‹ Victor HugoChapitre 3 sur 33 · VIII AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VIII AVERTISSEMENT

entendu. C'était au temps de la première Légende des Siècles. Il était trop glorieux pour écouter l'intérêt de sa gloire... En ce temps-là, c'était le moment de s'élever le premier dans Tordre des poètes...

« Seul il pouvait donner à la France ce poème épique qu'elle n'a pas, et dont elle s'est toujours moquée parce qu'il lui a toujours manqué. »

Plus loin (Chansons des Hues et des Bois, p. 181) :

«Rien de pareil, en effet, ne s'est vu dans la langue française, et même dans la langue française de Hugo. Quand Hugo écrivait les Djinns ou Snrah la Baigneuse, par exemple, et forçait le rhythme, ce rebelle, à se pliera ses caprices, — qui étaient des conquêtes sur la langue elle-même, — il y avait encore en ses assouplissements merveilleux, sinon l'effort de la force, au moins le triomphe d'une résistance. Il n'y avait pas l'aisance, l'aisance suprême que voici, et qui est si grande que. le poète ne paraît même pas triompher. Ce n'est plus de l'asservissement, cela, c'est de l'enchantement! Tout ce que n'est pas Hugo par la pensée, par l'image, par le mot, il l'est par le rhythme, mais par le rhythme seul. Lui, le tendu, l'ambitieux, leCrotoniate fendeur de chêne et qui y reste pris, a dans le rhythme la grâce vraie et jusqu'à la langueur. Il nage dans son vers comme un poisson dans l'eau. C'est son élément, — mais un élément qu'il a créé. Il y a, dans cet incroyable recueil de quatre mille vers, de la même mesure à l'exception d'un très petit nombre de morceaux, beaucoup de pièces où le virtuose n'a eu besoin que de poser légèrement son archet sur les cordes de son violon pour que les cordes, impalpablement touchées, aient chanté. Une entre autres: Ce qu'on dit à Jeanne toute seule, et qui commence par ces mots :

Je ne me mets pas en peine Du clocher ni du beffroi,

est d'un tel charme et d'un tel moelleux dans la manière

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