I. Xapoléon le petit, I
tous les « combattants des idées », et à ceux-là seuls :
Chaque fois qu'agitant le glaive, Une forme du mal se lève...
Dieu, dans leur phalange complète, Désigne quelque grand athlète, De la stature du fléau.
La cruelle expérience des suites de la glorification des héros dans l'àme populaire, et les méditations de l'exil, défendirent l'entrée de la philosophie messianique de Victor Hugo aux laboureurs du glaive, aux despotes de génie, aux hommes redoutables, qui « ont de l'extermination dans le geste ». Ce sont les noms qu'il donnera désormais aux hommes de guerre, et il dira, parlant d'eux, que leur passage sur la terre est infécond, que « La vision splendide et foudroyante, en s'effaçant, laisse derrière elle le néant ». Heureux, si ce n'était que le néant, et si le genre humain poursuivait librement sa route après l'éblouissement! comme Victor Hugo, sans y songer, l'ajoute. Le poète conserve de l'indulgence pour la mémoire qu'il a adorée. Il veut croire que c'est Pitt qui a créé la guerre; Napoléon s'est contenté de la faire ! Avec plus de raison, il plaide en faveur des tyrans la circonstance atténuante de l'imbécillité populaire, <\v Y « état cérébral du genre humain quand ils appa-
raissent », mais c'est pour tomber encore dans une hérésie morale : « les tyrans, dit-il, ne sont pas les hommes, ce sont les choses ». Il conclut à admirer les Cyrus... et les Napoléon « à condition de disparition : Place à de meilleurs! place à de plus grands! » Il compte finalement sur la loi simplifiante, la force des choses, l'ascension du bien, du juste et du beau au zénith de la civilisation :
« La diminution des hommes de euerre, de force et de proie; le grandissement indéfini et superbe des hommes de pensée et de paix; la rentrée en scène des vrais colosses : c'est là un des plus grands faits de notre grande époque... Les traqueurs de peuples, les traîneurs d'armée, Nemrod, Sennakerib, Cyrus, Rhamsès, Xercès... Bonaparte s'effacent. Ils s'éteignent lentement, les voilà qui touchent l'horizon; ils sont mystérieusement attirés par l'obscurité; ils ont des similitudes avec les ténèbres ; de là leur descente fatale ; leur ressemblance avec les autres phénomènes de la nuit les ramène à cette unité terrible de l'immensité aveugle, submersion de toute lumière. L'oubli, ombre de l'ombre, les attend1. »
Il restait à Victor Hugo quand il écrivait ces lignes (en 1864) une expérience historique à faire