noble monsieur, de vous olïrir ma photographie, et la photograpliie d'un garçon et dime Ulle hindous. Bien qu"en soi-même, ce ne puisse être digne du nom de présent, j'ai osé vous l'offrir avec l'espoir que venant comme c'est le cas, d'une terre lointaine et de quelqu'un qui vous a en très haute estime, cela ne pourrait manquer de vous intéresser. Le garçon est le mien et la fdle, celle de mon frère.
(( Aies poésies ne sont ]»as encore prêtes pour rhnpi'cssion. uuiis elles le seront, je l'espère, dans six mois tanin m. Il n'est personne qui ne voudrait vous dédier son livre et pourrait en même temps rendre justice à la nohle grandeur de votre nom.
(( Pour conclure, permettez-moi d'espérer que vous n'avez pas oublié la prière que je vous ai faite de m'envoyer votre photograplùe. J'en ai dit assez dans ma lettre à M. Lesclide de la valeur qu'elle aura à mes yeux, qu'il me suffise de dire, comme Jean Valjean mourant disait des chande tiers : que. bien qu'en papier, elle sera pour moi d'un plus grand prix que toutes les richesses du monde.
« J'ai l'honneur d'être, très illustre monsieur, votre très obéissant serviteur et chaud admirateur.
« Sir Narayain Mukiiarji. »
252 VICTOR IIFdO INTIME
Puis code denicimlo (raudiencc d'uno artiste polonaise.
u Maître,
« Je viens, avec une confiance que voliu> bonté si connue de tous excusera, je Tespère, solliciter de vous un entretien particulier de quelques minutes seulement.
(( Polonaise de naissance, et artiste dramatique des théâtres de Varsovie, je ne peux pas quitter Paris avant d'avoir présenté mes profonds hommages au génie dont je suis hère d'inlcipriHiM^ les œuvres et que la Pologne admire autant qu'aucun autre pays du monde, autant que la France elle-même.
(( Marie Dery.ny. »
Insérons, pour clore celte série d'hommages, un sonnet que j'adressai au poète à l'occasion de son anniversaire, en 1883 — moins d'un an après la réception de la lettre dont il m'avait lionorée, — et qui me valut l'envoi de Ihnj llhis, rehaussé d'une précieuse dédicace. C'est en jaison de la pTandc faveur (pic m'accorda le Père — car il fut et dciiK'ui'cra notre père spirituel, et nous lui gardons un hlial amour, que je reproduis ici ces vers de pensionnaire.